ELEVAGE - Les acteurs égrènent les écueils du sous-secteur

Malgré les efforts consentis par le Gouvernement, les éleveurs continuent de rencontrer des problèmes. Ils invitent les autorités à apporter des solutions durables aux obstacles qui plombent le développement de leur secteur.

La question centrale de l’intensification de l’élevage ne peut être résolue sans une sérieuse prise en charge du volet lié à l’alimentation du bétail. Mais, le déficit fourrager national est très élevé. Lors d’un atelier national consacré à la question en août 2012, sous l’égide de la Fao, à l’issue duquel un plan national de reconstitution du capital semencier fourrager sera validé, le représentant-résident de l’institution onusienne, Amadou Ouattara, avait révélé que le déficit fourrager national se situait entre 25 et 35 %. La zone nord du pays était particulièrement affectée. «La qualité du fourrage se dégrade de plus en plus. Une famille d’herbe très importante pour le cheptel a disparu de beaucoup de zones», se désole Moustapha Dia, président de l’Association pour le développement de Namarel (Fouta) et villages environnants (Adena), qui deplore le fait que des quantités énormes de fourrage disparaissent à chaque feu de brousse.

Et cette situation ne cesse d’empirer. Les feux de brousse, en effet, continuent de faire des ravages. Même le ranch de Dolly qui est une zone de repli pour le bétail en période de déficit fourragère, situé dans la zone sylvo–pastorale, dans le département de Linguère, qui s’étend sur une superficie de 87.000 ha, n’est pas épargné. Un feu de brousse d’une rare violence s’y était déclaré lundi 15 décembre dernier, en ravageant 2915 ha. Et la même chose s’est passée durant les deux précédentes saisons sèches, dans cette même zone dont les activités sont exclusivement réservées à l’élevage. «Il faut impérativement des pare-feux pour sécuriser les pâturages. Les feux de brousse ravagent non seulement les herbes, mais aussi les arbres qui servent d’alimentation à certains bétails», tonne Moustapha Dia, avant de marteler : «tout le monde sait que sans arbre, il n’y a pas de pluie. Ce qui aggrave la situation du ranch».

A cette inquiétude s’ajoutent les déficits pluviométriques récurrents, notamment celui de la dernière saison des pluies. Car, cette année, l’hivernage a commencé avec beaucoup de retard et les pluies ont été moins abondantes sur toute l’étendue du territoire nationale. Et la partie la plus affectée est la zone nord du pays. C’est pourquoi, les éleveurs sont animés d’une peur bleue. «Le profil de l’hivernage est très mauvais cette année. Ce retard des pluies et leur arrêt précoce aura des répercussions dans la bonne alimentation du bétail», a prévenu le president de l’Adena, organisation membre du Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (Cncr), regroupant les départements de Linguère, de Ranérou et de Podor. Selon Ismaïla Sow, président du Conseil national de la maison des éleveurs du Sénégal (Cnmde), les herbes sont devenues sèches sans devenir mûres, «ce qui fait que le bétail peut en manger beaucoup sans aucun élément nutritif».
Et les conséquences de ce déficit pluviométrique sont connues: un problème de semences fourragères est perceptible du fait que les herbes n’ont pas atteint à la fin de l’hivernage le mûrissement pour produire des graines qui tombent naturellement sur le sol. Et, avertit Moustapha Dia, « si nous n’avons pas de l’alimentation suffisante, nous ne pourrons pas avoir de bonnes productions, ni en viande, ni en lait, ni en moutons suffisants de Tabaski ».

CONVENTION

Pour atténuer cette gravité perceptible, le président du Conseil national de la maison des éleveurs du Sénégal (Cnmde), Ismaïla Sow, a signé avec le Président-directeur général de l’entreprise Gmd (Les Grands moulins de Dakar), usine productrice d’aliment de bétail. Dans cet accord, il est convenu, d’après M. Sow, d’acheter directement chaque mois 300 à 400 tonnes d’aliment à 7 125 FCfa le sac au lieu de 7 500; « cela va lutter contre la spéculation qui fait que les commerçants achètent à ce prix pour ensuite le vendre jusqu’à 15 000FCfa». «Une autre convention de ce genre sera bientôt signée avec Nma, qui vend le sac à 7 000FCfa aux commerçants, pour une quantité de 500 tonnes par mois», a révélé Ismaïla Sow, saluant les efforts de ces deux industriels producteurs d’aliment de bétail.

En plus de cette convention, à l’en croire, un fonds de secours qui s’élève à 1 milliard 700 millions FCfa est déjà disponible pour permet aux éleveurs de faire face à leurs difficultés si l’Etat tarde à réagir et 1 milliard de FCfa déjà voté (il est dans le budget) destiné à l’alimentation du bétail.

MOBILITE

Les éleveurs sont également préoccupés par le manque de mobilité. En effet, ils rencontrent d’énormes difficultés pour se déplacer vers les ressources: eau, pâturage… «Le système partoral s’appuie sur la mobilité. Le cheptel a besoin d’une alimentation en quantité suffisante et accessible», a dit Moustapha Dia, avant d’ajouter : « par exemple, l’éleveur a besoin de parcourir une dizaine de kilomètres pour nourrir son batail et qu’il y a beaucoup de passage (traversée) qui lui sont interdits ». Une situation qui découle, d’après Ismaïla Sow, de l’action des agriculteurs qui exagèrent, ne voulant même pas apercevoir un éleveur quand ils sont dans leurs champs. C’est dans ce contexte que le président du Conseil national de la maison des éleveurs du Sénégal (Cnmde) déplore le fait que certains paysans ne se soucient pas des éleveurs et ne prévoient non plus la zone de pâturage, les couloirs… «Le déplacement est crucial. Il faut à l’Etat de réglementer cela», indique-t-il.

ACCES AU CREDIT

L’autre difficulté à laquelle est confronté le sous-secteur est lié au financement. L’éleveur continue d’évoquer beaucoup plus de problème d’accès au crédit. «Les conditions de crédit sont drastiques. Les taux d’intérêt sont trop élevés. Ils ne profitent pas aux éleveurs», a dit Moustapha Dia. Pour Ismaïla Sow, ces banques sont plutôt commerciales qu’agricoles. « Il n’y a pas de banques qui s’activent comme il se doit pour aider les éleveurs. Elles s’enrichissent sur le dos des éleveurs», peste M. Sow. Selon lui, les banques disent que les éleveurs n’ont pas de garantie soutenant que les bêtes peuvent mourir à tout moment. «Notre partenariat avec les banques ne sont pas solides. Au niveau de la Cncas, les éleveurs doivent siéger au conseil d’administration. Ce que l’Etat doit négocier. Car, cela va nous permettre de participer aux décisions à prendre», poursuit Sow, selon qui, le gouvernement a commencé à faire des efforts sur beaucoup de plans comme la loi d’orientation agro-sylvo-pastorale et le Fonds national de développement agro-sylvo-pastorale (Fndasp) pour les agriculteurs, les pêcheurs et les éleveurs.
C’est la raison pour laquelle, il demande au gouvernement de leur faciliter l’accès au crédit. «Mon orientation principale est aider l’éleveur sénégalais à fructifier son capital. J’ai demandé au Gouvernement de faciliter l’accès des éleveurs au crédit, à travers la redynamisation de leurs mutuelles, le renforcement de leurs capacités en matière de gestion et de management et l’aménagement de parcelles pour les cultures fourragères, notamment dans le delta du fleuve Sénégal», a annoncé le président Macky Sall, lors de la journée nationale de l’Elevage du 29 décembre 2014, célébrée à Fatick.

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