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Incertitudes d’Ebola

Publié le 06 octobre 2014 par Godlove Kamwa

Avec la perturbation de la rentrée scolaire en Guinée et le confinement décrété en Sierra Leone, la fièvre hémorragique à virus Ebola passe pour un virus social qui va gonfler les nuages d’incertitudes qui tiennent notre existence en otage. Au delà du débat qui interroge l’inertie développée autour du virus depuis son avènement en 1976, il reste tout de même que les recherches sur le traitement n’ont toujours pas comblé toutes les attentes.

Le traitement expérimental du Zmapp en cours de développement depuis des années n’a en effet donné de sourire que lorsqu’il a été administré avec succès à deux malades américains. Bien qu’il ne soit pas encore homologué, l’organisation mondiale de la santé a autorisé sa distribution dans les pays en crise. La firme Mapp Pharmaceuticals Inc à la base de la production de ce sérum en était encore à peaufiner sa phase expérimentale par l’administration du produit à un grand nombre de malades pour en maîtriser les effets et la capacité d’action. Les résultats variables obtenus à l’issue des tests réalisés sur des singes n’étaient donc pas suffisants pour passer outre les principes d’observation clinique. Il s’est avéré subséquemment que la réponse immunitaire de cette injection restée passive au virus, ne pourrait être qu’un sédatif incertain avec en plus un nombre de doses disponibles bien limité. L’accélération de l’agenda du Zmapp s’est surtout heurtée à la mort d’un prêtre espagnol le 12 Août dernier et d’un médecin infecté la même semaine alors qu’ils avaient tous les deux été traités avec le précieux cocktail de sérum. Ces évènements malheureux ont remis en question l’efficacité du médicament avant même qu’il ne soit posé la double question logistique et commerciale de sa distribution. C’est ainsi que le Zmapp a ouvert la porte à de nouvelles propositions, les unes aussi incertaines que les autres. Des industriels japonais ont suggéré à l’OMS l’utilisation d’un produit récemment homologué contre le virus de la grippe, plus ou moins proche de son cousin Ebola Zaïre. La Chine n’est pas en reste, elle a aussi développé des médicaments, annonçant simplement avoir des solutions efficaces sur son territoire. Le département américain de la défense, signataire de plusieurs contrats de recherche avec un certain nombre de firmes actives, n’a pas baissé les bras. La lueur d’espoir la plus récente est issue de l’institut américain des allergies qui annonce des traitements ce mois de Septembre sur un vaccin présentant des résultats positifs sur des chimpanzés, selon plusieurs revues scientifiques américaines. Pour la première fois, il a été établi une protection à long terme contre le virus Ebola mais là encore faut-il attendre la fin des tests sur les humains et la mise en place du processus de distribution.

L’incertitude de la distribution des médicaments est aussi tributaire de l’exploitation des marchés. Mapp Biopharmaceutical Inc a contribué principalement au Zmapp sur la base de deux contrats pour près de 2,5 millions de dollars avec le département de la défense des Etats-Unis et de sa collaboration avec deux structures canadiennes, notamment un laboratoire privé, Defyrus Inc, également partenaire de la défense américaine et l’agence de la santé publique du Canada. Les deux centaines d’experts réunis au siège de l’OMS il y’a quelques jours en étaient en effet à huit traitements expérimentaux et deux vaccins, avec la promesse d’opérer en Novembre. En somme, le traitement intégral de la fièvre hémorragique à virus Ebola a pour principal ennemi le temps. Un facteur qui échappe aux autorités des pays débordées par la montée fulgurante du nombre de morts. Au delà de la sérénité capitale qu’il faut se recommander à soi même et à l’opinion, l’incertitude plane sur la capacité à contenir Ebola dans des délais moins dramatiques, pourtant la maladie pourrait être cernée cette fois, ou encore que suite à l’arrêt de sa propagation, le virus retourne comme les autres fois dans les forêts où il vit avec des macaques depuis toujours.
L’incertitude autour de cette épidémie est aussi économique. Bien malin qui pourrait dire aux promoteurs d’entreprises et investisseurs, l’allure de la courbe dans les trois prochains mois. La compétence exceptionnelle des autorités de la santé au Sénégal dans la gestion de cette crise ne suffit plus pour rassurer les opérateurs qui vivent la menace et le ralentissement dû à la psychose. Avec la saison touristique qui approche, les tours opérateurs craignent la montée du capital risque, même simplement perçu.

Nombre d’opérateurs économiques tus dont les navires ont changé d’itinéraire en mer du fait de la crise Ebola attendent. Dans un Sénégal devenu la plaque tournante du marché sous régional, la limitation des vols pour ne pas évoquer la fermeture des frontières est un coup dur pour nombre d’opérateurs, notamment du tabac et de l’industrie textile. On ne le dit pas assez, mais le virus Ebola est en plus un ennemi de l’intégration compte tenu des mesures prises sur les frontières et de la tendance à la stigmatisation. Ce que l’organisation des Nations unies pour l’agriculture redoutait arrive à grand pas : l’inflation rapide des prix des denrées de première consommation due à la perturbation des échanges. Le plus inquiétant vient de ce qu’il n’est pas possible d’indiquer, même approximativement la durée du calvaire, eu égard au risque de compromettre les récoltes du fait des pénuries de main d’œuvre dans les pays affectés. Se tourner vers l’importation et ses déboires est une solution controversée avec les troubles aux frontières. C’est à ce titre que le président de la Banque africaine de développement Donald Kaberuka a évalué le coût de l’épidémie entre 1 et 1,5 point de PIB du Libéria, de la Sierra Leone et de la Guinée, des pays qui commençaient à se remettre difficilement des années de crise et de guerres civiles. Il n’a pas épargné la Côte d’ivoire de ses craintes. Des données qui ne resteront pas sans conséquences pour le Sénégal en passe d’être la terre sainte de l’Afrique de l’Ouest depuis que les nouvelles de son unique cas sont prometteuses. Nous sommes tous exposés dès lors qu’on réalise avec le diplomate écrivain Paul Morand que «la vie est une maladie dont tout le monde meurt.»

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