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LENDEMAIN D’INVESTITURE DU PRESIDENT OUATTARA
La Côte d’Ivoire face à son destin

mardi 7 juin 2011

Guillaume Soro a été reconduit comme Premier ministre, ministre de la Défense de la Côte d’Ivoire. Ainsi en a décidé le président Alassane Dramane Ouattara, au lendemain de son investiture, en grande pompe, survenue, samedi 21 mai, à Yamoussoukro, village natal du défunt président fondateur, Félix Houphouët-Boigny. Dans un discours sobre et vibrant prononcé à cette occasion, il a promis la formation prochaine d’un gouvernement d’union nationale regroupant les principales forces politiques et la société civile, selon des critères de compétence et de probité. Dans la foulée, le chef de l’Etat a annoncé la tenue des élections législatives avant la fin de l’année 2011. Réitérant son souci de veiller au respect de la démocratie et des droits de l’homme, le président Ouattara s’est dit résolu à œuvrer pour une nouvelle gouvernance tournée vers la responsabilité individuelle et collective et luttant fermement contre l’impunité. Aussi a-t-il appelé à la mise en place d’une justice impartiale et indépendante, tout en étant le garant d’une Côte d’Ivoire laïque adossée à une armature institutionnelle forte et impartiale.

Cette investiture qui sonne le retour de la Côte d’Ivoire sur la scène internationale et africaine est intervenue après la prestation solennelle de serment, le 6 mai 2011, devant les membres du Conseil constitutionnel. C’était en présence du Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki Moon et d’une dizaine de présidents africains, parmi lesquels ; Goodluck Jonathan du Nigéria, Alpha Condé de Guinée, Ellen Johnson-Sirleaf du Libéria, Blaise Compaoré du Burkina Faso, Amadou Toumani Touré du Mali et Me Abdoulaye Wade du Sénégal.

Le président français, Nicolas Sarkozy était le seul chef d’Etat occidental à avoir fait le déplacement. Même si ce dernier n’est pas venu avec, dans ses bagages, une forte délégation d’hommes d’affaires, pour prévenir toute suspicion d’un retour remarqué de la Françafrique, il est cependant à craindre que cela ne soit perçu comme un adoubement par le président de l’ex-puissance coloniale. Un regard qui pourrait être quelque peu déformant. Elu par les urnes et installé par les armes onusiennes et françaises notamment, le président Ouattara pourrait être perçu comme un obligé de l’ancienne puissance coloniale. D’autant que selon des informations publiées par l’Express, l’ordonnancement de la cérémonie est revenue à l’agence Public Système Hopscotch, basée à Levallois-Perret (Hauts de Seine). Image 7, une agence française qui était à l’œuvre pour la promotion du président déchu de Tunisie, Zine el-Abidine Ben Ali et veille sur celle du président Abdoulaye Wade, candidat à la présidentielle de 2012, avait la mission de magnifier l’évènement et son héros.

Ce qui ne veut rien dire pour autant car, en dépit de son discours aux relents nationalistes et panafricanistes, l’ancien président Gbagbo avait fait la part belle aux entreprises françaises. A Bolloré, Bouygues et Orange revenaient le contrôle de juteux et stratégiques secteurs, comme le port Abidjan, la téléphonie mobile ou l’électricité. Sans donc préjuger de rien, il faudra attendre de pouvoir évaluer les engagements présidentiels à l’aune des actes concrets qui seront posés. En dépit du tropisme francophile qui lui est prêté le président Ouattara saura t-il défendre les intérêts suprêmes de Côte d’Ivoire, pour le plus grand bonheur de sa population.

C’est de sa responsabilité ? En tout état de cause, il lui revient, comme il l’a souligné de faire en sorte que cette investiture se mue en moment historique et marque le début d’une nouvelle ère. Celle qui ferme la parenthèse douloureuse ponctuée de larmes et de sang pour ouvrir une nouvelle consacrant la victoire de la démocratie, en ce sens qu’elle sera désormais respectueuse de la volonté du peuple. Aussi s’est-il agi de célébrer non pas la victoire d’un camp sur un autre, mais la fraternité et la sororité retrouvées. Il s’agissait donc d’un désir d’avenir célébrant la paix sans laquelle aucun développement n’est possible. Et le président Ouattara de renouveler sa volonté « de rassembler, de faire le deuil des rancœurs, de panser les plaies, d’expier les fautes individuelles et collectives ».

L’important est de faire en sorte que cette investiture, sur fond de plusieurs milliards de francs dépensés, alors que le pays est en proie à un marasme économique, politique et social, ne soit pas un moment festif inconvenant. Il reviendra très vite au président, de montrer que c’était peut-être une parenthèse nécessaire pour tourner la page douloureuse des violences post électorales de ces six derniers mois. En tant qu’elle participe à la grande opération cathartique dans laquelle la Côte d’Ivoire est en train de s’engager, notamment à travers la commission Vérité/réconciliation. Locomotive de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), elle est en face de son destin. La boucle étant bouclée, il ne reste plus qu’à inventer une nouvelle Côte d’Ivoire respectueuse des droits humains et soucieuse de son développement économique et social.

Vieux SAVANE


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