Accueil du site > Reportages > Continents - Régions > « Il faudra du temps pour panser les plaies »

TROIS QUESTIONS A SALAMATA PORQUE, PRESIDENTE DU RESEAU FEMMES ET SECURITE DE L’ESPACE CEDEAO
« Il faudra du temps pour panser les plaies »

lundi 2 mai 2011

Le réseau Femmes et sécurité de l’espace Cedeao revendique son rôle dans le processus « Vérité et réconciliation » lancé par le président ivoirien Alassane Dramane Ouattara. Sa présidente Salamata Porqué évoque ici les péripéties de la crise ivoirienne et les solutions de sortie de crise.

La Gazette : « Vérité et réconciliation », c’est le vœu du président du président Ouattara. Quel rôle pensez-vous pouvoir jouer dans ce processus ?

Salamata Porque : Nous sommes allées à Addis Abéba sous l’égide de l’Ua pour faire la formation des femmes en médiation. Ensuite, il y a eu sept ou huit médiations en Côte d’Ivoire. Pourtant, jamais aucune femme ivoirienne n’a été associée dans les panels. Nous avons revendiqué notre place à l’Union africaine pour être impliquée lors des négociations entre les deux parties. Les femmes avaient été « oubliées » par la Cedeao ce que nous avions jugé inacceptable. Nous aurons la même détermination dans le cadre du processus de réconciliation. Voilà pourquoi, eu égard à mon rôle de médiatrice, je ne peux être trop critique.

Quel est le degré de traumatisme des populations ivoiriennes et particulièrement des femmes ?

Il faudra du temps pour panser les plaies. La Côte d’Ivoire a connu une trop longue déchirure. Il ne s’agit pas seulement de quatre mois de guerre mais depuis dix ans, nous vivons dans une instabilité. C’est toute cette période et les violences qu’elle a engendré qu’il s’agira d’examiner. Des villages dans l’ouest on était rasé. A l’est, au nord, il y a eu des exécutions. Il y a eu beaucoup de tueries et les femmes ont payé le plus lourd tribut parce que d’abord ce sont elles qui avaient la sécurité alimentaire. Sous les balles, elles sortaient pour chercher la nourriture, elles ont vu leurs enfants massacrés sous leurs yeux. Leurs maris torturés et tués. Elles mêmes ont subi toutes sortes d’exaction et beaucoup trop d’entre elles ont perdu la vie sous les balles. Dans l’ouest, à Zoglo, Djigué, on a vu des choses innommables. C’est affreux et on a mal au cœur quand on en parle.

Comment envisagez-vous le processus de réconciliation ?

Il nous faudra nous regarder en face sans faiblesse, ni haine. Que chacun reconnaisse ses torts pour que nous puissions aller de l’avant. Le réseau Femmes et sécurité ne sera pas en reste. Et nous userons des outils nécessaires avec les experts pour soigner les traumatismes. Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, il s’agit d’abord de rétablir le pont de confiance brisé. Il faut que le président de la République tende la main à ceux qui sont capables aux acteurs capables de comprendre cette cohésion sociale et s’appuient au maximum sur les femmes. Parmi les outils à mettre en œuvre, il y a la déclaration de Dakar de septembre 2010 qui préconise l’application des résolutions 1325 et 1820 du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Entretien réalisé par Papa Amadou FALL


  Dans la même Rubrique :
L’Union africaine à l’épreuve de son financement
Le ventre mou de la démocratie en Afrique
La Côte d’Ivoire face à son destin
« La Guinée est entrain de marcher sur la tête »
A l’épreuve de la reconstruction

Réagir à cet article

modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)