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GRAND ORAL DU PREMIER MINISTRE : Dpg, acquise la faute ?

Publié le 17 novembre 2014 par Abdou Rahmane MBENGUE

Le régime hybride sénégalais fait du Premier ministre un chef d’orchestre qui se contente de faire entendre une musique dont il n’est ni le compositeur, ni l’exécutant. Le crédit de la Déclaration de politique générale (Dpg) prévue début novembre a été largement entamé par le renouvellement intempestif à la Primature.

a Déclaration de Politique générale (Dpg) met en scène deux institutions en crise de légitimité. D’un côté la Primature dont le rôle dans l’architecture institutionnelle sénégalaise est de plus en plus controversé. De l’autre, l’Assemblée nationale est critiquée pour son immobilisme. Cette crise de légitimité rejaillit sur ce grand oral républicain. La Dpg, reportée en début novembre en raison d’un voyage présidentiel, est-elle vidée de son sens ? Force est de reconnaître que l’exercice a beaucoup perdu de son attrait. Le charme a été largement entamé par la répétition, banalisé par le renouvellement intempestif à la Primature.

La gageure de Dionne, troisième Premier ministre de Macky Sall, est de devoir réinventer un document nouveau, de relancer l’offre politique de la 2ème alternance, alors que les engagements de ses prédécesseurs résonnent encore dans les oreilles des Sénégalais comme autant de vœux pieux. Et que les résultats concrets tardent à se matérialiser. Le passif, en termes de promesses, est déjà assez lourd et rend hypothétique l’opportunité d’une troisième Dpg en seulement trente mois de gouvernance. (Une Dpg tous les dix mois !)

Le principal concerné Mahammad Dionne n’est pas le plus convaincu par l’urgence de ce grand oral. En tout cas, il ne s’empresse pas d’aller à la place Soweto. Quatre mois après sa nomination, le Premier ministre n’a pas encore déféré à l’obligation constitutionnelle qui lui assigne un délai légal de trois mois pour se présenter devant l’Assemblée nationale. Au point de susciter des grincements de dents des députés libéraux. Faut-il y voir le signe d’une formalité démocratique largement dévaluée ?

La Déclaration de Politique Générale a été en grande partie banalisée par le régime libéral, du fait de l’instabilité entretenue à la Primature. Alors qu’ Abdou Diouf n’a eu que deux Premiers ministres en 19 ans de pouvoir , Wade a changé de Pm à un rythme record. Faisant, du coup, de la Dpg une routine républicaine. Avec une demi-douzaine de Premiers ministres, le précédent pouvoir a définitivement installé la Dpg dans les mœurs de la politique sénégalaise. Avec les profils variés passés par la Primature, l’exercice s’est prêté à plusieurs usages et significations. Du One man show hi-tech d’Idrissa Seck célébrant la prise de pouvoir par le fils putatif alors en grâce, à la profession de foi d’Abdoul Mbaye sur l’Ethique de la nouvelle gouvernance, cet exercice est devenu une tribune personnalisée qui donne la bande annonce de la Primature.

Avatar des démocraties parlementaires !

La personnalité du Premier ministre a une réelle incidence sur la gouvernance. C’est moins l’homme Dionne qui est en cause que le style qu’il imprime à sa primature. Pm effacé, voire désincarné, Dionne sur qui pèse comme tout Premier ministre, la suspicion habituelle liée à sa fonction, adopte le profil-bas. De bonne guerre ? La Primature est souvent souillée par les soupçons de succession et de bicéphalie.
La méthode du Pm Dionne - disparaître des radars - contribue certes à la neutralité politique de la fonction, mais conforte ceux qui appellent à la suppression de son job. Même dans les rangs de l’Apr, des voix autorisées s’élèvent pour appeler à enlever le poste du schéma institutionnel sénégalais, sous le prétexte qu’il est source de conflits et de troubles institutionnels. Pour Moustapha Diakhaté, président du groupe parlementaire de la majorité à l’Assemblée, laconique, « le poste de Premier ministre, ce sont des difficultés ».

La Dpg signe pourtant le baptême politique du Premier ministre. Elle marque l’adoubement du chef du gouvernement par la majorité parlementaire. C’est un acte d’investiture hérité des démocraties parlementaires. La Déclaration de Politique Générale est un avatar du régime parlementaire (en sursis ?) injecté dans un hyper-présidentialisme écrasant. Le régime hybride sénégalais fait du Premier ministre un chef d’orchestique qui se contente de faire entendre une musique dont il n’est ni le compositeur, ni l’exécutant.

Si l’exercice garde encore son caractère solennel, il est vidé de sa substance. Dans le contexte actuel, la Dpg ne peut être autre chose que les bonnes feuilles du Programme Sénégal Emergent (Pse), un document sur lequel la propagande du pouvoir apériste a largement travaillé depuis sa présentation à Paris en février 2013. Du réchauffé en vue ? On peut le craindre ! Surtout que le Premier ministre Dionne avait en charge la coordination du Pse.

L’autre protagoniste de la Déclaration de Politique Générale, l’Assemblée générale, est frappée par le discrédit. Le récent renouvellement de son bureau, a paradoxalement conforté le sentiment d’immobilisme qui plombe cette institution (voir par ailleurs !). Taxé d’être une simple chambre d’enregistrements, le Parlement sénégalais n’est jamais aussi mal desservi que lors de la Déclaration de politique générale. L’Assemblée nationale n’exerce pas ses moyens de contrôle sur les promesses de la Dpg, souvent saluées par des salves d’applaudissements nourris, mas rarement suivies d’effets.

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