Au fur et à mesure qu’on s’en approche, la date du 29 Juin 2014 trahit fadement les mécanismes pervers des partis politiques au rythme des égo et des ambitions des acteurs. Les fondements idéologiques qui devraient orienter les options des formations politiques sur le terrain font place à un déploiement fourre tout qui biaise l’objectif initial de la démocratie locale, au grand dam du parti au pouvoir in fine incapable de déterminer sa valeur électorale. Encore moins le poids de ses nombreux alliés.

Les courants politiques, s’il en existe sous les tropiques, se confondent dans l’arrière pays et font place aux intérêts d’élites qui tiennent leur localité en haleine. S’y ajoute l’exigence de disposer de sa base politique pour mériter la confiance du sommet du pouvoir en quête de part de marché politique. Le discours de Macky Sall sur la nécessité pour les ministres et directeurs généraux de conquérir leur base politique sous peine de tirer des conséquences, est encore dans les mémoires des compétiteurs du 29 Juin. Un leitmotiv déplacé qui nourrit davantage la dissidence et les tendances irrégulières à pactiser avec le premier adversaire venu.  Le professeur Sindjoun Pokam constatait à juste égard que les élites urbaines investissent les arènes politiques rurales où elles sont souvent en concurrence avec les élites locales pour la conquête des positions de pouvoir. Et il en déduit que le local et précisément les villages ainsi assiégés, et pas toujours à la régulière, sont les lieux d’apprentissage du pouvoir et de politisation à travers la construction des marchés politiques périphériques qui servent le capital de base de par une « épaisseur symbolique.» Résultat des courses : les enjeux politiques y perdent en autonomie ce qu’ils gagnent en réalité pour les acteurs sociaux. Il est donc plus important d’être maire, ou à tout le moins conseiller municipal, d’où qu’on vienne, même avec des listes empoisonnées des noms des partis concurrents que de s’aveugler à vouloir imposer la vision d’un seul parti politique, au pouvoir ou non.  Le président Macky Sall, à priori le plus grand perdant de ces farces malheureuses, si elles perdurent, entend pourtant manifestement saisir l’opportunité des élections locales pour se débarrasser de ses adversaires qui l’ont porté à la magistrature suprême au nom du front commun contre Abdoulaye Wade. Un juste et double droit de chef d’Etat chef de parti politique et de candidat à la prochaine présidentielle. En plus clair, les coalitions dites contre nature qui se tissent progressivement dans la conquête des municipalités ne l’aident guère dans ce chantier complexe. L’APR en coalition avec le PDS contre le PS dans une circonscription comme Podor, et les exemples sont légion, brouille ses propres cartes. L’idéal voudrait que dans les régimes pluralistes,  la conception traditionnelle commande que le pouvoir exécutif soit en charge de l’intérêt national indépendamment des partis, et que ceux-ci assurent bien la conduite de la politique nationale par l’intermédiaire de leurs représentants au gouvernement, dans la majorité parlementaire. Aussi faudrait-il en fin de compte que les partis légitiment et stabilisent les couleurs du régime dans la vitalité de la démocratie locale. Or, les faits en l’espèce ne comblent pas les attentes, car le sommet du pouvoir politique perd chaque jour des parts de certitude quant à la possibilité de restructurer son parti toujours en mal de vivacité. Les calculs vont jusqu’à donner lieu à une APR divisée dans une même circonscription au grand bonheur de l’opposition, qui hélas ne saura exhiber cette opportunité à bon escient car l’électorat est acquis à la cause républicaine ; c’est juste que les listes concurrentes de APR effritent les suffrages. Les égoïsmes qui s’agitent par exemple à Kolda pourraient être contre productives pour le parti au pouvoir si Macky Sall ne précise pas la rigueur de son arbitrage jusque là assis sur la force de leadership d’Abdoulaye Bibi Baldé. Au delà du procès en désorganisation ouvert fort à propos contre l’APR de Macky Sall, il reste à plaindre les populations dont les suffrages ne refléteront pas toujours la majorité locale. Des responsables de l’Apr, du Ps, de l’Afp, de la Ld ou du Pit entre autres alliés de de Benno bokk yaakaar, sont dans des listes composées avec des noms du Pds, de Rewmi ou de Bokk gis gis, pourtant, il est évident que les votes s’accompliraient de manière totalement différente à une élection présidentielle comme celle de 2017. Plus grave, il se trouve par exemple, pour un même parti, c’est le cas de l’Apr, des listes de candidatures concurrentes au niveau d’une même circonscription électorale.

Le parti au pouvoir, en mal d’affirmation structurée en général, s’est même permis d’être forclos sur le dépôt de ses listes dans certaines circonscriptions comme si les transhumances, les copinages et les arrivismes qui trompent sa massification commençaient à avoir raison de son ambition. Ses mésaventures dans la communauté rurale de Ogo sont une catastrophe stratégique. Autant de coups tordus que la lucidité de décentralisation du président Macky et la réputation démocratique du Sénégal ne méritent pas. Toujours est-il que le patron de ces proclamés républicains, coupable d’inertie dans l’arbitrage et ses discours équivoques, n’est pas moins responsable des frasques de son parti. Il aurait pu redéfinir les enjeux.

Remporter les élections locales ne suffira pas. L’expérience des consultations locales au Sénégal renseigne aisément qu’il est primordial  de disposer des départements et des municipalités phares comme Dakar, Saint-Louis et Thiès. Quelques thuriféraires du pouvoir reconnaissaient bien en 2009 que la déroute de Karim Wade dans la conquête de la mairie de Dakar relevait d’un toupet qui sonnerait le début de la fin du magistère de son président de père car la valeur électorale du PDS n’allait pas survivre aux cynismes du casting pour ses candidats. N’eurent été  les honteuses grossièretés de l’ancien président, le poids électoral du PDS ne cèderait devant aucun doute avant 2007. Tou a changé et la leçon n’est pas superflue pour les chantres de la rupture aujourd’hui au cœur d’un clientélisme semblable. En rectifiant toutes ces incorrections stratégiques, les tenants du pouvoir accéderont à une décrispation de la classe politique avec pour principal avantage la capacité à mesurer le poids politique de ces milles et une formation qui pullulent de coalitions en coalitions. Dans un passé plus récent encore, le PDS était la seule formation politique à se risquer toute seule aux législatives pour en engranger un peu plus de 290 mille suffrages contre un peu plus d’un million pour la galaxie de Benno Bokou Yakar. Bien malin qui pourrait déterminer aujourd’hui la valeur  de tous ces mouvements qui gravitent autour du pouvoir. Le brouillard du 29 Juin pourrait déboucher sur le bégaiement de sombres péripéties qui empêchent de lire la courbe de la présidentielle de 2017. C’est le fait de la politique politicienne qui a pris le dessus sur l’éthique et les bases du développement autocentré, les populations étant plus disposées à participer à la vie de la cité avec des dirigeants dont la désignation reste fidèle à la volonté générale. Pierre Rosanvallon résume ce fondement de la démocratie locale au souci de légitimité de proximité, étroitement lié à la provenance politique et aux comportements des élus. Le contexte sénégalais de l’heure est loin de ces prémices abstraits de la décentralisation.