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REDUCTION DES DEPENSES D’EDUCATION, QUALITE DU SYSTEME
Les inquiétudes des bailleurs de fonds

vendredi 27 mai 2011

Le système éducatif sénégalais bute toujours sur la qualité. Parmi les trois axes du Programme décennal de l’éducation et de la formation, seul l’accès satisfait les bailleurs de fonds. La réduction et l’inefficacité des dépenses pourraient remettre en cause l’espoir d’atteindre les Omd en 2015. C’est, entre autres, les constats faits par les partenaires techniques et financiers lors de la 10è revue annuelle du Pdef du 27 au 29 avril dernier.

Le Sénégal n’a plus que cinq ans pour répondre aux Objectifs du millénaire pour le développement (Omd). La 10è revue annuelle du Programme décennal de l’éducation et de la formation (Pdef) du 27 au 29 avril 2011 a été, en même temps, l’occasion de faire le bilan de 10 ans de politique éducative. Entre 2000 et 2010, constate le ministre de l’Enseignement préscolaire, de l’élémentaire, du moyen-secondaire et des Langues nationales, Kalidou Diallo, le Sénégal a enregistré des « progrès notoires à tous les niveaux, surtout en matière d’élargissement de l’accès ». Les bailleurs se sont réjouis, dans la même foulée, de la « progression de la scolarisation dans le primaire et le moyen, notamment celles des filles ». Il convient, en revanche, de souligner que les bons points enregistrés se limitent à l’accès, c’est-à-dire la première phase du Pdef. Le gouvernement applaudit le taux brut de scolarisation (7, 49 points au préscolaire, 27 points au primaire et 25,35 points au moyen) espérant, avec ce rythme, atteindre la scolarisation universelle d’ici à 2015. Il faut dire que c’est une stagnation d’autant que l’accès est la première phase du Pdef sur les trois (qualité et gestion). La qualité, deuxième axe, reste le maillon faible. Les résultats jugés excellents à l’entrée en 6è (plus de 95%) ne sont que flatteurs et cachent de fortes inquiétudes. C’est pourquoi, selon le chef de file des partenaires techniques et financiers, Ivan Roberts, il s’agit, aujourd’hui, « plus de débattre des marges de progrès encore possibles d’ici la prochaine revue annuelle, voire d’ici 2015 », plutôt que « d’énumérer les résultats de l’année scolaire 2009-2010 ». Une façon de dire aux autorités qu’il n’y a pas de quoi jubiler ? Il doit être question « d’engager des discussions franches et profondes » pour y arriver.

L’OBSTACLE DE LA QUALITE

Du surplace ! C’est en substance ce que les partenaires techniques et financiers retiennent du système éducatif sénégalais. Ce deuxième axe du Pdef reste une grosse préoccupation des bailleurs qui ont tenu à le rappeler aux autorités politiques. « Nous avions placé la deuxième phase du Pdef sous le signe de la qualité en améliorant l’environnement physique et pédagogique, la gestion rigoureuse du temps d’enseignement/apprentissage, la formation et l’encadrement des enseignants, ente autres », a dit M. Roberts. Ce rappel suggère le non respect des engagements par l’Etat du Sénégal. Et le chef de file des bailleurs considère, à l’ouverture de cette revue, que ces points doivent constituer « l’essentiel » des travaux des acteurs. A-t-on alors oublié l’essentiel ? En tout état de cause, l’efficacité est ainsi pointée du doigt. Les résultats « insuffisants » en matière de qualité et d’efficience du système s’expliquent par des taux d’achèvement, de redoublement et d’abandons encore assez élevés. Mais aussi par un ratio manuel/élève et élève/maître « encore trop loin des cibles du programme ». Le ministre Kalidou Diallo a, pourtant, souligné « l’effort exceptionnel du gouvernement en matière de recrutement, de formation et de motivation des personnels enseignants », avant d’ajouter que « le modèle sénégalais est aujourd’hui cité en exemple ». Seulement, fait remarquer Ivan Roberts, « nous voilà pourtant, presque à terme de la troisième phase et les mêmes problèmes qualitatifs se posent avec plus d’acuité ». Cette troisième phase n’est rien d’autre que la gestion.

REDUCTION DES DEPENSES

Les dépenses d’éducation ont été également un des points essentiels de cette revue du Pdef. Les partenaires techniques et financiers n’ont pas manqué de souligner leurs inquiétudes pour l’atteinte de l’objectif d’une éducation de qualité. Celle-ci suppose, selon eux, « un effort exceptionnel de mobilisation des ressources surtout internes ». En d’autres termes, aucun pays ne peut se développer sur la base de financements étrangers.

Dans ce sens, le Sénégal ne satisfait pas ses partenaires qui relèvent que le plan d’opération budgétaire 2011 prévoit, pour ce qui concerne la part de l’Etat dans le financement du programme, « seulement 34 milliards FCFA pour l’investissement, sur les 324 milliards FCFA au total. Le reste étant réservé au fonctionnement des structures mais principalement aux salaires ». De façon subtile, les bailleurs semblent insinuer le chiffre de 40% consacrés, selon le gouvernement, à l’éducation. « Le secteur absorbe plus de 40% du budget de fonctionnement soit l’un des plus forts taux en Afrique », précise le ministre du budget, Abdoulaye Diop, dans son intervention à l’ouverture de la 10è revue annuelle du Pdef. Il n’empêche que, selon lui, le gouvernement s’est engagé auprès des partenaires et des acteurs afin que des dépenses de fonctionnement et d’investissement, durant les années à venir, « ne portent pas préjudice » aux prévisions budgétaires dans le secteur de l’éducation et de la formation. En effet, le secteur de l’éducation a subi des coupes budgétaires opérées par l’Etat. Abdoulaye Diop explique cette réduction par la crise économique de 2008 et rassure que ce sont des « montants marginaux ». Comme pour répliquer aux remarques des partenaires financiers, M. Diop rappelle que l’Etat du Sénégal « demeure le premier bailleur de son système éducatif ». Il faut dire que le reproche des partenaires techniques et financiers rejoint le constat du rapport mondial sur l’Education pour tous (Ept) présenté en mars dernier à Dakar. Ce document révélait, en ce qui concerne l’Afrique, une forte tendance de réduction des dépenses d’éducation pour d’autres domaines non prioritaires. « Cinq des 13 pays ayant participé à l’enquête ont réduit leurs dépenses d’éducation la même année (2008). Là où le Niger a soustrait 6%, la Guinée Bissau et le Tchad 15%, le Sénégal a, quant à lui, considérablement diminué ses dépenses de 20%, comme le Ghana », constataient les rédacteurs du rapport mondial de l’Ept.

Vers la suppression des abris provisoires

La remarque des partenaires techniques et financiers par rapport aux « lenteurs » dans la réalisation des infrastructures scolaires noient quelque peu les « nombreux collèges et lycées » pourtant jugées satisfaisantes par le gouvernement. Le chef de file, Ivan Roberts note, dans son discours, que « le rythme, actuellement insuffisant, des constructions dans le Bci (Budget de consolidé de l’investissement) qui ne permettra pas, si la tendance se maintient, d’atteindre les objectifs de la scolarisation universelle en 2015 ». C’est dans cette foulée que la 10è revue du Pdef a retenu « la mise à niveau des écoles par le remplacement des abris provisoires et la mise en place d’ouvrages annexes ». Il faut dire que cette question des abris provisoires représentant 21% des édifices scolaires était au cœur du conseil des ministres du 25 novembre 2010. Le président de la République avait alors instruit le ministre en charge de l’Habitat « d’encourager les promoteurs immobiliers à s’orienter aussi vers la construction de salles de classes à travers le pays ». Cette attention faisait suite aux doléances des populations de Médina Yoro Foula, dans la région de Kolda.

Hamath KANE


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