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ADAPTATION AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES
4 milliards pour freiner l’avancée de la mer

mardi 19 avril 2011

Avancée de la mer, salinisation des terres, destruction d’infrastructures… Touchées de plein fouet par les effets du réchauffement climatique, les côtes sénégalaises subissent la loi de la nature qui se déchaine. Pour faire face au phénomène, le projet « Adaptation à l’érosion côtière dans les zones vulnérables » vient d’être mis sur orbite.

Les effets des changements climatiques font désormais partie de notre quotidien. Dans les pays en développement, ils sapent les facteurs de production des communautés et annihilent les efforts de progrès planifiés par les Etats. Au Sénégal, le phénomène se manifeste avec acuité et touche particulièrement les zones côtières considérées parmi les plus vulnérables. Ainsi, pour faire face à ce fléau, il vient de bénéficier, du Fonds d’Adaptation aux changements climatiques, d’un financement conséquent pour la mise en œuvre du projet « Adaptation à l’érosion côtière dans les zones vulnérables » dont le lancement a été effectué le mercredi 31 mars.

D’un montant de 4 309 500 000 F CFA, pour une durée de deux ans, le projet contribuera, entre autres, à la mise en œuvre d’actions concrètes de protection côtière dans certaines localités situées le long des côtes sénégalaises. Venu assister au lancement dudit projet, le ministre de l’Environnement et de la Protection de la Nature, Djibo Leity Kâ soutient qu’une telle initiative « devra contribuer à la mise en œuvre du Plan d’Action National pour l’Adaptation aux changements climatiques (Pana) et à promouvoir l’adaptation à l’érosion côtière particulièrement sur la petite côte ». Et d’ajouter que la mise en œuvre d’un tel projet devrait contribuer à la sécurisation des facteurs de production dans les zones côtières et à améliorer les conditions de vie des communautés les plus vulnérable ».

Ainsi, des infrastructures seront réalisées à Saly, Joal et Rufisque dans le but de freiner l’érosion côtière et l’avancée de la mer. Deux fléaux liés aux changements climatiques et qui menacent des milliers de populations dans ces localités. Outre ces actions de protection et de stabilisation de la côte, le projet comporte également un important volet information et sensibilisation des communautés locales sur les changements climatiques. Enfin, en plus de l’amélioration du cadre législatif sur la côte, la lutte contre la salinisation des terres constitue un autre axe d’intervention dans le cadre du projet « Adaptation à l’érosion côtières dans les zones vulnérables ». Pour ce volet, « il s’agira de mener des actions pour freiner l’avancée du sel afin de favoriser le retour de l’agriculture et surtout de la riziculture à Joal », soutient Ndiaye Cheikh Sylla de la Direction de l’Environnement et des Etablissements Classés (Deec), une des agences d’exécution du projet.

La DEEC, GREEN-Sénégal et Dynamique Femme : agences d’exécution

Le projet dont le suivi et la surveillance de la mise en œuvre sera assurée par le Centre de suivi écologique (Cse), par ailleurs Entité nationale de mise en œuvre désignée pour le Sénégal, a comme agences d’exécution la Direction de l’Environnement et des Etablissements classés, l’ONG Green –Sénégal et l’association Dynamique Femme. « Le choix de Green-Sénégal et de l’association Dynamique Femme s’explique par la nécessité d’impliquer les communautés locales dans la réalisation du projet », a expliqué Aziz Touré, Directeur du Cse.

Si la Direction de l’Environnement et des Etablissements classés à fait ses preuves en matière de protection de l’environnement, l’association Dynamique Femme, elle, entame avec ce projet son premier grand chantier dans ce domaine. De quoi susciter des interrogations sur les capacités de cette dernière à exécuter certaines activités. M. Touré du Cse rassure : « le projet referme un volet renforcement des capacités très important. C’est justement pour accompagner les agences d’exécution dans la réussite de leurs tâches. »

Quant à Green-Sénégal, la troisième agence d’exécution choisie par le gouvernement du Sénégal, ses preuves dans la lutte contre la salinisation des terres ne datent pas d’aujourd’hui. Ses actions dans la zone de Fatick ont permis de récupérer des centaines d’hectares de terres dégradées et favoriser le retour vers l’agriculture, notamment la riziculture. D’où le choix porté sur cette organisation dirigée par Woré Gana Seck.

Saly, Rufisque et Joal villes menacées

Les zones côtières du Sénégal sont parmi les secteurs les plus vulnérables aux effets du changement climatique. Saly, Rufisque et Joal portent les stigmates de cette bataille qui semble perdue d’avance. Ces villes sont aujourd’hui menacées par l’élévation du niveau de la mer qui se traduit par des inondations, une érosion importante, la salinisation des terres et la dégradation des écosystèmes de mangrove.

A Saly, sur la petite côte, le phénomène est plus qu’alarmant. D’importantes infrastructures hôtelières et à usage d’habitation risquent de disparaître sous l’effet des flots et de l’érosion côtière. Une situation qui n’est pas sans risque pour l’économie nationale et locale dont le tourisme et la pêche constituent deux moteurs non négligeables.

A Rufisque, dans la région de Dakar, des quartiers entiers comme Djokoul et Thiawlène sont petit à petit engloutis sous l’effet dévastateur des vagues. Les cimetières de Thiawlène sont périodiquement envahis par les eaux, laissant sans voix des populations attristées et impuissantes. Alors qu’à Joal, la salinisation des terres gagne d’année en année de nouvelles surfaces réduisant considérablement les possibilités de production des communautés locales.

Si les changements climatiques sont désignés du doigt comme responsables des agressions que subissent les zones côtières, il n’en demeure pas moins que l’action de l’homme n’est pas négligeable. Le prélèvement de sable marin, la destruction des mangroves ainsi que les constructions sur le domaine public maritime contribuent également, pour une large part, à la modification du trait de côte et à sa vulnérabilité.

Le Fonds d’Adaptation c’est quoi ?

Le projet « Adaptation à l’érosion côtière dans les zones vulnérables » est un test grandeur nature pour le Sénégal. Il s’agit en effet du premier projet financé par le Fonds d’Adaptation via le mécanisme d’accès direct aux ressources financières. L’accès direct aux ressources du Fonds d’Adaptation permet aux pays signataires du protocole de Kyoto, via une entité nationale de mise en œuvre désignée (en l’occurrence le Centre de Suivi écologique pour le Sénégal), de disposer de fonds sans passer par les entités multinationales classiques telles que le Programme des Nations Unies pour le Développement (Pnud), le Fonds International de Développement Agricole (FIDA), le Programme Alimentaire Mondial (PAM)… C’est une démarche jugée plus rapide et moins complexe pour les pays en développement qui ont pendant longtemps dénoncé les conditions drastiques d’obtention des ressources mises à leurs disposition pour faire face aux effets induits par les changements climatiques.

Lancé en 1990 à Rio, le Fonds d’adaptation aux changements climatiques a été créé en 2001 par les accords de Bonn et Marrakech. Il s’agit d’un fonds destiné à aider les pays en développement, par ailleurs les plus vulnérables, à prendre des mesures pour faire face aux conséquences du réchauffement climatique.

Ahmed DIAME


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1 Message

  • N’importe quoi

    20 avril 2011 18:37
    Encore un "machin" destiné à capter des fonds, cette fois sous un prétexte écolo. Qui a réellement mesuré l’érosion de nos côtes ? Personne. Qu’on commence par exemple par arrêter de détruire la plage entre Malika et Retba avant de parler de la responsabilité de supposés changements climatiques ! Allez un peu voir la route qui part de Joal en direction de Djifer, et juste à la sortie de Joal vous serez édifiés par le vaste dépotoir qui recouvre la lagune. Qu’on commence par changer nous-mêmes nos mentalités concernant notre environnement avant de se mettre à table devant les subsides que donnent les européens pour avoir bonne conscience... Mais ça c’est plus difficile et surtout moins juteux que de faire des séminaires rémunérés et parler en français savant avec une cravate autour du cou.

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