Accueil du site > Actualités > Monde > Ben Laden tué, la rue arabe va-t-elle dessiner la voie ?

CONTREPOINT
Ben Laden tué, la rue arabe va-t-elle dessiner la voie ?

mercredi 25 mai 2011

Après 10 ans de traque et plus de 1000 milliards de dollars investis, les forces spéciales américaines ont abattu Oussama Ben Laden, réfugié non pas dans une grotte mais dans une résidence huppée proche d’Islamabad, capitale du Pakistan. Douzième enfant d’un immigré yéménite devenu magnat du Btp, Ben Laden est né en 1957, à Ryad en Arabie Saoudite. C’est au lycée et à l’Université qu’il fréquentera un certain nombre de maitres-penseurs qui le feront basculer dans l’islamisme radical dont il sera une figure de proue. Fondateur du réseau Al Qaeda et icône du mouvement jihadiste mondial antioccidental il aura connu son heure de gloire imbibée de sang et de larmes, le 11 septembre 2011. A cette date à jamais gravée dans la mémoire collective, Ben Laden avait lancé deux avions sur les tours jumelles du World Trade Center, à New York et un autre sur le Pentagone. Une journée terrible qui s’était soldée par plus de 3000 morts.

Prouesse technologique s’il en était, doublée d’une détermination suicidaire, cette action avait ébranlé l’Amérique et le monde. Se croyant une citadelle imprenable à l’intérieur de ses frontières nationales, le pays de l’Oncle Sam découvrait sa fragilité. Cette prise de conscience avait amené la population à sortir de l’insularité psychologique dans laquelle elle s’était enfermée pour s’ouvrir au monde alentour, s’intéresser à ce qui n’était pas américain. Etant atteints, pouvant l’être de nouveau, les Américains savaient désormais que les autres existaient. Les librairies avaient été prises d’assaut et les livres traitant de l’Islam dévalisés. Ils s’interrogeaient sur cette religion dont Ben Laden se réclamait et au nom de laquelle et pour laquelle il se targuait de mener sa croisade antioccidentale sur fond de terrorisme.

Mais, au contact du réel, ce glissement est à relativiser. Il s’est avéré non opératoire puisque Ben Laden a tué plus de Musulmans que les adeptes de toutes les autres religions confondues. L’Arabie Saoudite, berceau de l’Islam, et de nombreux pays arabes et africains ont payé un lourd tribut de l’aveuglement de Ben Laden dont le monde était le champ de bataille. Le terrorisme se dévoilait ainsi comme un danger planétaire qui ne préservait personne. La dernière manifestation tragique de cette folie a été illustrée par l’attentat qui a pris pour cible un restaurant de Marrakech.

Et Barack Obama a eu raison, notamment lors de son fameux discours du Caire, en Egypte, d’appeler ses concitoyens et tous les peuples du monde à ne pas succomber à l’amalgame facile et paresseux établi entre islam et terrorisme. L’islam étant une religion de paix il fallait plutôt s’en prendre à l’islamisme politique extrémiste qui, comme on l’a vu, n’aura épargné ni les musulmans ni les enfants ni toutes les autres croyances. Etant par définition injuste et ne s’accommodant d’aucune rationalité il n’est pas étonnant de constater que le terrorisme ne fait pas dans le détail. Si la mort de Ben Laden ne signe pas pour autant l’acte de décès du terrorisme international, il convient toutefois de noter qu’elle intervient à un moment crucial de la vie des nations arabes. En Tunisie, en Egypte, en Libye, au Yemen, en Syrie, en Libye, un peu partout des vagues importantes de jeunes, de femmes, de personnes âgées, descendent dans la rue, hors du contrôle de groupes religieux, comme les Frères musulmans, pour réclamer du pain, du travail, la démocratie et la liberté, annonçant ainsi une nouvelle ère en train de se construire sous nos yeux.

A l’évidence, les masses arabes se concentrent de plus en plus sur leurs propres préoccupations, n’hésitant pas à demander à leurs dirigeants incompétents de dégager et de céder la place. Le « choc des civilisations » leur importe peu. Ils sont plus préoccupés par la corruption et la concussion qui gangrènent leurs sociétés et les privent d’avenir. La page du terrorisme n’est pas fermée pour autant. Il y aura encore des illuminés pour penser qu’ils peuvent déclencher des bombes à distance, lâchement posées dans des lieux fréquentés, prendre des gens en otage, tuer des innocents, au nom d’une cause qui leur semble juste. Et pour laquelle ils peuvent décider de la vie et de la mort de gens. Folle prétention !

Vieux Savané


  Dans la même Rubrique :
« Pour moi, il n’y a pas de doute, c’est l’exécution d’un complot visant mon élimination physique »
« Les hommes d’affaires doivent penser à faire des investissements en partenariat avec leurs homologues des Pma »
Le Sénégal vote Christine Lagarde
Aide n’est pas charité
La société civile déçue

Réagir à cet article

modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)