Exposition «Formes et paroles» - Entre images et maux

Jusqu’au 29 mars 2015, l’exposition «Formes et paroles» se déploie à multiples endroits sur l’île de Gorée. Initiée par le musée Dapper, l’expo montre des œuvres d’artistes d’horizons très différents mais dont les œuvres communiquent en parfaite harmonie sur le rapport à la langue française, le passé, l’esclavage, l’avenir….

Sur l’île-mémoire, Gorée, l’art contemporain a bien trouvé sa place. Avec ses canons qui donnent sur la mer et en écho à l’oralité africaine, la grande esplanade faisant face à l’embarcadère est très colorée. En cette après-midi calme sur l’île mémoire, les premières œuvres visibles sur cette esplanade ajoutent encore à l’émotion particulière de l’endroit. Ici, les œuvres -pour la plupart des photographies- sont assez…parlantes. Sur le premier tableau faisant face à des visiteurs qui ne sont plus très nombreux, l’on peut lire le titre du livre «Chaque homme est une île», photographié entre les mains gonflées d’un lecteur. Evocateur pour une exposition qui s’intitule «Formes et paroles» et se déroule à Gorée!
Indissociables, images et mots sont en effet les outils qui ont permis aux artistes réunis dans cette exposition, d’exprimer des sentiments comme l’illustrent les centaines de feuilles dansantes de «l’arbre à souhaits», réalisé par l’artiste japonais Trân Trong Vû. Sur des centaines et des centaines de fleurs découpées dans des sacs en plastique multicolores, l’artiste par un véritable travail de fourmi, y a écrit des mots et des bouts de phrases qui finissent par former des structures géantes et témoignent bien de tranches de vies. A quelques mètres de là, une autre photographie lit : «A Paris quelqu’un m’a demandé si je parlais français». Par ces mots écrits en lettres capitales pour donner plus d’incision et de sens à son œuvre, l’artiste réunionnais Thierry Fontaine, s’interroge sur des questions brûlantes de l’actualité en occident, à travers une belle métaphore verbale et visuelle qui lui permet de dire ses doutes et ses interrogations identitaires voire existentielles.

Plus loin dans Gorée, au centre socio-culturel Boubacar Joseph Ndiaye, une sélection de planches et un livre «l’Afrique en partage», réunissent les travaux de bédéistes venus de divers pays et qui se veulent un trait d’union, un modèle d’échanges positifs entre artistes, entre peuples.

Outre les enjeux économiques, géopolitiques et culturels, le choix d’exposer «Formes et paroles» à Gorée est tout aussi symbolique du fait de l’histoire et de la mémoire de l’île qu’il faut partager.
Fidèle à sa tradition de servir de pont entre les cultures et de perpétuer la mémoire, le Musée Dapper a cette année encore, exposé des artistes de l’Afrique, des Caraïbes mais aussi de l’occident en les invitant à s’exprimer sur leur rapport à l’esclavage. Au vu des œuvres exposées dans ce lieu symbolique chargé de mémoire, le travail des artistes vise ici, à exhumer les traces d’un passé qui tisse le lien entre l’histoire de Gorée et celle d’autres pays. Parfaite illustration : l’installation de Nadia Myre «Traverser l’océan» faite de deux structures cubiques pour rendre hommage à une esclave noire de Montréal. En d’autres termes, en cette année de célébration de la francophonie, l’approche artistique entre autres outils, est incontournable pour relever le défi de relier le passé à l’avenir.

Une thématique, deux expositions

Conçue en deux volets, arts plastiques et bande dessinée, la thématique de «Formes et paroles» s’appuie sur la façon dont les plasticiens ont choisi d’intégrer les mots dans leurs œuvres pour essayer de mettre en valeur des démarches artistiques qui se nourrissent d’héritages culturels multiples.
Pour ce faire, cette année le musée Dapper a invité cinq plasticiens engagés dans la problématique de la parole à réaliser une œuvre. Particularité : ce sont des artistes d’horizons très différents, (Sénégal, République démocratique du Congo, Béni, Vietnam, Canada etc.) qui ont été appelés à travailler sur la langue française qu’ils ont en commun mais aussi sur le multilinguisme.

Pour la section art contemporain, les artistes Ndary Lo Sénégal, Bill Kouélany (Congo), Thierry Fontaine (La réunion), Tran Trong Vu (Vietnam France) et Nadia Myre du Canada ont présenté des tableaux ou réalisé des installations où l’image et la parole ne font qu’un.

Dans l’autre partie de l’exposition, la bande dessinée a permis à deux célèbres noms sénégalais du 9ème art, Odia et TT Fons, d’échanger de points de vue avec d’autres bédéistes venus de divers pays. Al’Mata (République démocratique du Congo/France), Hector Sonon (Bénin) et Jason Kibiswa (République démocratique du Congo…), se sont aussi -en rapport avec la thématique- donné des «espaces de liberté et de rêve» pour davantage appréhender les images et les mots.

You may also like...

Add Comment Register



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>