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PROJET DE CONSTRUCTION D’UN NOUVEL EMISSAIRE A CAMBERENE
L’Etat se plie à la volonté des populations

lundi 6 juin 2011

Va-t-on vers l’épilogue du conflit opposant l’Etat du Sénégal aux riverains de la Station d’épuration de Cambérène ? La décision prise par le gouvernement de réaliser une nouvelle conduite pour l’évacuation, en pleine mer, des eaux de la station est une bouffée d’oxygène pour les populations de cette localité. Elle satisfait une vielle doléance du Comité d’initiative pour la défense de l’environnement de Cambérène (Cdec) qui en avait fait son cheval de guerre.

L’information est donnée par le communiqué du conseil du ministre du mercredi 11 mai 2011. Selon le communiqué, le projet de réalisation d’un émissaire en mer (sea-line) comportera deux phases à savoir une terrestre et une maritime. La phase terrestre s’étend sur 2400 mètres, de la station en bord de mer à Cambérène. La première étape de cette phase qui va de la Station d’épuration au Rond Point Case de Cambérène arrivera à terme en mai 2011. S’agissant de la phase maritime, elle consiste en la réalisation d’un émissaire en pleine mer dont l’exutoire sera éloigné de 1700 mètres du rivage sous une profondeur de 40 mètres. Ce projet, par un rejet des eaux traitées très loin en mer, devrait apaiser les inquiétudes des populations de Cambérène quant aux risques de pollution de leur plage.

Vielle doléance satisfaite

Ainsi, c’est une vielle doléance des populations de Cambérène qui est satisfaite. Réunies dans le cadre du Comité d’initiative pour la défense de l’environnement de Cambérène (Cdec), ces dernières avaient, fixé comme préalable, à tout dialogue, la réalisation d’un émissaire en mer distant de 300 mètres du rivage. Cette clause indiquée dans le protocole d’accord signé entre le comité d’initiative et l’Etat du Sénégal et jusque-là non respectée est à l’origine des rapports tendus entre les deux protagonistes.

Pour cause, l’émissaire actuel dont l’exutoire est situé au niveau de la plage est pointé du doigt par les populations de Cambérène comme principal responsable de la délicate situation sanitaire et environnementale qui prévaut dans la localité.

Selon des études scientifiques menées à l’époque par le Laboratoire de sécurité alimentaire et d’hygiène de l’environnement (LSAHE) de l’Institut Pasteur de Dakar, les eaux rejetées par l’émissaire présentaient, par endroit, des concentrations inquiétantes, supérieures à la normale admise en manière de rejet des eaux usées, d’agents pathogènes. C’est le cas notamment de certaines bactéries dont Escherichia coli et les Entérocoques. Les dosages effectués avaient donné des valeurs de l’ordre de 62 170 pour 100 ml d’eau pour E. coli alors que la norme admise est de 2 000 pour 100 ml d’eau. Quant aux Entérocoques, les concentrations trouvées étaient de l’ordre de 46 690 pour 100 ml là où la norme est fixée à 1000. Soit environ 47 fois plus que la valeur autorisée par les normes sénégalaises en matière de rejet d’eau usée. A cela s’ajoute la présence de métaux lourds comme le plomb, le chrome, le zinc, le mercure et des dérivés chlorés.

Autant d’éléments qui expliquent, selon les riverains de la Station d’épuration, la recrudescence de maladies comme les dermatoses, les diarrhées, les poussées de fièvre chez les populations qui fréquentent cette partie du littoral dakarois ; et qui avaient largement motivé leur niet catégorique au projet d’extension de l’émissaire de Cambérène. Un projet financé par l’Union européenne dont le chef de délégation a regretté, la semaine passée, le retard accusé dans son exécution suite aux réticences affichées par les riverains.

Incompréhension !

Sur les 8 millions de m3 d’eaux usées reçues annuellement par la Station d’épuration de Cambérène, seuls 227 000 m3 arrivent au niveau de traitement tertiaire (niveau permettant d’éliminer toutes les bactéries présentes dans les eaux traitées). Soit 2,8% seulement. Ce processus qui se chiffre à coup de milliards pose une autre question. Celle de la pertinence du choix de jeter en mer de l’eau traitée et ce, dans un pays sahélien comme le Sénégal. A l’heure où les municipalités s’arrachent les cheveux pour honorer leurs factures en eau et où l’approvisionnement en ce liquide précieux constitue un casse-tête, promouvoir l’utilisation de ces eaux traitées dans l’entretien des espaces verts – du moins ce qui en reste - et dans certaines industries permettrait une gestion plus efficace et plus efficiente de ce secteur. Encore faudrait-il rompre avec certains préjugés relatifs à ces eaux.

Ahmed DIAME


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