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« CAHIERS DE L’ALTERNANCE »
Quand l’histoire rompt le silence

mercredi 8 juin 2011

Partis de l’initiative de feu Alain Agboton, alors formateur au Cesti et journaliste au quotidien le soleil, « Les Cahiers de l’Alternance » réalisés par les étudiants de 3 è année du Cesti sont à leur 14 è édition. Cette année, les articles déroulent un panorama sur les événements qui ont le plus marqué l’histoire du Sénégal en 50 ans d’indépendance. Tout y passe quasiment : les événements de 62, Mai 68, Caire 86, l’affaire Moustapha Lô… Un ouvrage palpitant né du partenariat avec la Fondation Konrad Adenauer.

Un travail de journaliste peut bien devenir œuvre de pédagogue. On peut s’en convaincre en parcourant la dernière édition des « Cahiers de l’Alternance ». Le document a bien une place à remplir dans les rayons des bibliothèques scolaires. « Sénégal 1960-2010, Construction d’un Etat-Nation » est le titre de la dernière parution. Une œuvre née du partenariat entre le Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) et la Fondation Konrad Adenauer. Le long des 294 pages, relevées par des photos parfois inédites, douze étudiants de la dernière promotion du (Cesti) font défiler les épisodes les plus marquants, parfois poignants des 50 ans du Sénégal. « Je suis surprise d’entendre dire qu’on ne sait pas là où est enterré Moustapha Lô. » Voilà un morceau du pathétique témoignage du Dr Zeïnabou Lô. Elle est la fille de Moustapha Lô, auteur de la tentative d’assassinat du président Léopold Sédar Senghor un certain 22 mars 1967, juste après la prière de la tabaski. La famille Lô, aujourd’hui « recluse » à la Patte d’Oie n’a jamais voulu, depuis lors, briser le silence. Dans l’article consacré à cet épisode tragique de l’histoire du Sénégal, l’auteur (Maguette Sèye) raconte avoir trouvé Mme Fatou Sarr, la veuve de Lô « assise sur une natte de prière, le coran à la main, une écharpe rouge lui recouvrant la tête ». Elle dit n’avoir jamais voulu parler de l’affaire. Même pas à ses propres enfants. « J’évoque rarement ce sujet, car c’est très douloureux », précise Mme Sarr. Pour autant, chez les Lô, point d’idée de « réparation » ni de « réhabilitation ». Même si le souvenir de papa ligoté des mains et pieds nus ramené à la maison sous bonne escorte reste encore vivace.

Le niet de Senghor

Autant dire qu’un silence de 44 ans a été rompu. Mais, de l’affaire, on en savait déjà que Moustapha Lô, 41 ans, arabisant, a été le secrétaire du marabout Cheikh Tidiane Sy, alors ambassadeur du Sénégal en Egypte. La chronique rapporte également la position intransigeante de Senghor, fermé à la médiation des guides religieux tels le cardinal Yacinthe Thiandoum, Abdoul Aziz Sy et Seydou Nourou Tall. De quoi dire qu’on est, alors, loin de la « République couchée ». Une métaphore du philosophe et enseignant à l’université Cheikh Anta Diop, Ousseynou Kane, caricature de l’allégeance du président Wade au khalife général des mourides Serigne Saliou Mbacké. Pour le président Senghor pardonner revient à ouvrir la porte à d’autres tentatives. Et le 27 juin 1967, Moustapha Lô est exécuté, puis enterré au cimetière des « Abattoirs », situé aux abords du village artisanal de Soumbédioune de Dakar. Cette affaire a dû prendre de l’épaisseur en raison d’un climat alourdi par les suites des « Evénements de 1962 ». Le document livre les heures décisives de cette journée du 17 décembre. Jusqu’à 18 h, instant auquel Dia et ses compagnons sont arrêtés par un détachement de l’armée.

« Les Cahiers de l’Alternance » racontent aussi la marche de la diplomatie sénégalaise, l’empreinte de Senghor, Diouf et Wade. Tout comme les 50 ans de vie culturelle, littéraire et sportive. Dans ce foisonnement, passent pêle-mêle la terrible désillusion de Caire 86 avec le goleador Jules Bocandé, la folle aventure du mondial 2002 avec El Hadj Diouf. Deux épisodes de 50 ans de football qui résument une trajectoire en dents de scie. La rubrique littérature s’ouvre par Mariama Bâ, auteur d’Une si longue lettre, puis s’enchaîne par des célébrités comme Abdoulaye Sadji, Ousmane Sembène, David Diop. Les plans d’ajustement structurel sous Diouf, l’épine du conflit casamançais, le phénomène « Modou-Modou », le football « navétane », la paisible cohabitation entre les ethnies et les religions jalonnent cette 14 è édition des « Cahiers de l’Alternance ». En somme, un document palpitant qui fera dire à son coordinateur Mamadou Koumé que « c’est sans doute le meilleur ouvrage » jusque-là réalisé.

Hamidou SAGNA


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2 Messages de forum

  • Quand l’histoire rompt le silence

    15 juin 2011 23:46, par zeudun
    Pouquoi "les cahiers de l’Alternance" ?, je pense l’intitulé n’est pas heureux, ça donne une forme de pensée qui ne dit pas son nom. Cette description chronologique d’événements qui ont marqué la vie de la nation aurait pu être intitulé "Une démocratie naissante" ce qui engloberait tous les aspects de la vie de la cité et ne donnerait pas la primeur à la politique comme laisse voir la couverture. Contrairement à une pensée répandue la naissance de notre démocratie et sa consolidation ne sont pas seulement l’oeuvre de ces figures politiques.

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  • Quand l’histoire rompt le silence

    16 juin 2011 21:16, par fadél
    Je trouve trés intraissant le théme portant sur la mort de Moustapha Lo et l"arrésrtation de Mamadou Dia car la nouvelle génération a besoin de tout savoir sur la maniére dont Sénghor a géré le pays en excécutant et en emprisonant tous qui osé s’opposé à lui

    Répondre à ce message


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