Elan patriotique

Le respect de la parole donnée est une valeur-refuge au Sénégal. Le président de la République, Macky Sall, qui s’est engagée à réduire son mandat de 7 à 5 ans, ne cesse de réaffirmer sa volonté de se conformer à son engagement, malgré les sorties véhémentes de militants qui cherchent à l’en dissuader. Une situation ubuesque à la vérité, car de l’histoire politique du Sénégal, on retiendra que c’est un dédit qui a balayé le prédécesseur de Macky Sall de son fauteuil. Et Macky Sall a bien raison de montrer son courroux à l’endroit de ceux qui s’entêtent à faire du Abdoulaye Wade. Les airs de « ngoyane » et de « ndaga » qui ont accueilli le président de la République, dimanche dernier dans le Rip, à Nioro, ne l’ont pas enivré mais, plutôt, l’ont émoustillé pour qu’il mette les points sur les I quant à sa volonté de raccourcir son mandat, nonobstant le verdict des juristes qui vont se prononcer sur la question. Un débat qui est donc loin d’être clos.

Car le camp du dédit ne désarmera pas facilement, dans cette affaire de mandat. Espérons qu’on soit loin de ce curieux adage qui dit qu’un homme politique n’a pas de parole. Cette visite du président de la République rouvre un pan de l’histoire du Sénégal marqué par la gabegie et la concussion qui ont prévalu au milieu des années 70 à mi 80 dans les régions centre. Le Sabakh, le Ndoffane et le Ndoucoumane ont connu leurs belles heures avec des soirées inoubliables qui incitaient à distribuer par flopées des billets d’argent. Le Saloum n’est pas plus vertueux qu’à l’époque de Saloum Dieng le roi du Ndaga et de Seybassi Dieng la reine du ngoyane, mais aujourd’hui les fêtards la jouent cool. Fini le temps des libations, des dépenses intempestives, du m’as-tu-vu : le mode opératoire de ceux qui, naguère, étaient les disciples de Bacchus et d’Epicure. Leurs poches étaient remplies des deniers de la République et ils dépensaient sans compter au rythme du xalam et des mélopées langoureuses. Cette racaille a été châtiée par la République car bon nombre d’entre eux ont été emprisonnés. Cette époque est loin d’être révolue dans les régions du centre, où certaines soirées sont encore bien arrosées et les billets de banque volètent. Le puritanisme ne s’est pas imposé dans cet univers encore très festif, mais l’argent facile est en fin de règne depuis la disparition du fameux compte K2, la faillite de l’ONCAD, l’ajustement structurel et la dévaluation du franc CFA. Une série de corsets qui se sont imposés à un Sénégal devenu, du coup, moins dispendieux. A cela sont venus s’ajouter les attributs neufs ou rafraîchis de la bonne gouvernance qui régulent sérieusement la vie des Sénégalais, comme si « Big Brother » était une réalité fort présente. Ce sont la CREI, l’OFNAC et le renforcement des instruments de contrôle de l’Inspection Générale d’Etat et la Cour des comptes, entre autres.

A l’heure où le Sénégal a le regard centré sur Kaffrine et Kaolack -visite du président de la République oblige- des régions phares de l’économie nationale mais où des hommes et des femmes se sont singularisées en dilapidant les deniers de l’Etat, il y a nécessité de rappeler l’impérieux devoir de protéger la République. Des instruments comme le Fongip, le Fonsis et la BNDE, mis en place par le nouveau régime, doivent être gérés très vigoureusement. Pour éviter de retomber sur les travers que le Sénégal a connus avec le compte K2 dont la gestion a été très décriée ou, plus près de nous, le Fonds national de promotion de la Jeunesse (FNPJ) qui a été un gouffre à milliards. Le nouveau Sénégal se bâtira dans la gestion transparente des deniers publics, l’égalité et la vertu. Le CETUD vient de doter la région de Kaolack d’un nouveau parc automobile. Ce patrimoine doit être protégé. Que ceux qui en ont bénéficié soient rigoureusement contrôlés pour éviter les errements d’hier. La recomposition politique en cours avec l’arrivée massive de militants qui désertent les prairies bleues et autres pour rejoindre le parti au pouvoir ne doit pas être un prétexte pour l’obtention de passe-droits pour des investissements bidon. Bien des « affaires » sont mort-nées et l’argent du contribuable avec, parce que le projet à la base n’était qu’un prétexte porté par un transhumant qu’il fallait récompenser. Cette démarche ne doit plus prospérer. La rupture, ce n’est pas de dire non à la transhumance, car aucune loi ne pourra interdire à un citoyen de changer d’opinion politique.Cependant, tout citoyen doit comprendre qu’il ne peut indûment s’accaparer des deniers de la République.

L’agenda républicain qui est en train d’être déroulé avec l’organisation des conseils de ministres délocalisés dans les régions centre devrait être une incitation pour les citoyens à se mettre résolument au travail. La séance d’évaluation du Plan Sénégal Emergent qui s’est tenue le 7 avril dernier, présidée par le chef de l’Etat, a été l’occasion pour ce dernier de demander au gouvernement d’accélérer la cadence et 48 h après, il invitait les jeunes lors de la clôture de la semaine qui leur était consacrée à s’approprier le PSE. Un pays doit savoir se mobiliser autour de l’essentiel pour franchir des étapes. Si cette vérité est bien comprise, l’élan patriotique permettra de cueillir des fruits mûrs du genre sécurité alimentaire, meilleure qualité de l’Education et emploi pour les jeunes. Ce sont ces pare-feux qui nous préserveront de Bokko Haram et des Shebabs, des fléaux qui ont été dénoncés par les parlementaires francophones d’Afrique réunis à Dakar du jeudi 10 au vendredi 11 avril dernier.

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