Gestion de l’épidémie Ebola - Entre relâchement et baisse de la vigilance

Epargné jusque là par l’épidémie Ebola, le Sénégal a tout de même un autre grand chantier, tant la vigilance et le maintien des mesures d’hygiène font souvent défaut auprès des populations.
Les rencontres hebdomadaires organisées par le ministère de la santé le confirment bien : la maladie à virus Ebola est sous contrôle efficace au Sénégal. Avec seulement 40% des appels reçus étant liés à Ebola, les opérateurs du numéro vert mis en place par le ministère de la santé sont bien moins sous pression qu’au mois de septembre, quand plus d’un millier d’appels leur étaient adressés en un temps record. Cette baisse des appels reflète dans une certaine mesure, un relâchement et une baisse quelque part de la vigilance. «Depuis la gestion du cas importé de la maladie à virus Ebola, nous avons constaté un certain relâchement de la part des populations. Pourtant le ministère de la santé et de l’action sociale continue à appeler au renforcement de la vigilance. Au niveau du ministère les activités se poursuivent avec la mise en place d’un centre des opérations d’urgence sanitaire, renforcer le dispositif de prise en charge», constate le Dr Aloyse Waly Diouf, chef du service national de l’éducation et de l’information pour la santé (Sneips).

Depuis la mise en place du numéro vert, des agents répondent aux citoyens inquiétés par la maladie à virus Ebola de même que d’autres questions sanitaires. Au bout du fil, ils essaient de cerner la situation le plus rapidement possible. Formés aux problématiques sanitaires, ces derniers posent toujours les mêmes questions de routine qui permettent de savoir si les symptômes décrits peuvent être liés à l’épidémie. Aujourd’hui, ces opérateurs peuvent pousser un ouf de soulagement voire se tourner les pouces. Nul doute que la prise en charge et la «victoire» du Sénégal sur l’épidémie ont été exemplaires. Pour autant, devrait-on dormir sur nos lauriers ? «C’est vrai que les appels ayant pour motif la maladie à virus Ebola ont chuté depuis la gestion du cas importé, cela il faut le constater. Quand il y a eu l’annonce de l’apparition du cas au Sénégal, nous avons eu 1023 appels au numéro vert en quatre jours et on a fonctionné 24h/24. Il y avait un besoin d’information supplémentaire et cela nous a permis de réadapter notre communication vis-à-vis des populations. Aujourd’hui, nous n’avons pas 40% de nos appels liés à la maladie à virus Ebola. C’est assez évocateur», nous explique t-on au service national de l’éducation et de l’information pour la santé.

«Au début tout le dispositif fonctionnait très bien, les gens faisaient attention un peu partout et la désinfection des mains était quasi-obligatoire dans tous les services. Malheureusement, ce n’est plus le cas aujourd’hui», regrette l’air dépité, un jeune trouvé sur place. La conviction de ce citoyen reste qu’il y a tout au moins de la négligence dans la gestion. Constat amer qui contraste pourtant avec les actions que les autorités sanitaires continuent à mener. «Du point de vue communication nous sommes en train de suivre la mise en œuvre du plan de communication. Même au niveau institutionnel les réunions hebdomadaires de suivi du comité de gestion des épidémies se poursuivent. Dans les régions, le centre des opérations d’urgence sanitaire est en train d’installer des sites de transit, d’isolement, ce qui démontre que nous n’avons pas baissé la garde. Mais nous devons entrainer les populations dans cette vigilance qui est requise. Tant que la maladie sévira dans les pays voisins, le Sénégal continue d’être menacé», assure le Dr Diouf.

En effet, ça et là des activités de sensibilisation, un peu moins médiatisées peut-être, se tiennent à l’image des mobilisations lors de grands rassemblements comme à l’occasion du Gamou, Magal, Fidak, Francophonie etc. «Autant les populations n’appellent pas spécifiquement pour Ebola, autant il y a une certaine constante par rapport aux sollicitations que nous recevons pour un accompagnement dans les activités de sensibilisation. Il n’arrive pas un jour où nous ne recevons pas plus de 5 à 7 demandes d’accompagnement d’associations émanant de la société civile. Cela montre un engagement des populations. Cela montre aussi que la maladie est toujours d’actualité. Même si ce n’est plus la première attention de nos populations ce à quoi il faut remédier, c’est quand même une attention qui continue d’être vive», renseignent les agents du Sneips.

«Au Sénégal l’on a tendance à trop vite oublier»

D’aucuns croyaient que l’apparition d’Ebola sur notre sol allait définitivement sonner le glas de la mauvaise hygiène. Que la psychose serait d’une utilité sans précédent. Que ce serait enfin le début d’une ère de changement de comportement et de prise de conscience collective. Que nenni ! Les mains recommencent à se balader, les tasses de café tournent encore autour de plusieurs personnes, la cohabitation dans les lieux publics, se fait sans grande précaution, les salutations et autres accolades sont redevenues plus visibles. «Ce n’est pas la première situation qui puisse pousser les Sénégalais à un changement de comportement. Nous avons eu des épidémies de choléra où la question de l’hygiène était essentielle. Pendant une période nous avons vu une raréfaction de l’eau de javel et des solutions antiseptiques dans le commerce, chacun faisait attention aux mesures d’hygiène. Malheureusement, même si tout n’est pas perdu, aujourd’hui on fait de moins en moins attention», regrette le chef du Sneips.

Ce dernier met d’ailleurs en cause la tendance des populations à très vite ranger aux oubliettes des situations qui étaient alors source d’une grande panique. «Souvent au Sénégal on a tendance à trop vite oublier, mais on doit tout oublier sauf les mesures d’hygiène qui nous permettent de garder la vie. Et c’est un grand travail qu’il nous faut faire et nous ne pourrons le réussir que si les populations maintiennent la vigilance et qu’elles continuent de se rendre compte que la menace de la maladie est là. Le risque zéro n’existe pas, il est important pour les Sénégalais de savoir que ce n’est pas fini, c’est une victoire d’étape qui nous a permis de gérer le cas importé», rappelle Diouf.

Pour les autorités, outre la bonne attitude et la riposte du Sénégal face à cette épidémie, il y a une tout de même une revanche à prendre sur Ebola tant les contrecoups sur l’économie et le tourisme ont eu un impact lourd. «Aujourd’hui nous sommes dans une phase où nous avons besoin de redorer l’image du Sénégal, car la maladie a eu beaucoup d’impact sur le tourisme mais nous avons prouvé que nous pouvons accueillir des grands événements Magal, Gamou et francophonie. Cela veut dire que les populations doivent pouvoir contribuer au maintien de cette image», Diouf.
Comme l’a dernièrement recommandé l’Oms à tous les pays sous menace, il est aujourd’hui important de rester très vigilants. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de la création du centre des opérations d’urgence sanitaire (COUS) pas destiné à Ebola uniquement, mais également pour la gestion de crises sanitaires diverses. «Nous sommes en train de mettre en place des infrastructures qui pourront permettre, aux régions de l’intérieur du pays, en cas d’épidémie de procéder à des isolements, de mettre en place des équipes multisectorielles. Nous avons des enquêtes qui vont être menées. Nous avions déjà entamé une enquête de perception dans les zones frontalières pour savoir quel était l’impact de la communication. Puisque nous ne sommes pas encore en fin d’épidémie cela permet de réajuster et pouvoir à l’avenir moduler la communication et ce sont des aspects qui permettent au Sénégal d’avoir une attitude avant-gardiste par rapport à ces épidémies», rassure le chef du Sneips.

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