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SITUATION ECOLOGIQUE DU TECHNOPOLE
En quête d’un nouveau souffle

jeudi 14 avril 2011

Considéré comme l’un des derniers poumons verts de Dakar, le site du Technopole, partie intégrante de l’écosystème de la grande Niaye, renferme une richesse biologique inestimable. Aujourd’hui, agressé de toutes parts, le site est en passe de perdre sa notoriété.

La décision prise, en conseil des ministres, par l’Etat du Sénégal d’ériger l’arène nationale sur le site du Technopole de Dakar continue de soulever des vagues de contestations. « Une aberration ! », crient ses détracteurs. Ce projet, bien qu’important pour le développement du sport national - la lutte, risque de constituer une menace supplémentaire pour ce qui reste d’un écosystème unique à Dakar : la grande Niaye de Pikine. Une zone d’une richesse faunique et floristique inestimable mais déjà fortement malmenée par des pressions d’origines multiples.

A l’heure où Dakar croule sous le poids du béton et de l’asphalte, la grande Niaye de Pikine, site où est implantée l’actuel Technopôle de Dakar, apparaît comme une oasis au cœur du désert. Sur ses 200 hectares de superficies se trouve une biodiversité d’une richesse inestimable. Ces différents bassins, alimentés, depuis 2000, en permanence en eau grâce à la contribution de la Station d’épuration de Cambérène, a favorisé la prolifération de plusieurs espèces animales et végétales sur ce site jadis menacé par les périodes de sécheresse. Une véritable revanche de la nature s’est alors, petit à petit, enclenchée.

Une biodiversité unique

Ces nouveaux changements opérés dans le biotope, grâce à la magie de l’homme, ont vite attiré des nombreuses espèces animales et végétales. Le site est aujourd’hui devenu un sanctuaire pour bon nombre d’oiseaux. Pélicans, cormorans, flamants, sternes, entre autres, y ont trouvé refuge, colonisant les différentes mares éparpillées dans la zone. Selon un article publié dans le magazine Vie (Vert-Information-Environnement), un dénombrement réalisé en 2003 a permis, en près de trois semaines, de recenser des dizaines de milliers de sternes sur le site. Toujours selon ce même journal, les ornithologues y ont classifié, au cours des dernières années, quelques 153 espèces d’oiseaux. Et ce dénombrement est loin d’être exhaustif, souligne l’article.

Dans cet endroit paradisiaque, les oiseaux ne sont pas les seules espèces à profiter des conditions naturelles qui règnent. Les plans d’eau ont aussi favorisé le développement d’importantes colonies de plantes aquatiques. Les roseaux en sont les plus visibles. On y rencontre même des espèces de mangroves ! En outre, certains de ces plans sont colonisés par des espèces de poisson, la carpe en particuliers, qui constituent une source d’aliments non négligeable pour certains oiseaux comme les pélicans. On y dénombre également des petits mammifères ainsi que des reptiles dont des tortues et des pythons.

Cette richesse de la biodiversité, associée au microclimat particulier qui règne sur le site, a favorisé le développement rapide et incontrôlé d’activités socio-économiques. Attirés par la présence de poissons dans les étangs, certaines populations riveraines y pratiquent la pêche. Les prises étant vendues sur place ou dans les quartiers périphériques. « Même si les prises ont un peu diminué ces derniers temps, c’est du poisson de bonne qualité que nous attrapons ici », soutient Maurice un pêcheur. Parmi ces activités, l’agriculture n’est pas en reste. La riziculture y occupe une place de choix à côté du maraîchage.

Un écosystème soumis à de multiples pressions

Malgré tout, le site de la grande Niaye de Pikine est en danger. Un danger que la volonté des autorités d’y construire une arène nationale ne fera qu’amplifier. Déjà que le site fait l’objet de compétitions exacerbées entre les activités humaines et les nombreuses espèces animales et végétales qu’il abrite.

En effet, il est devenu un lieu privilégié pour de nombreuses entreprises de la capitale. Tantôt pour y déverser leurs gravats, tantôt pour y puiser l’eau nécessaire pour leurs grands chantiers dans Dakar. C’est le cas notamment de EIFFAGE Sénégal ou encore de la société portugaise MSF en charge, toutes deux, de la construction de l’autoroute à péage Dakar-Diamniadio.

A ceci s’ajoutent les pressions de plus en plus énormes qui résultent du développement des activités maraîchères et horticoles. Les motopompes font désormais partie du décor et gêne la quiétude des lieux. En outre, l’absence de mur de clôture à certaines parties de site favorise la divagation des bétails renchérissant ce manque de quiétude. Autant d’activités d’extraction dont les conditions et les impacts ne sont pas encore identifiées au grand dam des espèces présentes.

Selon des témoignages recueillis auprès de certains exploitants installés sur le site, des cas de braconnage seraient signalés par les exploitants installés sur le site. Ces braconnages portent essentiellement sur les tortues et les pythons.

Enfin, depuis peu, l’urbanisation croissante dans le Département de Pikine est devenue une pression de plus pour le site. Les terrains situés à la périphérie font l’objet d’un intérêt particulier pour les promoteurs immobiliers qui ont commencé à investir dans la zone. Plusieurs espaces maraîchers ont progressivement disparu au profit d’habitations.

Pour un aménagement durable du Technopôle

Alors que la disparition programmée des poumons verts dans la capitale sénégalaise semble atteindre un point de non-retour, l’aménagement du site du Technopole est plus qu’une obligation pour les autorités publiques. Cet aménagement permettrait dans les moyen et long termes de relancer les activités économiques dans la zone, d’offrir à la faune sauvage de nouveaux espaces de vie et, enfin, de doter Dakar de réserves stratégiques en eau.

Il s’agira dans l’urgence de renforcer la protection physique du site par la construction, par exemple, d’un mur de clôture complet. Ceci aura pour effet immédiat de limiter les nombreuses agressions issues de l’extérieur et dont le site est aujourd’hui victime (divagation du bétail, braconnage…). Une fois cette protection physique établie, la mise en place d’une réglementation pour définir des seuils en matière de pollution (surtout sonore) et d’exploitation des ressources sera nécessaire. Cette réglementation pourra définir des périodes d’exploitation et de repos biologique pour les poissons et autres espèces présentes ; ériger les zones fréquentées par les oiseaux en site protégée ; et valoriser le potentiel éducatif et récréatif du site pour les chercheurs, les étudiants, les élèves, les amateurs d’ornithologie et tous les citoyens.

C’est peut-être là l’occasion de rêve pour remettre sur la table le fameux Plan d’aménagement et de sauvegarde (Pdas) élaboré il y a quelques années pour relancer le Programme d’action pour la sauvegarde et le développement urbain des Niayes (Pasdune). Ce programme ambitieux élaboré en 2002 poursuivait entre autres objectifs la lutte contre l’absence de gestion durable des zones vertes dans la région de Dakar. Il fut un mort-né faute de mécanisme de concrétisation.

Ahmed DIAME et Bocar SAKHO


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