Le Sénégal s’ancre au réseau panafricain des clusters de la Commission économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). A la lumière des expériences des clusters du Ghana et du Nigéria, pays invités à Dakar, le Sénégal qui vient de boucler la phase pilote d’installation du concept, y voit l’outil nécessaire à la mise en œuvre des stratégies du Plan Sénégal émergent (PSE).

«Tous les pays émergents sont passés par le développement des clusters», ont reconnu les animateurs du forum qui s’est tenu les 21 et 22 juillet au Terrou-bi sous la présidence du Secrétaire permanent de la SCA, Ibrahima Wade, entouré de Dr Sébastien Obassi, vice-président de PACF Nigéria et de M. Victor Djemba, le représentant résident de l’ONUDI, principal partenaire. M. Ibrahima Wade a remercié la CEDEAO du choix porté sur le Sénégal pour cette première, puisque le concept s’est développé jusqu’ici que dans les pays anglophones.

Le Sénégal, en pionnier des pays francophones

Pour la SCA, le modèle cluster a été adopté en septembre 2011 en tant que déclinaison locale de la grappe, pour une intervention ciblée dans les territoires, afin d’intégrer les chaînes de valeur mondiales, dira-t-il. Il s’agit d’un concept qui apporte le « chaînon manquant» ayant été à la base du développement des pays européens, et que les principaux pays émergents ont adopté. A l’image des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et dont l’Inde compte plus de 5000 unités, selon M Djemba. Il a indiqué le cheminement logique qui vise la transformation structurelle de l’économie par une croissance pro-pauvres, grâce à un développement basé sur l’innovation, en partant des filières porteuses pour «intégrer les chaînes de valeur nationales, africaines et mondiales». Coordonnateur du programme clusters du Sénégal, M. Malick Sy a indiqué qu’après l’entrée très timide du modèle en Afrique et la vulgarisation du concept par quelques pays anglophones, le Sénégal a bouclé sa phase pilote avec 10 clusters autour des chaînes de valeur. Comme à Pout où l’unité de transformation de fruits et légumes installée par l’ITA est aujourd’hui opérationnelle (elle produit de la pulpe de mangue jusqu’ici importée), à la Médina pour les travailleurs du cuir, au siège du CTIC pour le développement des nouvelles technologies, à Thiaroye pour la pêche, etc. Tous les clusters sont implantés dans des zones présentant des profils intéressants, autour de filières importantes dans le cadre de la décentralisation économique.

Une dotation de 5 milliards FCFA pour les clusters

Modèles optimalisés grâce à l’efficacité collective, leur mise en place passe par les étapes de la cartographie illustrée par l’expérience ghanéenne qu’a présentée Mme Akuffobea du Ghana, suivie de la structuration et de l’organisation des clusters démontrée par l’expert économiste Aminata Diagne Dia. Viennent ensuite le dialogue public-privé présenté par M. Mamadou Dia, et la mise en place du dispositif d’accompagnement (des sources publiques comme privées), présentée par le coordonnateur Malick Sy, autour de ses deux piliers que sont la garantie financière et l’assistance technique.
Le modèle qui s’est cantonné jusqu’ici aux régions de Dakar, Thiès et Fatick entre donc dans sa phase opérationnelle et se prépare à la massification, au moment même où l’Acte III de la décentralisation vise à introduire les pôles régionaux basés sur leurs ressources potentielles pour le développement socioéconomique.

D’autant que le PSE a motivé la mise en place d’un Fonds de garantie des investissements prioritaires (Fongip) avec une provision de 5 milliards de FCFA pour les clusters. D’ailleurs, M. Ousmane Kâ du Programme intégré de développement socioéconomique (PIDES) et sa collaboratrice Mme Aïssatou Ayo Diop Bâ ont démonté la dimension sociale du modèle aujourd’hui considéré comme un outil de la politique d’aménagement du territoire. La question transversale du financement a aussi été soulevée pour tous les intervenants à la suite de la présentation de M. Ousmane Ndiaye de la DCEF, étayée par les préoccupations exprimées par le président et le Secrétaire général du PACF Nigéria, respectivement Dr Nyagba et Alhadji Garba Gusau. Quant à Mme Mavis Akuffobea du Ghana, elle a montré que son pays a eu la même démarche prudente, passant de 3 à 7 clusters, en dotant des structures existantes de fonds de d’amorçage, et en organisant le secteur informel. Comme un écho au cri du cœur du président de la fédération des horticulteurs du Sénégal, M. Cheikh Ngane qui a indiqué qu’à l’exception du coton et de la tomate, dont les interprofessions sont relativement opérationnelles, au Sénégal «les chaînes de valeur sont encore déconnectées». Les transformatrices représentées par Mmes Bigué Diop, organisatrice de foires en Europe, Aïssatou Dème Diagne et Nafi Diagne Guèye, respectivement Directrice de FWS et Présidente de la PAPES, ont également fait part des difficultés vécues dans les chaînes de valeurs, notamment faute de moyens matériels et financiers. La société civile était représentée par le doyen Assane Masson Diop qui a modéré la seconde session. Avant d’aller procéder à la visite du site de Pout, en direction de la rencontre panafricaine en Tanzanie, les participants ont remercié les partenaires que sont l’ONUDI et la coopération italienne. Des notes d’espoir réitérées par Dr Obassi qui s’est dit optimiste quant au rôle que jouera le modèle pour l’émergence continent. «Les clusters concernent les peuples», a-t-il indiqué.

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