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GESTION DES DECHETS PLASTIQUES
La vision réductrice de l’Etat

lundi 9 mai 2011

La gestion écologique des déchets plastiques est un casse-tête pour les autorités du Sénégal. Si les stratégies mises en œuvre jusqu’ici pour régler la question n’ont pas donné les résultats attendus, faute de vision globale, certaines initiatives gagneraient à être soutenues.

En lançant la Grande offensive citoyenne contre les déchets plastiques, l’Etat du Sénégal, via l’Agence de propreté du Sénégal (Aprosen), a voulu s’attaquer à un problème vieux comme la Terre : l’épineuse question de la gestion des déchets plastiques. Un fléau national dont les dégâts meublent le quotidien aussi bien des urbains que des ruraux. Un budget de 35 millions FCFA serait, selon les officiels, mobilisé pour débarrasser certaines artères du pays de ces produits, mais aussi pour conscientiser les Sénégalais sur le danger que constitue leur utilisation abusive pour la santé et l’environnement. Mais à y voir de plus près, les interrogations ne manquent pas quant à l’efficacité d’une telle approche. Une approche sectorielle plutôt que globale. En réalité, la démarche prônée par les autorités tend à s’attaquer aux effets du problème et non à ses causes.

Avec une production annuelle de 32,486 tonnes, les matières plastiques constituent environ 8,5 % de la quantité totale de déchets produits annuellement à Dakar. En l’absence de systèmes de gestion efficace, les impacts de ces déchets plastiques sur la santé et sur l’environnement sont aujourd’hui largement connus. Composantes essentielles de ces déchets, les sachets plastiques sont réputés être de redoutables poisons. Ils étouffent les sols, réduisant les capacités d’infiltration de ces derniers. Ces dégâts sont encore plus significatifs dans le milieu marin qui, très souvent, échappe aux actions de nettoiement et de ramassage. Et pis, à défaut d’être géré écologiquement, le plastique est souvent incinéré entrainant des risques sanitaires considérables. En effet, leur combustion dégage de la dioxine, une substance cancérogène.

Des solutions jusque-là timides

S’il y a une chose qui reste constante depuis des décennies, dans la gestion des déchets plastiques au Sénégal, c’est bien l’absence de stratégies durables. Les formules jusque-là développées sont loin d’apporter des réponses efficaces à la question. Les raisons : ces formules obéissent dans la plupart des cas à des logiques et approches sectorielles n’émanant d’aucune politique plus globale qui intègre les autres secteurs tels que le commerce, l’éducation et l’industrie, entre autres.

En guise d’exemple, ces efforts ne semblent pas pour l’heure cibler le système éducatif. Les notions de collecte, de tri et de recyclage des déchets sont encore méconnues des jeunes sénégalais et de leurs formateurs. Fondamentale pour l’émergence d’une écocitoyenneté, l’Education relative à l’environnement (Ere) peine à trouver sa place dans nos écoles. En effet, l’expérience en matière de changement de comportement a montré les limites des messages tendant à intimer des ordres ou à donner des leçons aux populations. Combien de Sénégalais ne comprennent pas les dangers des déchets plastiques ? Ils ne sont pas si nombreux. Et pourtant… Car entre la conscientisation et le passage à l’acte, l’étape d’éducation – souvent relégué au second plan par les autorités – est indispensable.

Initiatives à encourager

Pourtant, ce ne sont pas les initiatives qui manquent. En attendant d’avoir une loi qui interdit la commercialisation et la fabrication de sachets plastiques dans le pays- son adoption se heurte aux règles commerciales de la sous région – certaines expériences poursuivent timidement leur petit bonhomme de chemin. Parmi celles-ci, l’initiative du groupe Total est à saluer. Sa politique consistant à remplacer dans ces différentes boutiques les sachets plastiques par des sachets biodégradables, en papier, est un exemple à promouvoir.

L’un des paradoxes sénégalais, dans ce domaine, est le prix dérisoire des sachets plastiques (entre 5 et 100 FCFA). Pis, la pratique consistant à offrir les sachets est devenue monnaie courante chez bon nombre de commerçants qui les utilisent à des fins multiples. La création d’une taxe conséquente sur ces produits, comme celle imposée sur l’alcool ou la cigarette, pourrait avoir un effet dissuasif quant à leur achat. Enfin, dans cette recherche de solutions à la problématique des déchets plastiques, le recyclage est agité par les autorités de l’Aprosen. « Les déchets plastiques constituent une richesse car pouvant être vendus », disent-ils. Que c’est vrai ! Seulement entre les déclarations et la réalité, il y a un fossé énorme. Pour preuve, les industries locales spécialisées dans le recyclage des déchets plastiques broient du noir faute de marchés. Pionnière dans ce secteur, Transtech Industries en est l’exemple type. Avec une capacité de traitement de 150 à 200 tonnes de déchets plastiques par an, l’usine tourne au ralenti pour la plupart du temps pour défaut de commande. Un soutien de l’Etat à ces structures, à travers des marchés importants, pourrait participer à une meilleure gestion de ces déchets et promouvoir le développement durable.

Ahmed DIAME


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1 Message

  • Lorsque Sunéor a fait interdire l’importation d’huile de palme au Sénégal, l’Etat n’a pas hésité à transgresser les règles commerciales de la sous-région. Pourquoi hésiter pour les sachets plastiques ? Un pays comme le Rwanda a adopté cette loi depuis 2006 (ni fabrication ni importation de sachets plastiques) et le monde ne s’est pas écroulé. Je pense même que le Rwanda et les rwandais ne s’en portent que mieux. Ici c’est toujours l’inertie et l’attente qui règnent en maîtres.

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