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ELECTION DU BUREAU DE L’ASSEMBLEE NATIONALE : Les dessous de la grand-messe

Publié le 11 novembre 2014 par Abdou Rahmane MBENGUE

Chaque année au mois d’octobre la grand-messe a lieu. Benno Bokk Yaakar (Bby) organise la succession de Moustapha Niasse par… Moustapha Niasse. A qui profite ce rituel d’intronisation au perchoir ? Niasse y perd-t-il de sa respectabilité politique en renouvelant ainsi chaque année son appétit du pouvoir ? Macky Sall a-t-il trouvé là la meilleure formule pour museler un allié et se payer sa loyauté ?
a récurrence de l’élection du président de l’Assemblée nationale est devenue un rendez-vous politique marqué au rouge dans l’agenda public. Une nouvelle habitude s’est ancrée dans les mœurs de la République. C’est un rituel consacré qui, aujourd’hui, recrée au sein de (Bby) un lien d’appartenance commune. Car en dehors des travées de l’Assemblée nationale, Benno peine à s’affirmer comme une entité politique vivante.
Chaque année au mois d’octobre la grand-messe a lieu. Benno Bokk Yaakar (Bby) organise la succession de Moustapha Niasse par… Moustapha Niasse. A qui profite ce rituel d’intronisation au perchoir ? Niasse y perd-t-il de sa respectabilité politique en renouvelant ainsi chaque année son appétit du pouvoir ? Ou Macky Sall a-t-il trouvé là la meilleure formule pour museler un allié et se payer sa loyauté ?
Curieusement, au sein de la coalition, plus personne ne soulève la question de rétablir le mandat de 5 ans à la tête de l’Assemblée nationale. Ce n’est plus une urgence politique de corriger cette « injustice et anomalie » léguée par le régime de Wade, loi créée exprès pour bouter Macky Sall du perchoir.

Après la deuxième alternance, cette « fragilité » organisée et maintenue autour de la deuxième institution de la République a trouvé une fonction politique au sein de la coalition au pouvoir. C’est le moyen pour la mouvance présidentielle, chahutée à longueur d’année, par les aléas du pouvoir, de retrouver un semblant d’unité et de renouveler sa confiance au président de l’Assemblée nationale sortant, de solidifier un pacte mutuel d’allégeance. Le renouvellement du bureau de l’Assemblée, y compris de son président, est l’un des rares moments de la vie de la mouvance, où Benno arrive à dépasser le simple statut de coalition de colères contre Wade pour devenir une coalition politique fonctionnelle, avec tout ce que cela suppose comme entente, compromis, échanges de bons procédés. Le Législatif est devenu par excellence le principal lieu de partage et de distributions des faveurs entre alliés vainqueurs des élections de 2012.

Le bureau de l’Assemblé nationale est élu pour un an renouvelable, tous les ans à l’ouverture de la session en octobre. Hormis le fauteuil de président, près d’une trentaine de postes sont à pouvoir qui regroupent les postes de vice-présidents (08) ; de secrétaires élus (06), de questeurs (02), de présidents de commissions (11), de présidents des groupes parlementaires (2), etc. Ces postes dotés d’avantages conséquents font l’objet de convoitises, de manœuvres, des rivalités les plus tenaces, qui trouvent souvent un arbitrage dans le bureau du président de la République. Cette ingérence de l’Exécutif a toujours pour finalité de récompenser les fidélités politiques et de châtier les plus récalcitrants. C’est ainsi que l’année dernière, Mamamou Lamine Diallo, dont le ton a été jugé trop critique sur la gestion du pouvoir, a été écarté de la Commission de l’économie générale. Le départ du député rewmiste Thierno Bocoum de la tête de la Commission de la comptabilité et de contrôle a été le signe avant-coureur de la rupture Idy-Macky. Le pacte re-fondateur de cette mouvance hétéroclite qu’est Benno est le serment d’allégeance de Niasse vis-à-vis de Macky Sall : « pas de candidature de l’Afp en 2017 ». C’est le prix du perchoir.
Loin d’être une banale procédure formelle, l’atmosphère à la Place Sowéto est souvent le meilleur indicateur de l’état de santé de la coalition Benno Bokk Yaakar. L’année dernière à la même époque, la représentation nationale avait essuyé des critiques sur sa passivité quand Dakar est restée 15 jours sans eau, suite à la panne de Keur Momar Sarr. Dans ce contexte de malaise avait surgi la candidature de Dionne, issu des rangs de l’Apr, candidature surprise et vue comme une défiance à la personne et au style du patron de l’Afp.

La chaleur de l’entre deux tours

Cette année, le renouvellement du mandant de Moustapha Niasse s’annonce comme un paisible rite de passage vers le nouvel âge de la coalition présidentielle entrée dans une phase pré-électorale. C’est un épisode qui intervient au moment où Macky Sall multiplie les initiatives de bonne volonté envers ses alliés et réactive ses alliances politiques au-delà du cercle restreint de l’Apr. Il y a un le conclave Benno du 20 septembre 2014 qui a réuni ses leaders autour de l’organisation et le fonctionnement de la Coalition. « Macky 2012 » a tenu son séminaire le week-end dernier pour accorder les violons en vue du grand séminaire de Benno, prévu le 20 octobre prochain. Après une longue léthargie, il y a comme chez les alliés une volonté de retrouver la chaleur des accolades et des poignées de mains de la période d’entre deux tours de la présidentielle de 2012.

Le renouvellement du Bureau de l’Assemblée nationale intervient aussi quelques mois après les Locales, marquées par les querelles, les dissensions internes et les guerres fratricides entre les candidats de Benno dans différents coins du pays. C’est à la place Soweto qu’auront lieu les rabibochages et les réparations. Nous sommes surtout à quelques semaines de la Déclaration de politique générale du troisième Premier ministre de Macky Sall. Exercice de souveraineté que l’Exécutif voudra tenir dans une atmosphère apaisée, mais surtout dans un esprit d’unité face à l’adversité libérale.
Le renouvellement du bureau de l’Assemblée nationale est devenu un rituel d’allégeance au sein de l’obédience politique majoritaire. L’ironie veut qu’un artifice politique inventé par le régime libéral pour éjecter Macky Sall, en l’occurrence la loi Sada Ndiaye, instaurant l’annuité du mandat du président de l’Assemblée nationale, serve aujourd’hui à sa victime, comme un instrument politique pour jauger les fondements de sa coalition.

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