Vivant, Mandela a méticuleusement travaillé avec générosité et intelligence à construire la nation arc-en-ciel qui était la seule réponse possible, suite au démantèlement de l’odieux système de l’apartheid.

Mort, Madiba Rohilalah Mandela continue sa mission, en léguant à ses compatriotes, à l’Afrique et à l’humanité des leçons de la vie à portée universelle. Il s’est offert en exemple à un monde qui connait tant de tragédies, à cause de fausses différences artificiellement entretenues et cultivées, pour nourrir la haine entre des êtres humains.
J’ai compris davantage pourquoi Mandela a réussi au-delà des espérances nées à sa sortie de prison, à bâtir une Afrique du Sud démocratique, multiraciale et apaisée.

En sortant de prison, du bagne de Roben Island, Mandela disait :

1. «Lorsque j’ai franchi la porte de ma cellule, puis celle de la prison vers la liberté, je savais que si je ne laissais pas derrière moi l’amertume et la  haine, je resterai à jamais leur prisonnier».
San rancune et sans haine, il recouvra la liberté avant de s’occuper inlassablement à construire son pays, avec une philosophie de vie rarement incarnée par un homme politique avant lui, en inscrivant son action dans une praxie étonnante de réalisme et de sagesse :

2. «Dans la vie d’adulte d’un homme, il a une fois la possibilité de combattre et de vaincre un régime odieux. Le reste de son temps sur terre, il doit s’employer à reconstruire et à bâtir».
S’abreuvant à la source de cette extraordinaire sagesse, il travailla à rallier à la cause défendue par la majorité des noirs, les blancs réalistes et avisés, relativement à la nécessité absolue de délivrer l’Afrique du Sud des entrailles d’un régime funeste. Un régime bâti sur une haine raciale à nulle autre pareille dans l’histoire de l’humanité. C’est sur la base de cette philosophie lumineuse que Mandela, le célèbre prisonnier devenu en avril 1994, Président de la République d’une Afrique du Sud multiraciale et démocratique, a inventé «la Commission Vérité et Réconciliation», dirigée par l’archevêque Desmond TUTU.

C’est cette Commission qui, sous la houlette de l’archevêque, a permis de transcender de façon collective et consensuelle, les appréhensions, les craintes et les désirs de vengeance d’une majorité longtemps opprimée.Ainsi, Mandela et Tutu ont-ils aidé à désarmer ceux qui, attirés par une envie de revanche intense, prétendaient que «la vengeance et la plus parfaite des justices».
Heureusement, Mandela s’appuyant sur cet autre homme d’exception, a su rassurer les blancs qui craignaient d’être jetés à la mer. Plutôt d’aller dans une voie sans issue pour notre époque, Mandela a invité les noirs à leur réserver une place et à leur donner tous leurs droits dans la nation arc-en –ciel. Madiba avait naturellement compris que ses compatriotes blancs  avaient contribué, en dépit des crimes commis, au décollage économique de l’Afrique du Sud.
Il appela ainsi à un changement d’attitude et d’état d’esprit de la part de tous les Sud-africains : noirs, blancs, métis et indiens en les incitant à accepter de négocier.

3. «Les négociations pour la paix et la réconciliation sont en elles-mêmes une thérapie. La plus importante chose que j’ai apprise en négociant, est que si je ne changeais pas moi-même, je ne pourrai pas changer mes interlocuteurs. Car ils sont des êtres humains comme moi, avec leurs mythes, leurs blessures et leur soif de dignité».
Quand le Président Macky SALL exprimant sa peine à la suite du décès de Mandela dit : «Nous admirons Mandela comme un héros des temps modernes et admirons sa sagesse qui sera éternelle…», il s’inspire de cette formidable leçon.
Cette sagesse est incarnée par cette capacité à reconnaître l’autre dans sa dignité d’être humain. Ainsi, Mandela considérait les sud-africains de race blanche comme des partenaires incontournables, qu’il fallait considérer dans leur dignité. Des partenaires dont les capacités indéniables, l’expérience et le savoir-faire, seront indispensables à la reconstruction de l’Afrique du Sud post-apartheid.

Le Président Barack OBAMA rendant hommage à MADIBA déclare : «Nous venons de perdre l’un des hommes les plus influents, les plus courageux et les plus bons que la terre ait connu. Il appartient à l’histoire»
Cette déclaration s’articule à la source d’une autre leçon de sagesse de l’icône exprimée en ces termes :

4. «L’honnêteté, la sécurité, la simplicité, l’humilité, la générosité, l’absence de vanité, la capacité à servir les autres – qualités à la portée de toutes les âmes -, sont les véritables fondations de ma vie». C’est cet homme dont le Monde entier salue la mémoire.Le Premier Ministre britannique a dit de lui : «une lumière prodigieuse s’est éteinte».
Nous qui avons choisi de nous placer dans le champ politique et fait le choix de vivre en démocratie, devons cultiver le sens de l’idéal démocratique, tel que l’enseigne MADIBA :

5. «Idéal démocratique, j’en ai fait le but de ma vie, je l’ai jugé accessible et j’ai pensé que je pouvais contribuer à le réaliser. J’ai aussi accepté de courir le risque de mourir pour qu’il se réalise».
Pour rendre hommage à ce monument qui vient de nous quitter, j’ai choisi de rappeler cinq leçons de vie qui ont guidé sa vie d’homme et fondé l’action politique menée depuis qu’il s’est engagé dans la lutte de libération, jusqu’au moment où il a quitté le pouvoir en 1999.

MADIBA, une source d’inspiration inépuisable pour l’humanité : MANDELA, une icône, un géant politique et humaniste à cheval sur le 20ème et 21ème siècle.
Bien que jeune à l’époque, c’est en lisant la déclaration de l’homme devant ses juges à Rivonia, lors du procès qui l’a envoyé à Robben Island pour 27 ans, que j’ai fait la connaissance de ce géant.
En 2003, alors que je venais de publier mon premier ouvrage sur le régime de Me WADE, un ami attira mon attention sur les risques que j’avais pris en sortant cet ouvrage. J’avoue qu’il m’ébranla quelque part en me donnant quelques frissons. Quelques instants après, comme la lumière d’un éclair, je me souviens alors de ces mots de Mandela :

6. «Le courage ce n’est pas l’absence de peur, mais la capacité à la dominer. L’homme courageux, ce n’est pas celui qui n’a pas peur, mais c’est celui qui triomphe de sa peur».
Quand on écoute, lit et étudie l’homme qui vient de nous quitter, on reste toujours fort et déterminé à chaque fois que l’on réussit à traduire dans la pratique, les leçons qu’il a enseignées durant toute son existence.
Bon repos éternel, Géant africain, l’humanité vous sera toujours reconnaissante.

Abdou Latif Coulibaly,
ministre de la Bonne gouvernance
et porte-parole du gouvernement

Voir aussi