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MANSOUR NDIAYE, 41 ANS, EXPERT FINANCIER, CANDIDAT A LA PRESIDENTIEL DE 2012
Mister président !

samedi 4 juin 2011

On dirait un prof de français, dans sa dégaine. C’est un expert financier, un as du micro crédit, qui a l’ambition de diriger le Sénégal en 2012.

Sa silhouette se distingue dans la foule d’étudiants venus participer à l’une de ses conférences sur la micro finance islamique. Un profil de mannequin, grand et musculeux. Qui renvoie au physique du président de la deuxième République. En ce début d’après midi, Mansour Ndiaye flotte dans un costume sobre, intérieur clair qui fait ressortir sa maigreur. Crâne en demi-ras, le regard sombre. Il est avenant et très correct. L’apparence extérieure contraste avec l’intérieur : un bloc dense et assumé. L’application faite d’un homme de la micro finance islamique, théorie qu’il peut psalmodier par cœur. Morceau choisi : « toutes les religions révélées ont prohibé la pratique de l’intérêt. Elle n’a surgi dans nos sociétés que par l’ampleur des relations commerciales de l’époque. » Il fait partie de ces êtres qui glissent d’un univers à l’autre avec une aisance stupéfiante. Comme son sosie le président Abdou Diouf, Mansour a des ambitions présidentielles. Il dit : « je serais candidat à l’élection présidentielle de 2012. » Il crie son désarroi face à un peuple « fainéant », un Premier ministre qui se destinait à la carrière de « lutteur », « s’il n’avait pas fait des études », un président qui revient encore et toujours sur sa parole ; des ministres « flagorneurs » et pour noircir le tableau il y ajoute « l’arrogance » des juges. Sur ce point, il explique : « une personne peut faire une erreur, mais dans le traitement, il doit y avoir le respect. » Voila la représentation sombre que Mister président se fait de la troisième République avec une voix grave et un visage crispé. Puissance tranquille, il est là, dans une petite salle de l’Ucad 2, éclairée par des néons. Décontracté. Consensuel.

« J’ai fait 17 ans dans ce secteur, et le constat c’est qu’on ne peut pas continuer avec cette dynamique de pratique d’intérêt. Si on ne fait pas attention, cette dynamique va continuer à appauvrir nos populations… »

Voilà 10 ans que Mansour est tiraillé entre son engagement militant et sa carrière d’expert financier. Le deuxième prendra le dessus. Avec sa simplicité terre à terre et ses airs d’étudiant bûcheur, il parcourt les coins et recoins du pays pendant 6 ans pour le compte de l’Union Européenne. Il dit : « j’ai monté un réseau d’institutions de micro finance. J’ai fait un travail d’unification, de mise en réseau. J’ai été expert principal dans un projet de l’Union européenne. Un réseau de 20 mutuelles d’épargne et de crédit qui travaillent avec le monde rural est né avec 22 organisations de producteurs qui vont partager un cadre de concertation ». De 4000 clients en 2008 avec 350 millions de FCFA de crédit, la mutuelle est passée aujourd’hui à 25 mille membres avec près de deux milliards FCFA de crédit par an et cela ne concerne que les crédits orientés vers le monde agricole de la région de Louga et de Saint louis. Il explique ce succès par son engagement sans faille auprès de ces communautés et l’implication des populations locales dans ce système.

Une tension choisie : il explique avec beaucoup de difficulté le taux de 17 % appliqué sur le crédit par les mutuelles et que les clients prennent pour de l’arnaque. Il dit : « quand vous prenez le taux de bancarisation qui est de l’ordre de 5 à 7 % dans les pays de l’Uemoa, quand vous ajoutez la micro finance au Sénégal c’est entre 14 et 15%. Cela veut dire que des efforts ont été faits et qui ont permis à un certain nombre de couches défavorisées d’avoir accès aujourd’hui à des services financiers. Par exemple à Barkédji, à 180 km de la région de Louga, s’il y a le transfert d’argent, c’est grâce à la micro finance car les banques ne peuvent pas le faire. En déportant le service financier en profondeur, il y a des coûts opérationnels que l’on supporte… » Dans l’interstice, il se tient sur ses gardes. Mais, surprise ! Il oublie la rapacité du système bancaire qui, ayant une trouille bleue du risque a la lâcheté de le faire endosser aux clients tout en prétendant les tenir en respect. Enfin il avoue : « J’ai fait 17 ans dans ce secteur, et le constat, c’est qu’on ne peut pas continuer avec cette dynamique de pratique d’intérêt. Si on ne fait pas attention, cette dynamique va continuer à appauvrir nos populations. » Bien.

Il toussote de cette voix éraillée, signe distinctif qui séduit ou irrite, s’interroge en se raclant plus encore la gorge. Bras croisés, il répond posément aux questions, soucieux de l’exactitude des mots employés. Un sourire éclaire parfois son visage. Des solutions aux problèmes ? Il cite la micro finance islamique qui prohibe la pratique d’intérêt, encourage la notion d’actifs tangibles et le partage des pertes et profits. Il explique : « au Sénégal, nous sommes à 100% une communauté de foi car il y a des musulmans et des chrétiens. Nous pouvons aller vers une autre évolution qui est la pratique de la finance islamique. On en parle depuis l’Oci, il manque une certaine volonté politique. » Amen !

Candidat à la présidentielle de 2012

En politique, Mansour croit en sa méthode. Une présence permanente sur le terrain, un programme construit « par le bas » et pour la communauté. « Je m’engage en politique pour régler ces déséquilibres au sein de notre société. Ces questions d’injustice…si l’élite l’intellectuelle n’est pas connectée à sa communauté, il ne pourra pas être proche d’elle. Je connais les préoccupations des populations et je suis conscient qu’elles sont très fatiguées. » Pendant ses rencontres, il note tout ce que lui racontent, ici des étudiants, là des agriculteurs. « Il ne faut pas aller auprès des gens pour faire avaliser les théories d’une élite intellectuelle, ajoute-t-il. Il faut les faire parler, il faut qu’ils avancent des propositions. » Et que le politique « ne craigne pas de dire qu’il ne sait pas tout ». Démago ? Langue de bois ? « C’est comme ça qu’on luttera contre l’abstention », se défend Mansour qui veut transposer sa pédagogie politique au plan national. Certains le mettent déjà en garde contre la tentation de troquer, par facilité, sa « pratique populaire » contre du populisme. Se faire une place chez les poids lourds politiques de 2012 ? Il avoue qu’il est en train de convaincre les Sénégalais par le cœur, et par la sincérité de son discours. Il y a de l’été indien dans l’air ! Mais l’arène politique est loin de la représentation du paysagiste français, Monet. Ici on ment, toujours mentir encore mentir pour être président. Espérons qu’il va changer la donne.

« Un jour en pleine nuit, j’ai dit à mon ami avec qui je partage ma chambre à Dagana, que je fais le serment, une fois grand, de trouver des solutions à la situation des gens de la vallée. J’avais 12 ans. »

Le fief de Mansour c’est la vallée du fleuve Sénégal où il est né en 1970. Il a la culpabilité tenace. Ça vient de son milieu « modeste, croyant et pratiquant ». Le père, maitre maçon à la Saed lui racontait à la clair de lune, les exploits des prophètes à la place des Contes d’Amadou Kumba de Birago Diop. La mère est aimante. Il est le seul garçon d’une fratrie de quatre. Collé à l’école coranique, à 6 ans il récitait déjà le Coran quand ses pairs faisaient des parties de foot. Arrivé en classe de Cm2, à l’école primaire de Ross Bethio, son papa prend la retraite et le gamin avoue vivre et étudier dans des conditions extrêmement difficiles. Il se remémore : « les épreuves que j’ai traversées ont renforcé mes liens avec ma communauté, il était extrêmement défavorisé. Il fallait que je travaille plus que les autres pour les aider à s’en sortir un jour. » A 12 ans, il monte à Dagana, à 75 km de ses parents, et obtient le Bfem au Ces Alpha Mayoro Welle. La situation précaire de sa communauté laissée derrière le chagrine. Le gamin en fait un fer de lance et jure devant Dieu qu’il va les sortir de là. L’anecdote : « un jour en pleine nuit, j’ai dit à mon ami avec qui je partage la chambre à Dagana, que je fais le serment, une fois grand de trouver des solutions à la situation des gens de la vallée ».

1986. Il intègre le lycée Faidherbe pour le second cycle, obtient le bac B en 1988. L’année suivante, il entame des études en sciences économiques et gestion à l’Université Gaston Berger de Saint Louis avec au bout du compte une maitrise de gestion informatique. Il obtient son premier travail en 2000, dans le secteur de la micro finance. Il intègre l’ONG Aquadev qui a une vision holistique de la réduction de la pauvreté comme directeur de projet et travaille dans le cadre du développement pendant 7 ans. En 2006, il obtient un Dess en ingénierie financière à l’Institut supérieur de management (Ism). Actuellement, il est formateur à la Banque mondiale, master-trainer au Bureau international du travail (Bit). Il a un parcours sénégalo-Saint Louisien, de quoi en être fier ! Et puis, il y a la famille. Mansour n’est pas un mondain, c’est un tribal, catégorie mère poule. Il s’est mis la corde au cou en 2001, avec trois enfants au milieu.

2011. l’enfant de Ross Bethio a grandi. Ses expériences auprès de sa communauté avec la micro finance comme cheval de bataille, mais surtout les diplômes obtenus dans son pays lui donnent la confiance nécessaire pour relever le défi de sa vie : être le nouveau président du Sénégal en 2012. A-t-il satisfait son désir d’enfant ? « Je suis en train de le faire dans la discrétion et le silence. J’ai créé des mécanismes de solidarité, encadré des organisations de femmes ; si nous avons des valeurs, il faut que nous les mettions en pratique dans ce que nous sommes en train de faire. Mon père m’a toujours appris que travailler et prier sont la même chose. » Alléluia !

Aïssatou LAYE


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