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LE PRESIDENT WADE RECONCILIE LES LUTTEURS MODOU LO ET BALLA GAYE II
La République se trompe de « combat »

samedi 4 juin 2011

L’image du président de la République Abdoulaye Wade entouré de son Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye, des lutteurs Modou Lô, Balla Gaye II et leurs collaborateurs, a sans doute surpris plus d’un la semaine dernière. Les plus hautes autorités de la République ont, en effet, affiché leur manque de classe et de sens des priorités.

Quelle mouche a piqué le président Wade et son Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye pour qu’ils s’immiscent dans la réconciliation entre les lutteurs Balla Gaye et Modou Lô ? Ces deux lutteurs ont une relation d’animosité depuis leur combat qui remonte au mois de mars 2010. En tout cas, ces deux hommes qui incarnent la plus haute autorité de la République se sont rabaissés au point d’accorder « trop d’importance » à deux bonhommes qui, eux, incarnent l’enfantillage et l’insouciance à telle enseigne que les amateurs de lutte commencent à les démystifier. Le paradoxe est donc frappant pour le sénégalais lambda, mais, à la limite, choquant pour tout observateur averti qui serait tenté de soutenir que les urgences sont ailleurs. Et les explications coulent de source.

Manque de classe

Difficile d’être optimiste en voyant comment les choses sont en train de virer au vinaigre de partout au Sénégal. Et quand ce sont les plus hautes autorités qui s’en mêlent, c’est le comble ! Vu ce qui s’est passé au palais la semaine dernière, on est tenté de penser que « l’école, ça ne sert plus à rien ». Pourquoi ce jugement décourageant ? Voyez par vous-même. Ces dernières années, nos plus hautes autorités de la République font penser que ce sont les analphabètes, les « sous-doués incultes » qui font rêver. Par leur manque de classe, elles convainquent les plus sceptiques que par ces temps de crise, l’argent et les honneurs sont faits pour « l’imbécile heureux ». Poussant les esprits critiques à se poser la question de savoir, pourquoi s’embêter à apprendre alors que c’est l’ère des imposteurs sans connaissances, payés à coût de millions pour endormir le peuple ? En effet, les lutteurs ont reçu chacun la somme de 2 millions de F CFA et un terrain de 300 m2 au village de Yenne situé entre Dakar et Mbour comme cadeaux offerts par le chef de l’Etat.

Dans la forme, il n’y a pas de mal à réconcilier des « frères ennemis », comme l’ont fait Bécaye Mbaye, El hadji Mansour Mbaye, deux hommes issus d’une classe sociale qui, depuis des temps immémoriaux, se trouve bien ancrée dans ce rôle. Mais dans le fond, l’on est poussé à penser que les actuels tenants du pouvoir sautent sur toutes les occasions qui font oublier le spectre de désolation qui gangrène la société sénégalaise dans son ensemble. La seule manière dont l’audience que le Premier ministre et le président de la République ont accordée aux lutteurs Balla Gaye II et Modou Lô, suffit pour se convaincre des attitudes peu regardantes du respect des institutions de la République de nos dirigeants. A en croire la presse, c’est le Premier ministre qui se trouve être un « ami » de Modou Lô qui a d’abord reçu les deux lutteurs à son domicile, avant de les conduire en audience au Palais où le président de la République les a reçus sur le champ pour sceller leur réconciliation. Là, il y a deux explications à donner à cette spontanéité : soit le président a bousculé son agenda pour y insérer à l’improviste, cette audience d’une heure 30 minutes, soit, en ces temps marqués par des urgences nationales de toutes sortes, le premier des Sénégalais a encore du temps à se tourner les pouces. Aucune des deux hypothèses ne grandit Wade et ses collaborateurs et toutes deux illustrent leur manque de classe.

A rebours des priorités

Loin de jeter l’anathème sur la lutte qui constitue sans conteste le sport reflétant le mieux les réalités socioculturelles de notre pays, on peut dire, sans risque de se tromper, que les priorités sont ailleurs. Comment, peut-on comprendre qu’au moment où magistrats et greffiers sont en grève depuis longtemps pour, entre autres doléances, bénéficier de logements qu’il leur a promis, le président Wade puisse se permettre de donner des maisons à tour de bras à des lutteurs à la fleur de l’âge ? Comme il l’a d’ailleurs fait avec le guignol de l’arène « Yawou dial » ! Comment celui qui incarne la première institution de la République peut-il promettre de donner deux milliards aux anciennes gloires de la lutte, au moment où il peine à appliquer le « plan sésame » lancé depuis 2006. Pourtant, cette initiative noble, annoncée en grande pompe, ne demande qu’un fond global d’un milliard. Il peine encore à respecter toutes les promesses faites aux familles des victimes du bateau « le joola », la plus grande catastrophe maritime du monde ayant fait près de 2000 morts, dont plus de la moitié est de Casamance, région d’où est originaire Balla Gaye II ? Seule l’indemnisation des familles des victimes a été respectée parmi toutes les promesses de l’Etat.

Autre chose, si l’audience avait lieu en banlieue, fief des deux lutteurs hôtes du Premier ministre et du président Wade, il n’aurait pas la chance de se dérouler sans coupure de courant. Pourquoi ? Parce que cette partie de la capitale sénégalaise fait plus les frais des coupures intempestives qui accompagnent le quotidien des sénégalais depuis longtemps maintenant. Au point que les imams de Guédiawaye où vit Balla Gaye II se sont organisés en collectif pour défendre leurs concitoyens. Parler de cette question cruciale reste une priorité pour les populations de Guédiawaye et ses nombreux fans. De même, les inondations ont fini de transformer la banlieue dakaroise en une mare permanente. Ces inondations, devenues une question majeure dans cette zone depuis 2005 sont apparues comme un drame social, économique et écologique au Sénégal. Pour la seule saison hivernale 2009, ce sont quelque 300000 personnes, voire 33000 familles (données des représentants de la Banque mondiale rapportées par la presse) de la banlieue de Dakar qui se sont retrouvées sous les eaux. Il est certain que la plupart des nombreux supporters des deux lutteurs ont vu leur demeure submergée par les eaux depuis belle lurette. Alors que les services météorologiques annoncent un hivernage pluvieux, le gouvernement se dit démuni de moyens de lutte et de prévention contre ces inondations.

Aussi, les deux hôtes du palais appartiennent-ils à des corps de métier, mécaniciens et menuisiers, en conflit avec le pouvoir. Il serait heureux que le président Wade puisse aborder cette question avec ses hôtes, Balla Gaye II, mécanicien et Modou Lô, menuisier métallique de métier. Si les deux lutteurs avaient demandé l’avis des nombreux mécaniciens et menuisiers métalliques qui s’identifient à eux par leurs discussions à longueur de journée, ils seraient heureux d’entendre parler de leurs problèmes. En tout cas, pour eux, la priorité est ailleurs. Tout comme l’option du président Wade et son Premier ministre et directeur de campagne, est autre. Cette option reste, vraisemblablement, d’endormir les Sénégalais à travers ces deux nouveaux « princes » de l’arène qui captent l’attention et drainent des foules. La récupération politique est alors de mise. Ainsi, la République se trompe de combat !

Attention à l’effet boomerang !

Par cet acte, les deux lutteurs Balla Gaye II et Modou Lô, ainsi que leurs accompagnants ont fini de dévoiler leur caractère écervelé et leur impossibilité de s’assumer. Ils ont foulé aux pieds la règle, en matière de sport, qui veut qu’ « on doit, non seulement, montrer de la classe quand on gagne, mais aussi quand on perd ». Ils risquent d’en prendre pour leur grade, pour la bonne et simple raison qu’ils sont déjà vus comme d’éventuels partisans des actuels tenants du pouvoir en perte de popularité. Ils clonent dans ce rôle l’autre lutteur, Mohamed Ndao dit « Tyson », qui, au summum de son ascension, avait fait les frais de son rapprochement avec les socialistes, à la veille de l’alternance survenue en 2000. Le célèbre leader de la « génération bul falé » à l’époque, se réclamant de l’amitié de Pathé Ndiaye, Directeur Général du Port autonome de Dakar d’alors, avait été reçu par le président Abdou Diouf. Non seulement, ça lui avait coûté de vives critiques de la part des amateurs de lutte et de simples citoyens, mais aussi, cela n’a pas empêché la défaite du président Diouf qui avait tardivement compris que quand on faillit à sa responsabilité, on facilite sa culpabilité. Aussi, Wade doit-il comprendre qu’« une jeunesse qui a failli une fois, peut bien faillir encore » !

Babou Birame FAYE


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