Chantier le plus médiatisé du Ministère de l’Elevage, à côté du Code pastoral en gestation, la lutte contre le vol de bétail, ce délit qui devrait être lourdement sanctionné dans la réforme  en cours du  Code pénal et du Code de procédure pénale, cache en fait une morosité qui remonte aussi loin qu’en 2002 avec le départ de Nestlé de la collecte et de la transformation du lait. C’est sur ce volet que se concentrent les espoirs de l’an III du régime.

L’enquête auprès des ménages (base du programme de la  Nouvelle initiative sectorielle  pour le développement de l’élevage (NISDEL)  révélait en 2004 que « 68% des ménages possèdent du bétail, dont  90% en milieu rural et 52%  dans les villes ». Le dernier recensement global de la population, de l’habitat et de l’agriculture, achevé en mars 2014 a montré qu’un peu plus de 69 % (juste un point de plus) de la population totale pratique plus ou moins l’élevage. Dans son document daté de 2012, la Goana fixait les objectifs de production pour l’élevage dans une fourchette de 400 millions de litres de lait et 435 000 tonnes de viande. Ainsi, en dépit de quasi stagnation de la production,  l’importance de l’élevage dans l’économie nationale ne se discute pas. En effet, selon les chiffres de la Direction de la Prévision et de la Statistique (DAPS), «sur le plan macro-économique, le sous-secteur de l’Elevage participe pour 7,5 % à la formation du PIB national et 35,5% à celle du secteur primaire». Les données figurant au  dossier de la NISDEL indiquaient que «la valeur du cheptel sur pied est estimé à 550 milliards de francs Cfa dont 490 milliards pour le seul cheptel ruminant».

 Plus de 500 milliards thésaurisés 

En rythme annuel, les ventes de bétail ruminant totalisent  environ 70 milliards de F CFA, soit pour les ménages ruraux concernés,  7milliards  en revenus dont 5,300 milliards pour les animaux sur pied et 1,7 milliard pour la vente de lait. On peut difficilement s’imaginer une telle richesse dans un secteur dominé par l’élevage pastoral qui souffrait encore récemment d’une absence totale de planification. Ce n’est que lorsqu’il a été déconnecté du département de l’Agriculture sous Oumou Khaïry Guèye Seck que le sous-secteur a entamé une mue bénéfique pour s’engager dans la modernisation. La difficulté résidait dans les disparités entre le système agro-pastoral qui concernait 67% des effectifs de bovins et 62% des petits ruminants, et  les systèmes semi-intensif et intensifs urbains et périurbains, où les bovins comptaient pour 1% et les petits ruminants pour 3% du total national. Sans oublier plus de 20 millions de volailles, environ 1 million de chevaux et  d’ânes, 300 000 porcins, répartis tant en milieu rural qu’en milieu urbain.  En dépit de ce cheptel appréciable, les importations de viande passaient «de 580 tonnes à 1 160 tonnes en 2003 ; soit  une progression de plus de 2500% », selon le Nisdel. Avec en particulier des pics d’arrivée de moutons du Mali et de la Mauritanie pour la fête de la Tabaski, qu’aucun programme n’a réussi à freiner jusqu’ici. Par contre, on note une solide amélioration dans la filière laitière. Un récent bulletin mensuel de l’Ansd indiquant que les importations de produits laitiers étaient estimées à  3 262 tonnes en janvier 2013, à 2 302 tonnes en décembre 2013 et  à 1 581 tonnes seulement en janvier 2014, soit une baisse interannuelle de  –51, 52%.

L’aviculture protégée jusqu’en 2017

S’il y a encore des mesures de protection, c’est surtout dans l’aviculture, l’actuel ministre de l’Elevage ayant décidé de protéger les producteurs jusqu’en 2017, après de sérieuses mises en garde pour  l’assainissement de la gestion des aliments de volaille dont les coûts rendent le poulet local peu compétitif face aux cuisses importées. Chargé du programme de modernisation du secteur depuis l’avènement de  Macky Sall, Mme Aminata Mbengue s’est tôt attelée à la levée des autres contraintes dont les maladies animales qui dépriment la productivité, surtout en milieu rural où le secteur est en compétition le  front agricole et souffre du transfert de la gestion du foncier aux collectivités locales  par la Loi de 1996. C’est pourquoi, outre le programme de vaccination du bétail, dont elle vient de confirmer qu’il a été exécuté à plus de 140 %,  à la suite de la loi d’orientation agro-sylvo-pastorale (LOASP), madame le ministre a secoué le chantier du Code pastoral qui déterminera le statut des terrains de parcours, ainsi que les couloirs de la transhumance traditionnelle à préserver.

Filière mal organisée depuis le départ de Nestlé en 2002 et la cession de ses unités de collecte et de transformation, la production de lait pâtit des difficultés de stockage dans plusieurs zones du pays. D’où des importations massives pour une facture laitière en devise de plus de 30 milliards par an.

Pourtant les atouts sont appréciables (pâturages et ressources en eau) la situation zoo-sanitaire est satisfaisante et le pays compte plusieurs centres de formation et de recherche comme l’Ecole Inter-états des sciences et médecine vétérinaires (EISMV), l’Ecole nationale supérieure d’agriculture de Thiès (ENSA); l’Ecole nationale des cadres ruraux de Bambey (ENCR).

Mais bien que des efforts notables aient été déployés pour la vaccination du bétail, l’insémination artificielle, la promotion de la stabulation et plusieurs projets et programmes mis en œuvre, il n’y a guère eu d’avancements surtout en matière de financement des activités des pasteurs.