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MOUHAMMED AHAD BENSOUDA REALISATEUR MAROCAIN
« Pour un cinéma industriel et positif »

mercredi 8 juin 2011

A 42 ans, le réalisateur marocain Mouhammed Ahed Bensouda auteur de « Mosem lamchaoucha », un film sur la lutte traditionnelle au 19 ième siécle, est clair dans ses options cinématographiques. Il faut à l’Afrique un cinéma divertissant, soucieux d’une image positive du continent pour faire revenir les spectateurs dans les salles. Son film, projeté en générale presse et en sa présence, sera distribué au mois de novembre par le Film Afrique Reseau (FAR). Son prochain film sera consacré au harcèlement sexuel dans le monde arabe et dans les administrations africaines.

C’est parce que vous avez fait des études d’archéologie, que vous avez exhumé la lutte traditionnelle Lamchaoucha qui se pratiquait au 19 éme siècle et jusque dans les années 50 ?

M. A. Bensaouda : Je pense comme tous les artistes du monde que la période du 19 e siècle est intéressante au niveau architecture, art pictural, archéologie et littérature. D’ailleurs, c’est l’une des trois bases qui a servi le cinéma américain. Quand on parle de la mythologie du cinéma américain, on aborde automatiquement une des trois choses à savoir : le 19 ième siècle, le féerique, et tout ce qui est en relation avec le religieux. Dans nos cinémas africains, on n’a pas épuisé, ou essayé de travailler dans ces trois axes que sont : la religion, le conte de fée et le 19iéme siècle. Ce qui est important dans cette période du 19ième siècle, c’est l’existence de l’art gothique en orient, en occident. Dans le monde arabe, nous avons cet art gothique à travers nos mosquées. C’est ce que j’appelle le gothique islamique avec des décors fabuleux et une beauté dans la sculpture, dans le gypse, dans la menuiserie. Moi, je voulais introduire une beauté d’image à travers la mise en valeur de tout ce qui est andalou, les couleurs, tout en utilisant le conte de fée.

Les intérieurs des maisons sont filmés d’une manière picturale avec des références aux camaïeux anciens ?

Il y a une influence picturale dans le film. C’est voulu. Parce qu’il n’y a pas d’autre façon de filmer ces décors. Quand on fait un film pour le cinéma grand écran, il faut faire grand, il faut utiliser des plans larges parce qu’on a des choses à montrer. Il ne faut pas se cacher derrière le gros plan en faisant des plans serrés et des plans rapprochés. Malheureusement, vous le savez très bien, il y a beaucoup de réalisateurs qui font appel à cette technique télévisuelle de plans serrés. Peut être aussi que sur le plan production, ils n’ont pas beaucoup de moyen pour montrer les choses. J’ai essayé à travers l’influence picturale d’avoir un axe spécifique pour mettre en valeur tout ce qui est beau à montrer.

C’est un film de foule, de grands espaces aussi

Oui, c’est un film avec une participation assez consistante de figurants. Il y a 5000 figurants qui ont participé à ce film et 46 acteurs dont le grand acteur Amidou Bensaoud, avec à ses cotés Hicham Bahloum, Rafik Boulker, Abdallah Ferkous. Nous avons tourné pendant 8 semaines à travers toutes les grandes villes historiques et impériales du Maroc : Fez, Marrakech, Ouarzazate, Meknès, El Jadida, Arfoud, en plus de cette fameuse citerne portugaise, décor où a été tourné « Othello » d’Orsen Wells. C’est la deuxième fois que ce décor est exploité au cinéma. Je pense qu’il y a beaucoup de décor en Afrique et surtout au Maroc qui ont été exploité par le cinéma international et que les cinéastes nationaux n’ont pas utilisé. Peut être pour des questions de récit ou de moyens financiers, mais il faut oser. Il faut changer cette vision du cinéma en Afrique, aller vers le divertissement, le positif. Ce n’est que comme cela que l’on peut faire venir le spectateur vers les salles de cinéma. Je pense qu’il y a un public qu’on a perdu : c’est le père, la femme, les enfants. On ne peut plus aller au cinéma en famille. Donc, Il faut faire des films pour ces gens là. Ce sont eux qui ont la possibilité et les moyens de se payer un ticket de cinéma. Ce ne sont pas les gens qui sont au chômage, qui ont beaucoup de problème à qui on va ajouter encore de la misère dans les écrans. Il faut faire rêver les gens et le cinéma est un spectacle de divertissement. C’est ça la loi.

Vous connaissez vos classiques. Quand on considère votre film, il est un mélange de plusieurs genres cinématographiques : le comique, le péplum, le mélodrame, le documentaire, les arts martiaux.

Exactement, il y a du burlesque, du néoréalisme, de l’expressionnisme. Vous savez, il y a même de la nouvelle vague française dans ce film. J’ai fait huit films courts métrages, à chaque fois j’essaie de mettre en place un style de cinéma. Si vous avez vu « R’da » c’est le néoréalisme italien. Si vous avez vu « La jarre », c’est l’expressionnisme allemand. Si vous avez vu « la vitrine », c’est la nouvelle vague française. Il y a plusieurs écoles de cinéma que j’essaye de mettre en valeur pour aller vers une cinéphilie positive. J’insiste sur ce mot. Il faut que le cinéaste cinéphile ait l’occasion de voir ces genres en pratique. Il y a du burlesque parce que les gens aiment ça . J’ai projeté le film à Goa en Inde, en Egypte au Caire, à New York, à Washington, en Australie, partout dans le monde et il y a des scènes qui font rire partout. Un style de burlesque qui marche partout. On va dire, le comique de situation fait rire partout. Il faut aussi du spectacle. Il ne fallait pas imiter les arts martiaux chinois ou américains. Donc, il fallait travailler une technicité qui va avec le loumchaoucha. Ce sport est nouveau à l’écran, il a existé. Il n’est pas trop violent donc, il ne faut pas aller avec la violence de la caméra. Si vous avez remarqué au niveau des combats, je n’ai pas voulu tricher. J’ai laissé l’action comme elle est. Le spectateur regarde un combat réel. Il n y a pas d’effet spéciaux. Je l’ai fait par respect à ce sport. Mais, pourquoi pas à l’avenir perfectionner cette technicité, la hisser au niveau de l’industrie cinématographique pour déboucher sur des films d’action typiquement africain.

Dans le cinéma arabe et africain en général il y a une certaine pudeur dans l’expression des sentiments or dans votre film, le père et la fille sont dans une grande proximité affective ?

Oui le père joue un double rôle, il est le père et la mère. Pour se faire il fallait un grand acteur de l’ampleur de Amidou. C’est un rôle de composition et beaucoup de grands acteurs aiment ça.

Parlons de la bande son. Comment s’est effectué le travail ?

La musique a été composée par le grand compositeur classique Karim Slaoui. Il y avait trente six musiciens marocains qui ont exécuté cette musique classique enregistrée dolby S R. Quand j’ai mixé le film au Maroc, il y avait un anglais propriétaire de la société Dolby qui en voyant le film avant de donner son accord pour le logo Dolby m’avait conseillé de faire la bande son en dolby digital mais comme on ne pouvait pas le faire au Maroc j’ai préféré le dolby SR pour éviter une intervention anglaise dans ce film qui techniquement est 100% marocain.

Baba DIOP


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