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QUAND SAMBOUDIAN S’EN MELE
Wade à contretemps

dimanche 5 juin 2011

Il avait essuyé tellement d’échecs à ce chapitre qu’on en était arrivé à prier qu’il eût un succès, enfin. La réservation de la première sortie d’Alassane Dramane Ouattara à Abdoulaye Wade semblait pouvoir effacer les maints échecs, les « ingratitudes » de tous ceux pour qui il s’était dévoué et qui, le pouvoir conquis, le dédaignèrent royalement. La liste en est longue. Du Guinéen Dadis Camara qu’il s’est dépêché d’être le premier à aller voir, avant de lui envoyer son fils, son ministre des Affaires étrangères, retourner le voir, défendu face à l’Union africaine. Dadis préféra réserver sa première sortie à Compaoré. Le Mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, dont Wade réussit à imposer la candidature, avant, se dit-il, de lui faire bénéficier de son savoir-faire informatique pour gagner les élections, le Togolais Faure Gnassingbé, le Béninois Boni Yayi, le Gabonais Ali Bongo, le Guinéen Alpha Condé, dont il organisa la cérémonie d’investiture…

Dépité, meurtri, humilié même, il décida, s’agissant de Ouattara, de ne pas laisser passer l’occasion. La manière en fut maladroite, brutale même. Il s’est dépêché d’annoncer en grande pompe la visite. La présidence ivoirienne fut très sobre dans son annonce tardive. « Sur invitation du Président de la République du Sénégal, Son Excellence Maitre Abdoulaye WADE, le Président de la République Son Excellence Monsieur Alassane OUATTARA effectuera une visite d’amitié et de travail à Dakar du jeudi 12 au vendredi 13 mai 2011. »

L’arrivée de Ouattara dans l’avion présidentiel sénégalais confirma hélas le forcing de Wade pour décrocher Ouattara. Les langues s’étant déliées, nous apprîmes, tristes, que c’était pratiquement un enlèvement. Il a balayé, avec force tous les arguments du président non encore investi officiellement. Pas même le deuil national ivoirien n’a pu avoir raison de la détermination du président sénégalais. Qui, tout à son bonheur, à sa « victoire », en oublia le deuil national ivoirien pour obliger son hôte à une très gênante liesse. Wade, décidément fera toujours tout à contretemps. Il est une autre conséquence de ce qui a pris les allures de la célébration de la victoire de Ouattara. La communauté sénégalaise, si nombreuse en Côte d’Ivoire, avait su rester depuis toujours en dehors des joutes électorales ivoiriennes. Laurent Gbagbo, leader de l’opposition ne cessait de fustiger le « bétail électoral » que constituaient à ses yeux, les Burkinabè, les Maliens, soupçonnés de rouler pour Félix Houphouët-Boigny. Bien que la mère des enfants du premier président de la Côte d’Ivoire fût une Sénégalaise, bien que son gouvernement comptât de nombreux ministres d’origine sénégalaise, la communauté sénégalaise ne fut jamais rangée dans le « bétail électoral ». Sa neutralité lui fut reconnue et quand éclata la crise identitaire de l’ivoirité et bientôt les exactions, elle fut épargnée. Wade a fait perdre cet acquis à la communauté sénégalaise. Elle a été victime pour la première fois de graves exactions avec des exécutions atroces qui firent des dizaines de morts, probablement à cause de la maladroite visite imposée, encore !, à Ouattara entre les deux tours. La célébration wadienne de la victoire de Ouattara achève hélas de placer les Sénégalais dans un camp. Ce n’est jamais très bon, parce que rien n’est jamais définitivement acquis en politique et qu’un mandat, cela passe vite et nul ne peut présager de ce qu’il adviendra de la Côte d’Ivoire, l’année prochaine ou à tout le moins, à la fin du premier mandat de Ouattara.

Boycott de la honte

On le pressentait par sa sèche réponse au courrier du comité d’organisation, mais l’on n’en a pas été moins triste. Pour lui. Wade et son gouvernement ont brillé par leur absence à la commémoration des 90 ans d’Amadou Mahtar Mbow. Un confrère féroce de commenter que même Dieu est contre Wade. Il ne lui permet même plus d’avoir l’intelligence des situations. S’il avait encore le vent en poupe, à son corps défendant, il aurait pris part aux célébrations par opportunisme et pour en tirer un profit certain. La chance lui ayant tourné le dos, et sa cour n’osant même plus proposer de peur de déplaire, Wade s’est découvert aux yeux des Sénégalais pour ce qu’il sait être : un jaloux de toute autre gloire que la sienne. A ce jeu, il va s’étrangler de fureur devant le succès extraordinaire de Mbow qui fait l’unanimité autour de lui. Les grands intellectuels du monde universitaire de France, des Etats-Unis, d’Afrique, d’Haïti, mais aussi les jeunes, avec ce concert offert gracieusement par la banlieue, qui a joué le rôle que l’on sait dans la victoire de 2000.

Mille morceaux

Une victoire plus que jamais compromise par l’éparpillement en mille morceaux du camp présidentiel. Oubliant de balayer devant sa propre porte, il se gausse des divisions de l’opposition incapable de choisir son candidat alors même qu’il a perdu Idrissa Seck, Macky Sall, Aminata Tall et peut-être bientôt Pape Diop et est incapable de se choisir un simple coordonnateur pour l’Alliance Sopi pour toujours, au point d’en différer le choix.

Samboudian KANTÉ


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