Entreprises mort-nées de la Sipres : Ingeco, la dernière de la série?

Entreprise très connue dans le secteur de la construction de bâtiments, la Sipres  est soupçonnée de créer des sociétés-écrans pour ensuite organiser une banqueroute frauduleuse. Après Techbat et Enasi, c’est au tour d’Ingeco de mettre la clé sous le paillasson.

La société d’ingénierie de construction, Ingeco, s’achemine droit vers un dépôt de bilan. Elle a été créée il y a 5 ans par la Sipres pour la réalisation d’une bonne partie de ses bâtiments, tels que l’Immeuble Pape Fall sur la Vdn, Immeuble Yoro Bass, Résidence Cheikh Anta, Al Azar de Rufisque. Malgré un cahier de commandes fourni, Ingeco n’a pas résisté à la morosité économique ambiante du pays. Depuis le mois de mars dernier, Ingeco n’arrive plus à payer correctement les salaires. Actuellement en cessation de paiement, elle compte envoyer au chômage la majorité de son personnel. Une situation prévisible compte tenu des départs des directeurs successifs, Diéne Ndiaye et Ousmane Ba. Tous deux ont quitté la direction pour des raisons financières. Le  dernier directeur général choisi par le conseil d’administration de INGECO, pour faire le coup de Jarnac, est un certain Renaud de Saint Vincent. C‘est par le biais de celui-ci que beaucoup de personnes employées ont été provoquées et licenciés sans droit, comme le conducteur des travaux Babacar Fall et le comptable. A la surprise générale, Monsieur Renaud de Saint Vincent a, lui-même, reçu sa lettre de licenciement et « a piqué une crise cardiaque qui a entrainé sa mort quelques jours après », raconte la petite histoire. Suite à cette mort inattendue, la passation de service avec madame le GRIX qui l’attendait de pied ferme, n’aura jamais lieu.  Pour solder le passif social, la direction a entamé des négociations avec les travailleurs. «Ingeco a voulu négocier avec nous et remettre à chaque employé la somme de 500.000 F CFA, en guise de dédommagement. Je ne pouvais pas l’accepter parce qu’elle me doit personnellement 2 millions 200 mille F CFA», affirme Amadou Cheikhou Kane, agent administratif, responsable chargé des approvisionnements à Ingeco et membre du collectif des travailleurs. Pour l’heure, les négociations butent sur le montant dû aux travailleurs. De guerre lasse, les 15 employés que compte l’entreprise ont porté le litige devant le Tribunal du travail. Dès lors que le dossier est entre les mains de la justice, l’entreprise n’est pas formellement déclarée en faillite. A cet instant, seuls Thierno Aw et Sidy Diagne restent dans la direction. Une audience est fixée le 03 décembre 2013 au tribunal.

A côté des employés, les fournisseurs aussi réclament des factures à la société qui peine à respecter ses engagements. «Elle  doit près de 100 millions de francs CFA aux fournisseurs, dont  33  millions pour la SAB (Sénégalaise de bois)», renseigne un membre du personnel. Devant l’incapacité d’Ingeco à honorer ses engagements, la Sipres, pourtant à la base de la création de cette entreprise, rejette toute responsabilité.  Une attitude incompréhensible pour les travailleurs qui ont toujours utilisé la carte d’assurance de la Sipres pour se soigner.
Contrairement à la direction qui évoque des difficultés  financières, les travailleurs d’Ingeco, de leur côté, subodorent une volonté manifeste de la tutelle d’organiser une faillite frauduleuse. Ils fondent ce pressentiment sur des éléments probants pouvant démontrer l’irrégularité de la société. «Ingeco n’est pas en règle, elle ne verse ni impôts, ni TVA à l’Etat», accuse, M. Kane. A l’en croire, la société se meut dans une «parfaite irrégularité», puisqu’elle ne respecte aucune des règles fixées par l’Etat pour les entreprises formelles. «Ingeco est une entreprise fictive, son identité est dissimulée», ajoute-t-il. En effet, cette entreprise n’est pas la première création de la Sipres à avoir connu ce triste sort. Auparavant, il y en a eu d’autres comme Techbat ou Enasi. Elles ont disparu après quelques années d’existence. Les motifs évoqués sont tous économiques. Avec ces fermetures en cascade, les travailleurs suspectent la Sipres de créer des sociétés ne se conformant à aucune norme, pour ensuite organiser une faillite frauduleuse. A chaque fois, ce sont les travailleurs qui paient les dégâts. Aujourd’hui, l’on voit une nouvelle société écran du nom de Sci Santal.

Le mutisme de la direction

Nous avons tenté de joindre les responsables de la société Ingeco, notamment le président du conseil d’administration, Moustapha Ba. Celui-ci a catégoriquement refusé de se prononcer sur la situation. Sur un ton méprisant et, à la limite, menaçant, il nous renvoie à notre source pour trouver les réponses à nos questions. Nos autres tentatives pour recueillir la version de la direction sont restées infructueuses. Nos colonnes restent ouvertes aux responsables de la société pour publier leur version des faits.

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