Francophone et coopération Sud-Sud - VERS L’UNIFICATION ET L’OUVERTURE DES MARCHÉS

Officiellement installé lundi 5 janvier, la remplaçante du président Abdou Diouf au Secrétariat général de l’OIF, Michaëlle Jean enfourche le cheval de bataille qui avait réuni à Dakar les dirigeants des pays ayant le Français en partage. A savoir « créer les conditions d’une coopération dynamique» à travers la Francophonie économique dont les bases ont été jetées par le Xvème Sommet de l’OIF en terre sénégalaise. Les chantiers balisés, il reste à jeter les base d’un coopération tripartite Nord-Sud-Sud.

Réunis à Dakar pour le XVe Sommet de la Francophonie placé sous le thème : «Femmes et jeunes en Francophonie, vecteurs de paix, acteurs de développement», une trentaine de dirigeants de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif) ont défini les prochaines orientations de la Francophonie dont, l’une des plus importantes, la coopération entre les pays ayant el Français en partage. Une coopération qui œuvre en faveur de la promotion et du renforcement de la coopération Sud-Sud et Nord-Sud dans les domaines de la recherche, de l’économie et de l’innovation. Après avoir passé en revue l’histoire de l’Oif pour mieux se projeter sur le futur, les chefs d’Etat et de gouvernement se sont engagés à faire de l’Organisation un espace fortement économique. «Il faut une Francophonie économique», a déclaré la canadienne d’origine haïtienne, Michaëlle Jean, la désormais successeur de Abdou Diouf, élue pour un mandat de quatre ans. C’est une ambition soutenue par tous les chefs d’Etat et de gouvernement.

Formation, réduction de la pauvreté, création d’emplois

Une Francophonie propice à l’économie forte, à l’enseignement, à la formation et à la recherche, à la réduction de la pauvreté, à la création d’emplois…passe par une coopération Sud-Sud et Nord-Sud solide. Si la coopération Nord-Sud se porte bien, la coopération Sud-Sud tarde à se concrétiser. Pour y parvenir, il faut que tous les pays membres acceptent une unification de leurs politiques économiques et l‘ouverture de leurs marchés. Cela implique pour la Francophonie de «faire face à des défis ambitieux et des orientations économiques. Notamment, mettre à contribution les modèles de développement, mettre à contribution les réseaux et les réalisations dans l’espace», devait indiquer le Président de la France, François Hollande.
Le nouveau cheval de bataille de l’OIF, est de « créer les conditions d’une coopération dynamique afin que chacun puisse tirer profit du potentiel que représentent les États membres», a dit Mankeur Ndiaye, le ministre sénégalais des Affaires étrangères. «L’avenir de la Francophonie des peuples peut se lire dans son riche potentiel : 14% de la population mondiale, 20% des échanges internationaux de marchandises, une population jeune, notamment en Afrique, et des ressources naturelles considérables», a quant à lui soutenu le Président sénégalais Macky Sall, lors de son allocution d’ouverture. Mais, a-t-il ajouté, seule notre volonté commune de coopérer, dans un esprit de partenariat solidaire et complémentaire, transformera ce potentiel en opportunités. Selon lui, la francophonie des peuples, c’est aussi les échanges économiques et commerciaux; c’est la mobilité dans l’éducation, la formation et l’enseignement supérieur; c’est la technologie au service du plus grand nombre. «Voilà ce qui constituera le ciment de notre édifice pour l’avenir. Voilà ce qui rendra l’espace francophone plus fort, plus attractif et plus influent», a estimé le Président Sall.

La francophonie des peuples ; plus d’échanges et de mobilité

Selon les statistiques officielles, les échanges commerciaux francophones pèsent pour 20% dans le commerce mondial et chaque pays membre échange un quart de sa production avec ses partenaires francophones. L’OIF dispose donc d’un poids théorique important pour peser dans l’économie mondiale avec pour clé de voûte une langue commune. Ce qui montre que la création d’un espace économique intégré peut faire de la Francophonie économique un « moteur de croissance durable ».
Mais, il y a des manquements qui conduisent à considérer que la coopération entre les pays ayant la langue française en partage n’est pas assez solide au niveau de certains domaines. En effet, sur le plan économique, au cours de la dernière décennie, les pays du Sud ont scellé de nouveaux partenariats économiques. Mais, leur niveau de coopération reste faible par rapport à ce qui est jugé nécessaire pour atteindre les objectifs de développement. Il en ressort que cette collaboration est sans doute fragile et qu’il est probable qu’elle puisse être plus délicate si les tendances actuelles persistent. La question fondamentale est dès lors de savoir comment ces pays et gouvernements peuvent catalyser la coopération Sud-Sud pour obtenir une croissance soutenue.
Le Président de la commission de l’Uemoa, Hadjibou Soumaré, soulignait l’importance qu’il y a à renforcer les liens entre pays du Sud. Selon lui, le problème lié à cette coopération réside au niveau du circuit d’échanges. «Cet obstacle d’atteinte à l’objectif de partenariat est dû à un manque d’infrastructures plus solides. Il faut aux Etats africains de revoir leur politique dans ce domaine», a-t-il soutenu, avant d’annoncer : «nous allons bientôt mettre en place une politique pour endiguer la négligence de cette coopération dite Sud-Sud».
Les pays du sud n’avaient pas attaché beaucoup d’importances à leurs économies, de l’avis de Maguèye Touré, directeur de la Francophonie au ministère de la Culture et de la Communication. Maintenant, de son avis, l’Oif a une nouvelle prise de conscience pour renforcer ce domaine. «La nouvelle orientation à l’issue du sommet vise à réduire la pauvreté, les disparités, mais aussi à renforcer la coopération économique entre les différentes régions de l’espace francophone», a expliqué M. Touré.

Coopération tripartite : Afrique, Europe et Asie

A l’en croire, l’espace francophone a des ressources importantes dans divers domaines, mais ce qui reste, c’est de les exploiter afin de rendre l’économie de cet espace plus dynamique. «Les études ont montré que deux pays qui parlent la même langue échangent 65% de plus que deux pays qui ne parlent pas la même langue». De plus en plus, les Francophones encouragent la coopération tripartite c’est-à-dire un pays d’Afrique, d’Europe et d’Asie. Il y a un texte sur la coopération tripartite qui a été adopté au dernier sommet qui s’est tenu à Kinshasa. Dans la Francophonie, la coopération est encouragée, l’axe Nord-sud comme l’axe Sud-Sud.
Le Professeur Arona Ndoffène Diouf a soutenu que les pays du Sud doivent taire leurs divergences et bien profiter de la mondialisation. «Il y a la nécessité de la renforcer pour impulser l’économie de l’espace francophone et améliorer sa productivité. Ce que nous devons faire, c’est encourager davantage la coopération Sud-Sud».
Pour le renforcement et la promotion de la coopération Nord-Sud et celle Sud-Sud dans le domaine de l’enseignement et de la recherche à travers l’Espace francophone, il y a, à en croire Bernard Cerquiglini, recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie (Auf), des avancées significatives au niveau de la coopération dans le domaine de l’enseignement et de la recherche. «Ce qui me frappe depuis quelques années, c’est l’essor et le développement de la coopération Sud-Sud entre universités. Les universités du Sud émergent. Pendant longtemps, l’Auf a été le vecteur d’une coopération allant du Nord vers le Sud dans les universités africaines en plein développement», a révélé M. Cerquiglini. Depuis quelques années, d’après lui, l’Auf constate des projets de recherche de la coopération, des mobilités d’étudiants et de jeunes chercheurs des universités du Sud au Nord. Le recteur a soutenu que les universités du Sud coopèrent et sont dans un espace d’échange de plus en plus homogène. «On est bientôt dans un système d’échange dans tous les niveaux et les universités du Sud coopèrent entre elles et avec le Nord. De jeunes chercheurs du Sud apportent des choses aux universités du Nord. Je vois concrètement l’émergence des universités du Sud».

Massification et enseignement en ligne

En dépit de ces avancées importantes, le recteur a reconnu des manquements, des retards comme la massification. «Il y a énormément d’étudiants aux portes des universités qui manquent de place, d’enseignants, de cours», a-t-il dit. Mais, a rassuré M. Cerquiglini, les universités du Sud vont résoudre ce problème grâce aux cours en ligne, au numérique; et on est à un moment où tout se met en place pour obtenir un vrai développement de l’enseignement supérieur du Sud.

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