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Dépravation profonde

jeudi 23 juin 2011

« Circulez, il n y a rien à voir », dit en substance, Serigne Mbacké Ndiaye, à propos de l’achat d’un terrain, payé en liquide, à plus d’un milliard par le président de la République. Tout en confirmant toutes les informations publiées par la Gazette, le porte-parole de Me Abdoulaye Wade a déclaré, toute honte bue, que : « Le chef de l’Etat a acheté un terrain auprès d’un autre Sénégalais et qu’il n’ y a pas de quoi fouetter un chat ». Le propos est déroutant et surréaliste. Il est surtout stupide. Les mots sont inadéquats pour qualifier cette position du porte-parole du président, tant la perversité de ses propos et la profondeur de la dépravation sont exécrables. Il traduit au moins un mépris insolent et arrogant à l’égard de la loi des institutions et des citoyens. Dans la hiérarchie des fautes les plus gravissimes perpétrées au cours de ces dix dernières années, cette affaire sordide a le mérite de figurer en tête des scandales qui rythment la gestion quotidienne des affaires de ce pays. Mais pour le porte-parole « il n’ y a pas de problème à ce niveau ».. Et d’ajouter : « Il a acheté un terrain qu’un Sénégalais, comme vous et moi, lui a vendu. Un journaliste d’investigation qui tombe sur cette affaire peut considérer qu’il a trouvé quelque chose d’extraordinaire, alors que ce n’est rien du tout ». Il n’est point besoin d’épiloguer ici sur la sottise d’une telle déclaration si on considère la grosse somme en jeu, l’illégalité de l’opération et l’accaparement indu de l’argent du contribuable pour son propre compte. On aura tout dit sur la moralité ou l’immoralité de ceux qui nous dirigent. A écouter Serigne Mbacké Ndiaye on ressent une douleur affligeante. La violence du forfait du chef de l’Etat doublée de la violence des propos du porte-parole sont insupportables.

Le message du président relayé par son porte-parole est scabreux et déprimant. Dans n’importe quel Etat digne de ce nom, cette acquisition de terrain entachée d’irrégularités notoires serait considérée comme un crime passible de haute trahison devant les juridictions prévues à cet effet. En lieu et place, on plastronne et pavoise devant les caméras pour défendre l’indéfendable avec le sourire aux lèvres. C’est dommage de regarder des obligés du régime monter en première ligne, débiter des mensonges et des sottises les plus surannés à cause des honneurs du pouvoir. Nous avons continué pour rétablir la vérité dans cette affaire, n’en déplaise à Serigne Mbacké Ndiaye et aux commanditaires de ses paroles blessantes. C’est dire le degré de déliquescence morale de nos dirigeants et le primat des intérêts personnels sur l’éthique. On ne peut pas s’autoproclamer Etat de droit, démocratie, appeler tous les jours à la transparence et faire l’économie des exigences qui vont avec.

Le crime de Sangalkam

Par ailleurs, cette réaction du président fait également écho à celle du gouvernement sur la mort du jeune Malick Bâ à Sangalkam. Pour justifier le meurtre, le ministre de l’Intérieur, Me Ousmane Ngom, le ministre de la Décentralisation et des Collectivités locales, Aliou Sow et la gendarmerie dénoncent « un projet de sabotage des symboles de la République ». Mais que reste-il de ces symboles sinon des instruments de répression et de domination au service du régime en place. Comment la population de Sangalkam peut-il s’identifier à un soi-disant symbole de la République qui leur dénie le droit de choisir librement leurs élus municipaux ? Le ministre Aliou Sow ira même jusqu’à dire que « la mort frappe toutes les familles et chacun de nous aura son jour ». Le ministre feint d’ignorer la différence fondamentale entre une mort naturelle et un meurtre. Il ferait mieux de méditer la sagesse du philosophe allemand Arthur Schopenhauer qui écrit : « toutes les souffrances qui nous sont imposées par la nature, le hasard ou le destin, ne sont pas aussi douloureuses, cætera partibus, que celles qui nous sont infligées par l’arbitraire des autres. Cela provient de ce que nous regardons la nature et le destin comme les maîtres originels du monde, et comprenons que les coups qu’ils nous ont portés peuvent être également portés à tout autre. » Il ajoute : « au contraire, les souffrances infligées par l’arbitraire des autres sont une addition amère, d’une nature toute spéciale, à la douleur ou au tort causés : elles impliquent la conscience de la supériorité d’autrui, soit en force, soit en ruse, vis-à-vis de notre faiblesse. »

En réalité, tout ce que nous avons expliqué donne la preuve que le « Sopi » et celui qui l’incarne au plus sommet de l’Etat depuis presque onze ans apparaissent aujourd’hui comme un rêve déçu et un échec patent.

La REDACTION


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