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Fonsis - Neurotech financement des PME : Dialogue de sourds entre acteurs économiques et institutions financières

Publié le 06 octobre 2014 par admin

«Cloisonnement, méconnaissance, méfiance», les mots pour décrire les relations entre l’Etat, les institutions de financements et les PME, le secteur privé en général, ont fait foison, le 2 septembre à l’hôtel Pullman (ex-Téranga) de Dakar, comme pour démontrer l’opportunité d’établir un cadre pérenne entre ces différents acteurs de l’économie. Ainsi, l’atelier qui les y a réunis pendant deux jours doit relacer le dialogue public-privé orienté PME, à l’initiative de la coopération allemande (GIZ), à travers son Programme d’appui à la compétitivité et à la croissance des PME (PACC-PME).

epuis plus de trois décennies que le défaut de financement des micro, petites et moyennes entreprises est dénoncé, il ne semble guère y avoir eu d’évolution positive notable. Pour preuve, l’atelier de démarrage du cadre de dialogue public-privé (CDPP) préconisé par les 2èmes rencontres nationales sur le crédit (mars 2010), se tient quatre ans après, comme si l’on venait subitement de se rendre compte qu’il y avait un chaînon manquant aux différents instruments mis en place pour la réalisation des objectifs du Plan Sénégal émergent (PSE). C’est en tout cas ce qui ressort des indications de Mme Oulimata Diop, la Directrice de la monnaie et du crédit qui en a co-présidé l’ouverture au nom du ministre de l’Economie, des Finances et du Plan (MEFP), avec Susanne Geipert, représentant la coopération allemande. La conseillère technique principale du programme de développement économique durable de la GIZ a estimé qu’au Sénégal, l’économie reposant en grande partie sur ce secteur, « renforcer les PME, c’est contribuer à la réussite du PSE ». Car son diagnostic est que les PME manquent souvent de l’essentiel, notamment « pour la confection de business plan, ou la connaissance des modalités d’accès », au point de pousser la GIZ, selon Frau Geipert, à privilégier la formation au niveau des chambres de commerce et des chambres des métiers et dans les régions, grâce au PACC qui vise « à améliorer l’environnement des PME». En revanche, l’un des acteurs clés de l’économie, l’Unacois Jappoo estime que ce sont les institutions financières (IF) qui doivent être à l’écoute de leurs besoins pour pouvoir créer des produits adaptés, d’après son secrétaire général Ousmane Sy Ndiaye (voir l’interview ci-après). Le dialogue de sourds semble ainsi persister, d’autant que le consultant principal, M. Sané enfonce le clou en avançant que parfois le système bancaire privilégie le risque sur la rentabilité lors de l’étude des demandes de financement. Même s’il est légèrement contredit par le banquier Souleymane Soumaré. Le dialogue est-il donc mal parti ? Seule la suite à donner aux plans d’actions annoncés pourra y répondre.

Le système bancaire pointé du doigt

Alors que l’atelier a démarré sur le chapeau des roues en partant des acquis et des travaux sur les besoins de trésorerie des PME présentés par les deux focus groupes (sur le secteur privé –PME- et sur les institutions de financement -IF), il est tout aussi étonnant de constater que dans un espace aussi restreint, il ait pu y avoir un déficit de communication entre les différentes composantes du secteur financier agissant dans le cadre du PSE. « Notamment que le secteur bancaire et le monde de l’entreprise ne communiquaient pas », selon Mme Diop. Raison pour laquelle, sans doute, la DMC a convoqué la nécessité de compléter toutes les structures d’encadrement mises en place pour leur apporter l’appui nécessaire, en termes de services aussi bien financiers que non financiers, « notamment la BNDE qui est la banque spécialisée dans le financement des PME ; le FONGIP -Fonds de garantie des investissements prioritaires-, pour la bonification des prêts accordés aux PME et autres acteurs économiques ; le FONSIS, etc. »
Dès l’abord du premier point relatif aux besoins de trésorerie des PME, la revue documentaire présentée par M. Sané a montré que la recherche de fonds de roulement est la principale préoccupation de ce type d’entreprises. Et qu’au Sénégal elles ont recours à cinq produits : l’escompte commercial et les crédits de financement sur stocks auprès des banques, les crédits de campagne bien connus à la CNCAS, le découvert bancaire et toute une kyrielle d’engagements sur signature. Les ayant passés en revue, le consultant Sané a listé les contraintes parmi lesquelles l’accès au financement est cité par 86 % des PME comme obstacle majeur, 6,4% d’entre elles seulement bénéficiant de crédits bancaires.

Des PME en mal de fonds de trésorerie

Au nombre des causes, il y a d’abord l’informalité source d’incertitude quant à la pérennité des PME, souvent à cause d’une faiblesse due, en retour, à l’absence d’informations financières fiables (comptabilité, états financiers certifiés ou non). De sorte que souvent « le banquier se soucie davantage de pérennité que de rentabilité », estime Sané. D’où un rapport risque/rendement défavorable à la PME, qui fait que les banques se tournent plutôt leurs vers l’Etat et les grandes entreprises. Le deuxième obstacle a trait à la pression des délais clients, de même que des délais fournisseurs, avec un déséquilibre selon la nature des besoins, qui fait que la PME peut être appelée à payer cash (notamment sur le marché étranger) ou dans un délai de 30 jours, alors que les marchés de l’Etat peuvent n’être réglés qu’au bout de deux ans. Un point qui vaudra au consultant des mises au point de la Direction de la monnaie et du crédit (existence de réformes réduisant les délais à 90 jours maximum) et du banquier Souleymane Camara indiquant la possibilité offerte par les lettres de crédit. Le consultant n’en avait pas moins regretté l’inexistence du crédit interentreprises, appelant ainsi les grands facturiers (Senelec, Sde) payant tous les 30 jours à s’impliquer.

Le taux d’usure abaissé de 18 à 15 %

La troisième contrainte est celle du coût élevé du crédit, notamment le taux d’intérêt débiteur, une question aujourd’hui mitigée et qui a encore soulevé des passions. Le consultant a indiqué, en citant les études de Ngessan et Diakhoumpa, que le taux moyen nominal est à 11,28 % au Sénégal, contre 6,89 % en Côte d’Ivoire, et 8% pour l’ensemble de l’Uemoa. Allant plus loin, il indique que la marge d’intermédiation des banques atteint 4,5 %, contre seulement 1,5% en France. On comprend dès lors les réactions des principaux concernés, avec comme seul réconfort que le taux d’usure n’est tout de même pas atteint, même quand il a baissé dans la zone de 18 à 15 %.

Quatrième contrainte : les difficultés pour la PME de se constituer des garanties. Sempiternelle critique faite aux IF et qui tiendrait au fait que les concours à court terme sont davantage accordés sur la base de la confiance que sur des actifs tangibles. M. Sané a tout de même estimé que l’engagement en lui-même est une garantie et que la domiciliation irrévocable et la caution sont également usitées. Au niveau de l’offre, la première contrainte identifiée tient à l’asymétrie d’information, la question de la définition de la PME étant déjà soulevée, puisque celle-ci recouvre officiellement toutes les entreprises ayant jusqu’à 250 salariés et tout chiffre d’affaires jusqu’à 5 milliards. De sorte que, devant une gamme si vaste, les banques sont plutôt sélectives. Enfin, Sané a cité la contrainte liée au «manque de produits à la carte», adaptés à la situation des PME. Un point sur lequel il rejoint l’Unacois, Ousmane Sy Ndiaye (voir interview ci-après) estimant qu’il faut pour cela bien connaître le secteur. Ce qui est rarement le cas au niveau des IF, selon lui.

Sévère réquisitoire du secteur privé

Mme Suzane Diop de Neurotech a présenté les conclusions du focus groupe secteur privé. Elle a d’emblée estimé que les PME ont «leur partition à jouer», notamment dans l’assainissement de leurs propres finances. Elle a repris les critiques relatives aux difficultés avec l’étranger où le paiement cash est exigé et aux délais de recouvrement qui peuvent aller de 60 jours à 2 ans pour les contrats avec l’Etat. Mme Diop suggère aux PME de s’unir pour mieux négocier ; à l’Etat la promotion d’un climat de confiance avec les pays clients ; et aux banques d’apporter un accompagnement ciblé. Elle a fustigé le manque de planification et de prévisibilité des besoins, la non-maîtrise des coûts et le manque de transparence (pas d’états financiers), autant de reproches aux PME qui ont fait l’objet de propositions correctives. Au-delà de l’harmonisation de la définition de la PME et de l’impératif de bonne gouvernance, elle a appelé les banques à prendre plus de risques ; l’Etat à réduire les délais sur la commande publique, à compléter le FONGIP pour mieux s’adapter aux besoins des PME, à éviter la politisation des relations avec le secteur privé ; les PME à se rapprocher de l’Adepme et à mutualiser leurs efforts pour présenter les garanties exigées ; et tous les acteurs à effectuer des études sur l’économie afin de disposer d’informations fiables et à établir des plateformes d’échanges pour le levée de ces contraintes.

Frilosité des institutions de financement

Les institutions de financement (banques, SFD, assurances) ont salué le dialogue entamé qui permettra d’arriver à une vision commune et claire des enjeux, puisque selon Souleymane Soumaré, les PME apportent 30 % des emplois et 20 % du Pib et pourraient faire mieux. Il est lui aussi revenu sur la définition donnée dans la Lettre d’orientation du secteur, ainsi que sur les nuances apportées à divers niveaux, en insistant sur les difficultés d’organisation au sein de la PME. S’agissant des paramètres qui guident les décisions de concours des IF, Soumaré a listé la maîtrise de son domaine par le dirigeant de l’entreprise, la cohérence du crédit demandé, la qualité des états financiers, la solvabilité et les caractéristiques propres à la PME en termes de formation et de gestion des ressources humaines. Il est revenu sur les contraintes tenant à l’absence de garanties, au manque de visibilité, à une mortalité des PME très élevée et à la qualité de dossiers présentés au financement. En guise de plan d’actions, les IF préconisent aussi que soient dynamisées les relations de proximité, que les PME soient incitées à se formaliser, une rationalisation des structures d’accompagnement et un renforcement de l’éducation financière. Sur la question des crédits de trésorerie, les IF sont favorables à l’élargissement de la gamme des produits, à la sécurisation de la domiciliation irrévocable des paiements, à l’exploration de produits nouveaux, à la concurrence bancaire pour faire baisser le taux de base, à la baisse des coûts des ressources et à la diversification des sources de financement.

Autant de propositions issue du dialogue des parties prenantes orienté PME, tel que préconisé par le PACC-PME/PMF soutenu par a GIZ et qui seront systématisées au bénéfice des objectifs du PSE. A condition que le plan d’actions définitivement adopté le 4 septembre soit mis en œuvre, comme l’ont souhaité tous les participants, dans le sillage de la Directrice de la monnaie et du crédit. «Nous sommes réunis entre banques, systèmes financiers décentralisés, secteur privé, compagnies d’assurances pour réfléchir sur un aspect de cette problématique afin d’y apporter les solutions idoines», dira Oulimata Diop, estimant qu’il est inutile de tenir d’autres concertations, mais que l’heure est désormais aux mesures concrètes pour la mise en œuvre des plans d’actions retenus. Le véritable défi !

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