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RECHERCHE AGRICOLE
L’Université se met au goutte à goutte

jeudi 5 août 2010

Donner aux étudiants et aux professionnels sénégalais les savoir-faire modernes en matière de technologies d’irrigation goutte à goutte. Telle est l’ambition des autorités universitaires de Dakar qui viennent d’ouvrir, avec l’appui de l’Ambassade d’Israël, un champ d’école au jardin botanique de la Faculté des Sciences et Techniques.

En dépit de l’intensité des rayons ardents du soleil estival, la cour du jardin botanique de la Faculté des Sciences et Techniques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar offre un microclimat plutôt doux. Tantôt assis à l’ombre des arbres, tantôt se promenant dans les allées dallées du jardin, des groupes d’étudiants mènent calmement leurs révisions. Seuls les coassements de quelques grenouilles rompent le silence olympien qui s’y règne. Nageant dans le bassin d’eau situé à l’entrée du jardin, elles se donnent en spectacle à la recherche d’une pitance. Au fond de l’immense espace végétal, au détour d’un chemin parsemé de plantes portant des plaques sur lesquelles sont mentionnées leur nom scientifique, apparaît un panneau avec l’inscription suivante : « Tipa, Innovation Technico-agricole israélienne de Lutte contre la Pauvreté… ». A côté, une petite entrée donne sur un champ assez particulier. Reliés à un système de pompage, des tuyaux noirs de dimensions variées traversent de bout en bout les rangées de plantes. « Ils apportent l’eau et les sels minéraux à chaque plante, là où il le faut », explique Babacar Ndiaye étudiant en Licence professionnelle en Agroressources et Entreprenariat. Depuis la création de ce champ d’école, lui et ses camarades s’y initient aux techniques d’irrigation goutte à goutte. Une grande première à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Son objectif : donner aux étudiants le savoir-faire sur une technologie encore peu connue et peu pratiquée par les agriculteurs sénégalais.

La maîtrise de l’eau est un facteur clé dans le développement de l’Agriculture d’un pays. Et le Département de Biologie végétale de l’Ucad compte bien y apporter des solutions. La création d’un champ d’école, entièrement équipé en système d’irrigation goutte à goutte par l’Ambassade d’Israël, entre dans ce sillage. Installé au sein de l’unité de formation en Agroressources et Entreprenariat, il fait le bonheur des enseignants et des étudiants. Assis dans son bureau dont la fenêtre donne sur le jardin botanique, le Dr. Kandiouma Noba, chef du Département de Biologie végétale et initiateur du projet, ne cache pas son enthousiasme : « Ce champ d’école arrive à son heure. Elle va permettre aux étudiants et autres professionnels de se perfectionner, sur place, dans les nouvelles technologies du système d’irrigation goutte à goutte », lance le scientifique. Il ajoute : « notre objectif est de faire de ce champ un haut lieu d’apprentissage par l’observation et la pratique agricole, mais aussi d’échange et de partage sur la technologie d’irrigation goutte à goutte pour la sous région ». Une grande première. Car, jusqu’à un passé très récent, la plupart des Sénégalais qui désiraient se perfectionner dans cette technologie étaient obligés de se rendre en Israël. « Aujourd’hui, ils peuvent le faire ici. Le but, in fine, est de favoriser son essaimage rapide auprès des professionnels sénégalais », précise- t-il. Mieux, avec l’implication d’enseignants du secondaire dans la formation, les autorités universitaires espèrent favoriser l’implantation de champs d’écoles dans les établissements scolaires du pays.

UNE TECHNOLOGIE REVOLUTIONNAIRE

Aidé d’un jardinier, Babacar s’attelle au nettoyage du filtre de l’une des cinq pompes installées dans le demi-hectare de superficie du champ. « Il faut veiller à ce que les filtres ne se bouchent pas », précise le jeune homme. Et d’ajouter : « l’eau qui arrive à la plante doit être de bonne qualité pour optimiser les rendements ». Côté rendement d’ailleurs, le système goutte à goutte est à des années lumières devant les techniques d’irrigation classiques. « La plante ne reçoit que ce dont elle a besoin pour sa croissance », explique le Dr. Noba. « Ce système permet de faire des réductions d’eau pouvant aller de l’ordre de 50%, comparé aux techniques d’irrigation traditionnelles », se flatte le chercheur. Une aubaine pour nos pays sahéliens ! Le seul avantage ? Bien sûr que non ! « En plus d’une diminution de la main d’œuvre consacrée à l’élimination des mauvaises herbes – cette technologie ne favorise pas la prolifération de ces herbes – elle permet aux producteurs de procéder à plusieurs récoltes dans l’année », confie-t-il. Aujourd’hui, le champ est passé à la rotation continue. Trois récoltes s’y déroulent annuellement ! Mieux, on note avec ce système une diminution des maladies des feuillages et des racines. L’engrais directement acheminé vers les plantes à travers le réseau d’irrigation permet une utilisation rationnelle et écologiquement acceptable des intrants chimiques. Un gain en temps et en efficience !

Pour l’heure, le réseau d’irrigation du champ d’école de l’Ucad est alimenté par la Sénégalaise des Eaux (Sde). Une option qui marche certes, mais dont la durabilité est remise en cause : la dépendance au réseau et les factures d’eau ne permettent pas une certaine autonomie du champ. Une situation que les promoteurs comptent changer dans un avenir proche. « Notre ambition est d’aller vers un système intégrant maraichage et pisciculture », confirme le Dr. Noba. « Avec ce nouveau système plus avantageux, l’eau des bassins piscicoles sera réutilisée pour alimenter le réseau d’irrigation », explique-t-il. Et d’ajouter : « déjà très riche en sels minéraux, l’utilisation de cette eau permettra de réduire considérablement la quantité d’engrais chimiques à utiliser dans les systèmes de production agricole ». Une intégration qui a d’ailleurs timidement démarré puisque la boue du bassin est déjà utilisée comme fertilisant.

UNE UNIVERSITE EN MUTATION

Pour leur intégration à la vie professionnelle, Babacar et ses camarades n’ont pas cherché loin : « En intégrant la Licence en Agroressources et Entreprenariat, je voulais combler un vide qui était en moi et mettre toutes les chances de mon côté pour intégrer la vie professionnelle », martèle Babacar. Une chose impensable à la Faculté des Sciences et Techniques quelques années auparavant. La réforme LMD est passée par là. « Aujourd’hui, l’Université est en pleine mutation et la Faculté des Sciences et Techniques n’est pas en reste », estime le Dr. Noba. La Licence en Agroressources et Entreprenariat est à mettre dans ce registre. Elle fait partie d’un paquet d’offres de formations professionnelles que le Département de Biologie végétale met à la disposition des étudiants et professionnels. Dans leur cursus, en Agroressources et Entreprenariat, les participants suivent des modules très variés destinés à faire d’eux des acteurs opérationnels dès leur sortie. Elaboration de projets professionnels, Agronomie, Sélection des semences et amélioration des productions végétales, Transformation et conditionnement des produits de récolte, Protection des cultures constituent, entre autres, des domaines dans lesquels les étudiants peuvent acquérir des compétences et aptitudes.

A travers ce type d’initiatives, l’Ucad s’engage enfin à satisfaire une vielle doléance longtemps posée par le monde professionnel : adapter les formations aux exigences du marché de l’emploi.

A propos du projet Tipa

Le projet Innovation Technico-agricole pour la Lutte contre la Pauvreté (Tipa) est une initiative développée par le Gouvernement d’Israël (Institut de Coopération International MASHAV). Il s’agit d’un projet basé sur le Système d’Irrigation de goutte à goutte par Gravité (SIGG) et le concept du Marché Maraîcher Africain (MMA). Son objectif est d’améliorer le rendement des cultures en renforçant l’utilisation de l’eau et les moyens de développement durable de lutte contre la pauvreté. En plus du champ d’école de l’université de Dakar, le projet Tipa a, depuis son lancement au Sénégal par l’Ambassade d’Israël, installé des parcelles de démonstration. C’est le cas notamment à Thiénaba et à Keur YABA, dans la région de Thiès, avec l’ONG « Green Sénégal » (Groupe de Recherche et d’Études Environnementales).

Ahmed DIAME


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