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Flash back sur la mafia Samuel Sarr Pape Aly Gueye à la Senelec : 22 milliards FCFA par amitié !

Publié le 05 août 2014 par Cheikh Ibra FALL

La Gazette avait publié des documents internes à la Senelec établissant des détournements énormes dans la société nationale. Des malversations qui mettaient en cause l’ancien ministre Samuel Sarr et son ami Pape Aly Guèye de Mina distribution pour un montant de 22 milliards FCfa.

«Sam a verrouillé toute la presse, personne ne dit rien sur ce qu’il fait. Et si jamais vous osez en parler, vous risquez gros ! Si vous parlez de cette affaire et des méthodes utilisées, vous aurez sur votre chemin la mafia de l’électricité. Cette même mafia qui a domestiqué les syndicats pour mettre en coupe réglée la société pour mieux la piller ». Cette confidence d’un haut cadre de la Senelec remonte d’il y’a trois ans. En écoutant ce haut cadre de la société nationale d’électricité, on est gagné par un sentiment de dégoût et de tristesse. Samuel Sarr, ministre de l’Energie à l’époque, ancien directeur général de la Senelec avait organisé autour de lui une vaste opération de spoliation qui laisse la Senelec exsangue et la réduit en une simple spectatrice dans la conduite de sa mission de production et de distribution de l’énergie. Les contrats de gré à gré signés pour le compte de Myna distribution restent un système de vol et de rapt sans commune mesure.

La Gazette dispose de documents internes de la Senelec établissant de façon formelle et irréfutables de vastes opérations de détournements d’argent par l’octroi de contrats dont la vocation première est uniquement d’enrichir les différentes parties, en particulier le fournisseur Pape Aly Guèye, Directeur général de la société Myna-Distribution, ami personnel du ministre Samuel Sarr. C’est sous l’ère du ministre de l’Energie, alors Directeur Général de la Senelec que de telles pratiques ont commencé à prendre de l’ampleur. Tout se déroule sous l’œil bienveillant et complaisant des syndicalistes de la compagnie. Pape Aly Gueye identifié comme étant l’ami personnel du ministre Samuel Sarr s’est vu octroyer quatre contrats majeurs entre 2005 et 2010, pour un montant global de l’ordre 22 milliards FCFA. L’ensemble de ces marchés ont été donnés au sieur Pape Aly Guèye suivant une procédure de gré à gré.

Qui est Pape Aly Guèye ?

Acculé par ses banques au début de la décennie en cours, pour non-paiement de créances, le sieur Aly Guèye a été poursuivi devant la barre du tribunal des criées en exécution forcée par plusieurs banques de la place, en particulier par la Société générale de banques (SGBS). Un homme d’affaires spécial qui, avant l’arrivée de Samuel Sarr à la Senelec crevait la dalle, faisait des pieds et les mains pour empêcher que ses maisons ne soient vendues devant la barre du tribunal. La « grâce » lui sourit alors, quand il a été présenté par une de ses amies à Samuel Sarr, alors Directeur général de la société d’électricité. Aly Guèye prend alors place rapidement dans le cœur du dispositif de management de la société d’Etat, en obtenant plusieurs contrats de fournitures de matériels destinées à l’équipement des centrales et autres sites de la Senelec. En février 2005, un contrat est octroyé à l’homme d’affaires en vertu d’une procédure de gré à gré et d’un montant global de 6 384 921 595 FCFA. Il s’agit d’un marché de fournitures de poteaux électriques. Les commandes sont passées par la Senelec auprès de l’homme d’affaires à qui on déroule le tapis rouge.

Tolérance de 20% sur toute marchandise

Des conditions très favorables sont offertes à l’homme d’affaires Aly Guèye pour l’exécution de ces contrats. C’est ainsi que les clauses contractuelles arrêtées lui accordent des tolérances de l’ordre de 20%, en moins ou en plus, sur toute marchandise passée et livrée par la société. Certains cadres de la Senelec, analysant cette clause contractuelle, considèrent que c’est un vol organisé qui permet aux protagonistes du marché de se partager 20% du montant des marchandises facturées, mais non livrées au client du fait de la marge de tolérance accordée. Sur le premier contrat d’un peu plus de 7 milliards, il lui était loisible de ne pas livrer 20% des poteaux commandés. Ce qui représente un montant total d’au moins 1, 2 milliard de FCFA. Autrement dit, si la Senelec commande, par exemple, cent poteaux électriques auprès de Myna-distribution, celle-ci peut, en vertu de la tolérance qui lui est ainsi accordée, lui livrer 80 poteaux seulement, sans préjudice pour elle. Un haut cadre de la Senelec faisait observer à cet égard : « je n’ai aucun doute que le prix d’achat des 20 poteaux régulièrement payés par la Senelec et qui n’ont pas été livrés, est partagé par les différents protagonistes impliqués dans la relation contractuelle ». Les commandes passées dans de telles conditions ont été nombreuses et se chiffrent à 7 milliards de francs Cfa.

Le 21 février 2005, pour un montant global de 781 350 000 FCfa, une commande de matériels (poteaux électriques) a été passée auprès du patron de Myna-distribution. En fait, cette première commande (n° 10389) concerne une partie d’une commande globale de quelque 50 139 poteaux de 9 et de 12 mètres. S’en suivra une seconde commande (n° 12 184), pour un montant de 2 224 363 216 FCFA. Au total, Aly Guèye a reçu une commande totale de 50 139 poteaux, pour un montant global de 3 590 834 339 FCFA. Des poteaux dont les longueurs varient entre 09 et 12 mètres. Ils ont été tous livrés à la Senelec, le problème est qu’une mission du Contrôle général de la société a relevé de très graves défauts sur le matériel livré. Une correspondance adressée à l’époque par Mamadou Diop, directeur de ce Contrôle général, à M. le Directeur de l’Administration du patrimoine et des approvisionnements, indique : « Une mission de contrôle portant sur les commandes de poteaux bois avariés fournis par Myna Distribution a eu lieu en 2008 au niveau de votre unité. A la suite du rapport de cette mission qui a passé en revue les pratiques en cours et les différentes étapes du marché, des recommandations validées par la Direction générale ont été faites. Nous vous demandons, dans un délai de 15 jours, de bien vouloir nous édifier sur l’état de la mise en œuvre de ces recommandations».

La mission du Contrôle général avait, en effet, décidé que le fournisseur Myna Distribution était tenu de faire une visite sur le site de stockage des poteaux livrés, pour constater avec les responsables de la Senelec, l’ampleur des dégâts, en faisant le point sur la quantité énorme de poteaux avariés. Les enquêteurs du contrôle général indiquaient : «qu’au choix de l’acheteur, le coût de ces poteaux devait être remboursé ou que tous les poteaux avariés soient remplacés par Myna Distribution». Cette visite, telle que préconisée et recommandée par les enquêteurs de la société d’Etat n’a jamais eu lieu. Pire : Myna – Distribution n’a jamais remplacé ou remboursé le matériel avarié, estimé en quantité à 50 139 poteaux, son coût financier à 3 590 834 339 FCFA. En refusant de se conformer aux recommandations de la mission de contrôle et d’y donner suite, Myna Distribution et son protecteur réussissaient ainsi à gagner, sans cause, plus de 3 milliards FCFA, sur le dos de la société d’Etat. Cet acte inqualifiable a été couvert de bout en bout par l’autorité politique.

Après les deux premières commandes et les constats faits par la mission du Contrôle général de la Senelec et en dépit du refus du fournisseur de donner suite aux recommandations formulées par les enquêteurs, les commandes ont continué de plus belle auprès du sieur Aly Guèye. C’est ainsi que le 29 mars 2006, la Senelec a de nouveau passé une commande (n° 10972) auprès de Myna - Distribution, pour un montant total de 498 413 900 FCFA. Une autre commande (n°11864) suivra le 29 juin 2007, pour une valeur totale de 781 350 FCFA. Pour boucler la ronde des commandes et le marché global, trois autres bons ont été signés en faveur du sieur Aly Guèye. Le premier bon (n° 10 064) a été signé le 10 janvier 2007, pour un montant de 1 190 336 962 FCFA ; le second bon (n° 10304) l’a été le 29 février 2007, pour une valeur de 475 844 220 FCFA. La troisième et dernière commande (n°10459) est intervenue le 20 février 2007, pour un montant de 433 063 595 FCFA.

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