Le calme règne à Libreville depuis la proclamation vendredi par la Cour constitutionnelle des résultats définitifs qui confirment la victoire du président Ali Bongo Odimba. Mais la crise politique n’est pas encore réglée. Le chef de l’Etat propose un dialogue national, proposition que rejette Jean Ping qui appelle ses partisans à rester mobilisés. A Libreville, l’atmosphère est particulière.

A Libreville, la vie reprend doucement son cours. Au marché Mont Bouet, le plus grand de la capitale, l’activité a repris, mais quelques boutiques restent fermées et il y a beaucoup moins d’affluence que d’habitude, comme l’observe ce vendeur : « L’ambiance est étrange. En temps normal, on ne peut pas circuler parce qu’il y a tellement de gens, et ils vivent dans la joie. Là, ce n’est pas ça. »

Ce lundi matin, il y avait des embouteillages dans le centre-ville, les employés reprennent du service dans les bureaux, l’administration, et beaucoup l’ont constaté : « Tout le monde s’est levé de bon matin pour aller au travail. Les gens veulent reprendre leur vie, les choses ont changé. Il y a de nombreux magasins qui ouvrent, alors qu’ils étaient fermés auparavant ! Au niveau de l’économie, la vie commerciale reprend ».

Le coeur n’y est pas

Reste qu’il y a tout de même moins de monde que d’ordinaire et pour certains le cœur n’y est pas : « Déjà, on est carrément quadrillés par les policiers un peu partout. Ce n’est pas normal. Je ne pense pas que tout le monde accepte cette situation. C’est à dire que beaucoup de gens sont frustrés par la situation, donc je ne pense pas que tout va bien dans le pays. Ce n’est pas normal, l’atmosphère n’est pas normale du tout ».

Tout le monde a en effet remarqué le calme qui prévaut dans les quartiers. « [Cela] signifie tout simplement que nous sommes en deuil. Nous sommes en train de pleurer notre victoire qui a été volée une fois de plus. C’est pourquoi, on s’est résolu à rester dans nos maisons », explique cette femme.

« Comme nous sommes enfermés dans un étau, qu’est-ce qu’on peut bien faire ?, s’interroge un jeune homme. Le peuple a manifesté déjà. On est abattu. On a peur. »

Le silence qui règne dans la capitale n’est pas l’expression d’une résignation, selon plusieurs habitants. « Ce silence, c’est aussi une bonne manière de parler. Je peux vous affirmer que ça ne veut pas dire qu’on est d’accord avec les résultats », décrypte cette Librevilloise.

La crise politique est dans toutes les conversations comme au quartier Okala. « Je suis sûr que dans les jours qui viennent la situation va reprendre quand même. Nous, on ne veut pas le pillage, on ne veut pas le bruit. On veut seulement la paix. Ping doit rester tranquille maintenant. Tout est plié. Ali a gagné. C’est lui le vainqueur. Maintenant, c’est fini », assène un jeune du quartier. « Non, non, non, lui répond son voisin. L’affaire n’est pas pliée. Nous restons mobilisés, mais nous sommes simplement dans une position d’attente. »

RFI