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LUTTE CONTRE L’EROSION CÔTIERE EN AFRIQUE DE L’OUEST
Vers un Observatoire Régional du Littoral

mercredi 8 juin 2011

Combien de villes, de villages et d’hameaux résisteront dans les 50 prochaines années à la montée des eaux en Afrique de l’Ouest ? Le débat trouble la quiétude des experts environnementalistes qui suggèrent la mise en place d’un Observatoire du littoral ouest africain sous la responsabilité du Centre de Suivi Ecologique de Dakar.

La forte menace sur les côtes ouest africaines avait amené les Etats concernés à commanditer une étude sur leur littoral. Cette étude qui a concerné 11 pays a été restituée lors de la rencontre des ministres de l’Afrique de l’Ouest, la semaine dernière, à Dakar tout autant que le schéma directeur qui doit permettre une bonne gestion du littoral. Une occasion pour Alexis Campain expert sénégalais en Aménagement du territoire de souligner que « si nous ne faisons pas attention, nous risquons de nous retrouver avec 20 à 40 cm de relèvement exponentiel du niveau de la mer par an. Ce qui risque d’envahir directement nos côtes. Et si on n’y prend garde, d’ici à l’an 2100, nous risquons de nous retrouver dans l’eau. Nous risquons d’être transformés en poissons. » Une boutade amère au vu de la réalité du phénomène qui impacte sur des villes comme Rufisque, Mbour, Joal-Fadiouth et Saint Louis sans être exhaustif.

Une économie fragilisée

En effet l’étude de suivi du trait de côte et du Schéma directeur littoral de l’Afrique de l’Ouest a débouché sur plusieurs constats avec des chiffres qui montrent l’importance stratégique du littoral où se concentre presque toutes les activités. La zone littorale ouest africaine qui a été considérée sur une frange en profondeur de 25 km rassemble aujourd’hui 31% de la population totale et 51% de la population urbaine des Etats côtiers.

Toutes les capitales administratives et/ou économiques y sont localisées avec un niveau d’urbanisation deux fois plus élevé que dans l’interland. La densité atteindrait 1000 habitants par km2 au Togo et au Bénin. Cette frange littorale concentrerait 56% du PIB total des pays côtiers. Alors qu’au plan économique, la densité dépasserait 2 millions de dollars par km2. Selon les experts, l’impact sur les infrastructures portuaires est à surveiller. Les ports sont en première ligne des risques liés à l’érosion côtière. Certaines infrastructures portuaires telles que celles d’Abidjan, Nouackchott, Cotonou, Lomé et Téma ont entraîné de profondes perturbations des littoraux. La localisation des sites touristiques dans des zones à risques est également une autre préoccupation relevée dans l’étude. Près de 130 experts ont travaillé sur l’étude de suivi du trait de côte et Schéma directeur littoral de l’Afrique de l’Ouest qui s’étend sur 11 pays de la Mauritanie au Bénin, sur environ 10 000 km. Entre enjeux sociaux, économiques et surtout environnementaux, c’est l’avenir de toute une région qui se joue. L’ancien Directeur du Centre de suivi écologique du Sénégal, Matar Niang, soulignera que la tendance de la montée des eaux devrait se poursuivre jusqu’au 3ème millénaire avec notamment l’éclatement attendu de la calotte glaciaire, mais qu’un infléchissement pourrait se faire aussi car rien n’est absolu dans ce type de phénomène.

En tout état de cause, les Etats sont obligés de promouvoir la gouvernance nationale et régionale des risques côtiers et de veiller particulièrement à une application effective des résultats de l’étude de suivi du trait de côte et Schéma directeur littoral de l’Afrique de l’Ouest au niveau des pays. Ainsi dans le cadre du schéma directeur, il s’agira de doter l’aménagement du littoral d’un encadrement juridique et réglementaire pertinent et respecté. Les Etats qui ne disposent pas encore de cadre juridique sont invités à s’en doter alors que ceux qui en disposent doivent mettre en œuvre les textes d’application. Le respect du domaine public maritime ne doit à ce titre subir aucune ambiguïté. La gravité du phénomène de l’érosion côtière a amené l’UEMOA à en faire une priorité dans ses politiques sectorielles. L’Union internationale pour la Conservation de la Nature (Uicn) a été choisie comme maître d’ouvrage délégué pour l’élaboration du schéma directeur régional qui doit déboucher sur la mise en place de schémas nationaux en vue de leur harmonisation au plan régional.

Pape Amadou FALL


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