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CINEMA
Un huis clos qui fait grincer les dents

mardi 10 août 2010

“Le temps de la kermesse est terminé » du réalisateur Frédéric Chignac, avec dans la distribution Thierno Ndiaye Doss et Eric Ebouaney, est un huis clos en plein désert, à l’intérieur duquel un homme se retrouve prisonnier malgré lui. Film projeté le 13 juillet à l’institut Léopold Sedar Senghor.

Le film de Frédéric Chignac repose sur une sorte de ritournelle avec les répétitions fréquentes de la voiture d’Alex (Stéphane Guillon) en panne, que l’on tente de faire démarrer à coups de biceps et de jarrets sans succès. Entre deux, Alex se débat dans la nasse qui le retient prisonnier à Koupala dont le chef de village (Thierno Ndiaye Doss) barbe blanche, posture rigide sous son grand boubou, impose son autorité sur Koupala, bout de territoire désertique peuplé d’infortunés qui vivent de bricole. De l’autre côté de la route, un poste frontalier sous la supervision du lieutenant Bado (Eriq Ebouané), un fils du pays , formé à Strasbourg, qui a gardé de son séjour en France la passion du jardinage avec un goût prononcé pour les laitues qu’il fait pousser sur un sol de cailloux. Il éprouve un malin plaisir à se jouer des nerfs d’Alex qui se sent de plus en plus déstabilisé. En fait Alex qui s’est arrêté à Koupala quelques minutes pour prendre de l’essence n’arrive plus à faire démarrer sa voiture. Pas de mécanicien pour l’aider à repartir. Comme solution ultime, il recourt à de gros bras pour faire tourner la machine. Les jours passent emportant avec eux les certitudes du Blanc d’Afrique qu’est Alex.

« Le temps de la kermesse est terminé » est un film à plusieurs tiroirs qui met à nu les rapports Nord /Sud à travers le comportement de Alex confortablement installé en Afrique parce que détenant un pouvoir économique, il pensait se tirer d’affaire de toute situation même périlleuse. Mais le voici face à de fortes personnalités dans une situation où l’enlisement semble irrémédiable. « J’ai voulu rendre sa situation inconfortable. Une situation qu’il ne maîtrise pas parce qu’il pense qu’il peut tout résoudre grâce à l’argent alors qu’avec tout l’argent du monde, il ne peut dans ce coin faire repartir sa voiture. Tous les codes qu’il utilise ne marchent pas à savoir le bakchich. J‘ai voulu le mettre dans une situation de vulnérabilité pour creuser le personnage dans ses ambivalences, dans ses ambigüités. Il est à son tour vulnérable alors qu’il n’a pas l’habitude de l’être. » Explique Frédéric Chignac dans une interview téléphonique. L’Afrique terre de la débrouille, avec le cafetier Dogni (Malick Sall), sa station d’essence brinquebalante et sa douche publique à trois sous ; l’Afrique terre de mirage quand passent des chercheurs d’or qui dépeuplent le village qui vit dans l’espoir de voir Martina (Aïssa Maïga) partir en France avec Alex et en retour envoyer de l’argent. La famine, l’injustice subie par le chef de village ancien combattant qui ne touche pas sa pension de blessé de guerre. Le Banni, émigré clandestin qui a fini sa course dans les filets de la police française et qui porte la déception du village. Un échantillon de personnages représentatifs d’une réalité que le réalisateur dit avoir rencontré lors de ses précédents tournages de films documentaires au Mali, au Tchad, au Burkina, au Sénégal. Des personnages avec leurs travers et leur côté parfois bon enfant.

Côté acteurs : Eriq Ebouaney et Thierno Ndiaye Doss connus tous deux pour avoir incarné des personnages célèbres ( le premier dans “Lumumba” de Raoul Peck et le second dans “Guelwaar” de Ousmane Sembène) se retrouvent pour la seconde fois sur le même plateau de tournage. La première fois, c’était au Sénégal dans le film de Mansour Sora Wade : “Le prix du pardon” et la seconde fois à Ouarzazate au Maroc pour les besoins du film de Frédéric Chignac : « Le temps de la kermesse est terminé ». Ces deux comédiens bien que ne tenant pas le premier rôle marquent le film. Aissa Maiga : comédienne avec un talent certain qu’on a vu dans “Bamako” de Abderrahmane Sissoko était réticente à l’idée d’incarner un personnage presque muet mais tenace dans son désir de partir en Europe avec Alex . Finalement, elle adoptera le personnage.

Film dérangeant dans ses dialogues quoique juste dans le caléidoscope de personnages représentés dans une Afrique côté informel, débrouillard et attentiste et dont on espère qu’elle prend conscience que “Le temps de la kermesse”, pour ne pas dire cirque dans les rapports Nord/Sud, est terminé.

Baba DIOP


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1 Message

  • fan de ciné africain et depuis peu titulaire d’un master en com j’aime l’article de Baba à ki je tire un chapo pr sa rigueur ds l’ortho et la grammaire mais oci le fond : la synthèse du film est parfaite. vraimt chapo Baba

    Répondre à ce message


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