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En route pour 2017 : Apr, vers l’ouverture des clashes ?

Publié le 17 octobre 2014 par Abdou Rahmane MBENGUE

Pour le camp présidentiel, il n’y a que la victoire qui compte. Mais entre la massification du parti, sa nécessaire restructuration et la cohabitation avec les alliés, la route vers 2017 est un sentier tortueux et miné.

’Apr, Alliance Pour la Réélection ? Après deux années d’exercice du pouvoir et une fâcheuse débâcle électorale (juin 2014), le mandat présidentiel est une partie de billards à l’issue incertaine. Macky Sall saura-t-il muer l’Apr, Alliance Pour la République, en une grosse écurie présidentielle, capable d’arracher un second mandant - et au premier tour ? En route vers 2017, l’opération de massification déjà entamée, - « un mal nécessaire » selon un cadre du parti - , est une véritable usine à gaz. Questions de realpolitik, il faut s’ouvrir ou périr. Mais c’est l’identité politique du parti présidentiel qui risque d’être grimée en une vulgaire association de souteneurs et de porteurs de voix, au détriment d’une réelle conviction politique commune ?
Lors du dernier directoire de son parti, samedi 27 septembre, Macky Sall a joué la bande annonce de ce qui sera le principal feuilleton politique du reste de son mandant : l’ouverture. « Préparez-vous à les accueillir, de nombreux militants compétents vont rejoindre les rangs du parti », a averti en substance le Président. Vers une ouverture des… clashes ? Ironie du sort : il n’est pas exclu d’ouvrir les bras à un certain Sada Ndiaye, maire de Nguidjilogne, et qui fut, en son temps, le principal artisan de l’éjection de Macky Sall du perchoir. Moralité : en politique, il n’y a que la victoire finale qui compte.

Qui est l’«homme de confiance» du président ?

Jamais dans l’histoire politique du Sénégal, un parti aussi novice dans les affaires de l’Etat et aussi informel dans ses structures n’a été confronté à ce double challenge : tenir le gouvernail et reconquérir un deuxième mandat. L’espace du pouvoir, partagé entre alliés, est assez étroit pour limiter les manœuvres politiques. «L’Apr n’est pas un parti État. Il n’y a pas trois cents postes à pourvoir. C’est à vous de prendre des initiatives», a lancé Macky Sall à ses militants. Ce discours a sans doute le mérite d’être franc. Pourtant le patron de l’Apr est conscient d’une chose : il doit créer une formule pour satisfaire sa clientèle politique. Sinon le risque est gros pour lui de voir son parti, non seulement perdre de son attractivité, mais surtout être un repaire de frustrés.
Sur ce plan, l’expérience des locales a suffisamment montré la vulnérabilité du camp présidentiel. Macky Sall risque de subir les contrecoups d’une ouverture politique non maitrisée. À moins qu’il ne confie la gestion de l’Apr à « un homme de confiance », qui en le charisme et la légitimité nécessaires ? Mais à qui ? Qui a le profil de l’emploi autour du président de la République ? Le Pm est un allié fidèle de Macky. Pourtant, une suspicion pèse sur l’engagement politique de Mahammad Boun Abdallah Dionne au point qu’il a jugé utile de dégainer sa carte de membre Apr, généreusement achetée à 500 000 francs Cfa.

Sur la lancinante question du numéro 2, la pagaille libérale guette l’Apr. Dans les rangs apéristes, le niveau de défiance est tel que la hiérarchisation protocolaire est un exercice périlleux, souvent fatal. C’est pourtant un chantier urgent. Lors de son dernier directoire, l’Apr ne s’est pas attardé sur la brulante question du renouvellement de ses structures. Pourtant à l’interne des voix raillent le niveau de représentativité du directeur de cabinet politique du président de la République, Mahmoud Saleh, et vilipendent la légitimité du directeur des structures de l’Apr, Mbaye Ndiaye, laminé aux dernières locales par le « petit » Moussa Sy. Marième Badiane, la responsable des femmes est chahutée par ses paires de l’Apr. Et à chaque fois Macky Sall a fait jouer son autorité pour faire respecter ses nominations. Et ce n’est pas fini : les mêmes velléités contestataires pèsent sur la tête du responsable des jeunes, Abdou Mbow. Malgré tout, le renouvellement des instances du parti est renvoyé aux calendes sénégalaises. C’est pourtant le ventre mou qui risque d’alimenter les dissensions politiques au sein de l’appareil présidentiel par ricochet la mouvance Benno. C’est pourtant le meilleur gage de légitimité. A moins de prendre les résultats des locales comme une forme de représentativité des cadres Apr.

Une certaine grandeur à scier la branche sur laquelle, on est assis

« Laisser les bisbilles politiciennes à ses ouailles pour miser sur un bilan personnel». C’est une option que Macky Sall n’écarte pas. Car, selon certaines sources, pour étoffer son projet référendaire sur la réduction du mandat présidentiel de sept à cinq ans, il pourrait y adjoindre une clause interdisant au chef d’Etat d’être en même temps chef de parti. Ceci aura l’avantage de tenir le Président à une distance respectable, théoriquement, des querelles de chapelle. L’autre bénéfice politique qu’il peut en tirer, c’est qu’il ne sera pas le candidat coloré beige marron ! Macky se verrait bien comme une sorte de « candidat indépendant » investi par… l’Apr. Il pourrait ainsi collecter plus aisément le soutien et l’investiture des partis alliés : le Ps, notamment, peu enclin à s’aligner derrière l’Apr ! Le référendum pour le quinquennat ne vise pas seulement à réduire le mandat du président sortant, mais à accroitre ses chances de réélection en 2017. C’est aussi une étape décisive avant les élections présidentielles. La mouvance au pouvoir a l’occasion de graisser sa machine de mobilisation. En face, le camp du non est dégarni. Paradoxalement, les principaux opposants à cette réforme se recrutent dans les rangs du parti au pouvoir. Là aussi, Macky Sall a fait prévaloir le respect de la parole donnée sur toute autre considération politique. C’est une posture assez habituelle chez lui : la concession, parfois contre son parti et/ ou ses intérêts. On se souvient, lors des élections locales, l’arbitrage présidentiel sur la date et le mode du scrutin s’était fait en faveur de l’opposition. C’est comme si Macky Sall tirait une certaine grandeur à scier un peu la branche sur laquelle, il est assis.

Mais, s’il constitue une sorte de répétition générale avant la présidentielle, le référendum pour ce qui est du test de popularité, un couteau à double tranchant. L’adoption du quinquennat peut être aussi bien interprétée comme une adhésion populaire à une décision personnelle de Sall, tout comme elle peut être vue comme un rejet, une volonté massive d’abréger son séjour à la tête du pays.

A qui la faute ?

Une fois gagné le pari de la discipline interne, l’Apr doit régler les problèmes de voisinage parmi les alliés. Comment gérer les égos politiques au sein de Benno. Qui peut museler un Youssou Ndour, peu habitué à la machine politique de balancer ses flèches, comme il l’a fait récemment ? Derrière le célèbre chanteur politicien et Cheikh Bamba Dièye, la porte de Benno va sans doute encore claquer. Réunis récemment en conclave, les leaders de Benno sont au moins d’accord sur une chose : il y a nécessité «d’améliorer le fonctionnement de la coalition ». Doux euphémisme pour qualifier les coups de coude, les coups bas, et les bâtons dans les roues qui plombent cette improbable cohabitation. Les leaders de Benno ont convenu de mettre en place «les instances de préparation du travail politique et de concertation à travers la conférence des leaders, présidée par le Président de la coalition, le comité des plénipotentiaires, les Commissions thématiques et un secrétariat permanent». En clair, toute une salle des machines sera installée pour faire fonctionner l’usine Benno. C’est surtout l’extrait de naissance d’une vraie entité politique. Une bonne nouvelle pour Macky. Car Benno Bokk Yaakar (Bby) a décidé d’être, non pas une coalition de partis ; mais d’être partie prenante de la coalition au pouvoir.

Il n’est pas fortuit que la mouvance Benno ait senti le besoin de se secouer au moment où Idrissa Seck et Abdoulaye Wade multiplient les assauts à l’endroit du pouvoir. C’est une surprenante attitude réactionnaire de la part d’une coalition qui tient pourtant les leviers de commande. A qui la faute ? La léthargie de la mouvance présidentielle vient pour une large part du désordre dans les rangs de l’Apr. Le socialiste Tanor avait prévenu : «C’est au président de prendre l’initiative.» C’est fait.

Faute de s’y être pris un peu tard, la coalition Benno Bokk Yaakar sera au mieux un bouclier politique autour du président. Et pas nécessairement une arme de conquête ni une force de proposition. Le Pse, le programme économique de Macky est déjà en branle !

Benno va surtout se positionner en essuie-glace, face à la très probable alliance politique qui se dessine entre le Parti démocratique sénégalais (Pds) et ses principales émanations : Rewmi de Idrissa Seck ; Bokk Giss de Pape Diop, l’Union Centristes du Sénégal (Ucs) de Abdoulaye Baldé, maire de Zinguichor.
Rien ne garantit que la solidarité de Bby face à l’adversité politique sera encore opérationnelle au moment de conquérir le pouvoir. «Le Ps, ne sacrifiera pas sa survie politique sur l’autel d’une coalition politique qui est par essence une aventure à durée limitée ; que vaudra cette alliance politique une fois que Macky Sall aura réalisé son objectif de se faire réélire ?», observe un dirigeant socialiste.

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