Shu Ming Yuan, conseiller culturel à l’ambassade de Chine à, Dakar, a, lors d’une visite de presse, levé toute équivoque quant à l’appartenance de Sénégal Pêche à la China National Fisheries Corporation (Cnfc). Une sortie qui peut être liée à la récente publication du rapport de Greenpeace où la Cnfc est mis en cause.

Intitulé «Arnaque sur les côtes africaines : la face cachée de la pêche chinoise et de ses sociétés mixtes au Sénégal, en Guinée et en Guinée-Bissau », le rapport révèle que la Cnfc détient 12 navires de pêche sur les eaux sénégalaises, navires qui sont affiliés à la société mixte Sénégal Armement Sa. Selon Greenpeace, les captures de ces navires sont sous-déclarées, relativement au tonnage autorisé. Les environnementalistes dénoncent via cette enquête une fraude au tonnage opérée par «aussi bien des navires battant pavillon chinois que ceux battant d’autres pavillons, y compris africains, dans le cadre des sociétés mixtes ». Greenpeace estime le manque à gagner occasionné « par les licences non payées par la Cnfc à plus de 350 millions de francs Cfa, selon une évaluation exécutée entre 2000 et 2014. «Les pertes réelles sont, elles, probablement beaucoup plus importantes, car ce chiffre ne concerne que les 15 dernières années sur les 30 ans d’opérations de la Cnfc au Sénégal et ne s’applique qu’aux navires pour lesquels Greenpeace Afrique a pu estimer le tonnage brut réel. De plus, cette estimation ne tient compte ni de l’impact de cette fraude sur les écosystèmes ni de la valeur du poisson pêché illégalement par la Cnfc grâce à un accès indu aux zones de pêche côtières essentielles pour la pêche artisanale et la subsistance des communautés locales», lit-on dans le rapport.

Sénégal Pêche est né des cendres de African Seafood, société rachetée par la China National Fisheries Corporation (Cnfc). La même Cnfc, partenaire et investisseur de Sénégal Pêche, selon les précisions du conseiller culturel de l’ambassade de Chine, a été récemment mise en cause par un rapport de Greenpeace.

. En guise de recommandation, Greenpeace conseille « au gouvernement du Sénégal, de la Guinée et de la Guinée-Bissau de mener d’urgence une enquête approfondie sur la présumée fraude sur la déclaration du tonnage brut sur les société chinoise ainsi que la fraude éventuelle sur le tonnage brut par d’autres sociétés de pêche industrielles pour les navires opérant dans leur zone économique exclusive, que ce soit les navires battant pavillon étranger et/ou qui opèrent dans le cadre de sociétés mixtes ». Le gouvernement de la Chine est appelé à adopter la même démarche pour que lumière soit faite sur cette présumée histoire de fraude.

2,6 MILLIARDS VERSES
ANUELLEMENT AU TRESOR

La contribution de Sénégal Pêche dans l’économie nationale n’est pas des moindres. Les finances publiques sont rehaussées chaque année de 2,6 milliards de francs Cfa, un apport que l’Etat du Sénégal perçoit sous forme d’impôt, de redevances au port et de charges sociales. Logé au port autonome de Dakar sur une surface de deux hectares, Sénégal Pêche est une société spécialisée dans l’exploitation des produits halieutiques, et qui fait un chiffre d’affaire annuel de 23 milliards de francs Cfa pour un investissement de 23 millions de francs Cfa. L’ambassade de Chine a organisé une visite de presse afin de présenter le travail des différentes unités qui composent Sénégal Pêche.

Penda Sylla, la responsable qualité, a été le guide du jour. De la salle de production où se font le lavage, le triage et le calibrage des produits, à la salle de conditionnement, en passant par la salle de pesée et de la congélation, chaque circuit a été dûment présenté. Penda Sylla a ainsi mis en exergue les basiques, ponctués d’un contrôle qualité à chaque étape, essentiel à l’exploitation des ressources halieutiques. Poulpe entière, poulpe fleur, dorade, rouget, chinchard sont, entre autres, les variétés de la production qui ont été présentés comme échantillons. La responsable qualité renseigne d’une pluralité de produits conservés à moins 20°C dans la chambre froide négative, jusqu’à la commercialisation de la marchandise rangée par produit, par calibrage et par destination. Un système de traçabilité permet de parer, à tous les niveaux, à toute défaillance. Ce sont les produits finis sans défaut qui accèdent au marché.

UN PARTENARIAT FECOND DANS DES SOCIETES MIXTES

Dans un autre registre, Alioune Diané, directeur général adjoint de la société, a expliqué que l’approvisionnement de Sénégal Pêche est exclusivement assuré par les pêcheurs artisanaux. Des pêcheurs accrédités fournissent, en fonction des normes définies par Sénégal Pêche, les 15 000 tonnes de produits halieutiques, de l’ordre d’achat de 50 milliards de francs Cfa. Par cette collaboration, l’usine tente selon Alioune Diané de mettre fin à la surpêche. Selon toujours les éclairages du directeur général adjoint, c’est le surplus de la capture des pêcheurs artisanaux qui est racheté et est ainsi mis en valeur. Il assure également que cette importante production a besoin de la mainmise de « 1 500 employés dont 110 chinois » pour exploiter et conserver la ressource destinée au marché local et international.

La visite de presse a aussi servi de prétexte à Shu Ming Yuan, conseiller culturel à l’ambassade de Chine à Dakar, pour essayer de lever toute équivoque en ce qui concerne la propriété de Sénégal Pêche. «On parle souvent de la société nationale de pêche en faisant allusion à la société Sénégal Pêche. En réalité, la société nationale chinoise de pêche est un investisseur et un partenaire de Sénégal pêche. C’est une entreprise sénégalaise. Il n’existe pas une société nationale chinoise au Sénégal. Sénégal pêche paie des impôts au gouvernement du Sénégal et emploie des sénégalais», a-t-il tout particulièrement précisé. A Alioune Diané de renchérir que 99% des sociétés du port autonome de Dakar sont des sociétés mixtes, tout en assurant que la Chine noue des partenariats beaucoup plus durables. Pour le directeur général adjoint, Sénégal Pêche a le mérite de créer «plus d’emplois que les autres entreprises du port». «Pourquoi donc les Chinois ne peuvent pas trouver de sociétés mixtes sino-sénégalaises. Nous avons l’habitude d’être stigmatisés », s’est-il défendu.

Fatou sagar DIOP