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CONCERTATION NATIONALE SUR LE TRAVAIL DES JOURNALISTES
La presse pensée par les autres

lundi 12 juillet 2010

La Gazette dispose du nouveau projet de code de la presse. Celui-ci n’a aucune chance de convenir aux journalistes puisqu’il ne prend pas en charge l’essentiel de leurs préoccupations. Aussi, la concertation nationale initiée par l’Etat (ministère de la communication) a été menée par des personnalités étrangères au métier, à l’exception de Sokhna Dieng Mbacké.

L’Etat du Sénégal par l’entremise du ministère de la Communication a initié un toilettage des textes qui régissent la presse nationale. Un comité scientifique créé pour les besoins est à pied d’œuvre depuis un bon bout de temps. Ce comité dit de concertation nationale sur la presse, au sortir d’un séminaire tenu à Saly du 5 au 7 mars 2010, a produit un rapport qui, à coup sûr, ne trouvera pas l’assentiment de l’écrasante majorité des journalistes de ce pays. Ce texte, dont La Gazette a obtenu une copie, est un chapelet de directives répressives contre les professionnels de l’information. Cela peut s’expliquer par le fait qu’à l’exception de Sokhna Dieng Mbacké, mandatée par le Sénat, aucun autre journaliste n’a pris part aux travaux, au regard des noms des signataires du rapport qui accompagne le projet.

Contrairement à ce que l’on a voulu faire croire aux Sénégalais, toutes les personnalités ayant participé au séminaire de Saly et dans la préparation de la refonte des textes devant organiser le secteur des médias, sont des juristes de formation. Il s’agit plus exactement de Me Abdoulaye Babou, vice-président de l’Assemblée nationale, Me Pape Moussa Félix Sow, ancien bâtonnier de l’ordre des avocats, Cheikh Mouhamadou Bamba Niang, Pape Assane Touré et Oumar Diouf, magistrats, des enseignants du droit à l’Ucad, Mody Gadiaga, Matar Sall et Mamadou Niang. Ces travaux se sont, en outre, déroulés en présence des juristes Thierno Mouhamadou Baba Ly et Baye Samba Diop respectivement directeur des opérations et chef du service juridique de l’Artp. Les religieux, Imam Omar Dieng et Abbé Patrice Coly, ont également été associés au séminaire. Ces personnes qui ne connaissent pas grand chose des réalités que vivent les journalistes avaient-elles toutes les qualités pour véritablement prendre en charge les aspirations du pays en la matière ? Ils se sont essayés à « repenser » la qualité du journaliste sénégalais, pour le doter d’un statut juridique dont la vocation est de le distinguer des autres flibustiers qui envahissement « son métier ».

D’après le document : est journaliste « toute personne diplômée d’une école reconnue par l’Etat et dont l’activité principale régulière et rétribuée consiste en la collecte, au traitement et à la diffusion de l’information ». La définition prend également en compte, « toute personne titulaire d’une licence ou d’un diplôme équivalent, suivi d’une pratique professionnelle de deux années au sein d’un organe de communication sociale, sanctionnée par un jury de validation des acquis de l’expérience qui en fixe les attributions, la composition et le fonctionnement ». Le nouveau code stipule, par ailleurs, que les personnes ne remplissant pas ces critères retenus pour avoir la qualité de journalistes ou de techniciens de la communication sociale et qui exercent le métier depuis au moins dix ans « peuvent acquérir la qualité de journaliste après passage devant un jury de validation de l’expérience désigné par le ministre en charge de la communication ». A y voir de plus près, cette définition tend à faire du professionnel des médias un homme formé disposant d’un minimum de savoir et de savoir-faire. Du coup, il n’y a pas que la rétribution qui peut conférer au reporter sa qualité mais aussi son diplôme et ses acquis.

Cependant, le fait de présenter un reporter devant un jury dirigé ou désigné par le ministre de tutelle donne à l’autorité le droit de décider de sa carrière. Cela pourrait d’ailleurs revêtir une bonne dose de subjectivité de la part du jury qui de façon délibérée peut décider de recaler un candidat parce qu’il ne plaît pas ou qu’il n’est pas commode selon le pouvoir. Tout compte fait, à défaut d’un ordre, le pouvoir en place dessine une architecture pour permettre au politique d’avoir une forte mainmise sur la corporation. Par ailleurs, on peut relever une incohérence notable qui marque la démarche du comité scientifique qui a décidé de regrouper dans le même champ normatif la presse écrite et l’audiovisuelle. Cette confusion qui est établie dans le texte réglementant l’audiovisuel et la presse écrite (deux choses différentes), compte tenu de l’évolution technologique notable des médias audiovisuels, sera sans conteste un frein au développement d’ensemble des médias nationaux. Elle traduit d’ailleurs un manque de vision et d’ambition par rapport à un secteur devenu décisif, voire vital pour toutes les sociétés modernes. La même confusion qui est ainsi voulue et organisée n’obéit qu’à une stricte volonté de réprimer les journalistes et les médias.

Alioune Badara COULIBALY


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