Pour sauver la campagne de commercialisation de l’arachide, le Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (Cncr) invite le président Macky Sall à engager une large concertation avec tous les acteurs, afin d’impliquer les huiliers.

La situation de cette présente campagne de commercialisation de l’arachide 2013-2014 ne cesse de se dégrader. Les organisations paysannes réunies au sein du Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (Cncr) sont préoccupées par le déroulement actuel de la campagne. En effet, les producteurs rencontrent d’énormes difficultés en ce moment pour faire observer le prix au kilogramme de 200 F Cfa décrété par l’Etat sur proposition du Comité national interprofessionnel de l’arachide (Cnia). Le Cncr déplore qu’après quatre semaines de commercialisation de l’arachide, la plupart des opérateurs continuent d’acheter le kilogramme à un prix dérisoire dans le monde rural. Une situation qui découlerait, d’après les responsables des organisations paysannes, de l’action des intermédiaires injustes qui veulent accaparer la production pour la revendre ensuite aux points de collecte. C’est dans ce contexte que le Cncr interpelle le chef de l’Etat, Macky Sall, à engager « une large concertation sur la question, en vue de mettre un terme à ce que les acteurs du secteur agricole appellent « Mbapat». C’est-à-dire la création de marchés parallèles de l’arachide par des opérateurs sur le terrain, qui achètent le kg à 130 F, 160 F ou 180 F, soit en deçà du prix officiel de 200 F fixé par  le Cnia et l’Etat. Le Cncr n’a pas manqué, non plus, de déplorer l’absence de concertation entre le chef de l’Etat et les acteurs du monde rural. A en croire son président, Samba Guèye, c’est la seule voie pour sauver cette présente campagne et aider les producteurs à profiter du fruit de leur travail. «S’il n’y a pas une concertation le plus rapidement possible avec le chef de l’Etat avec l’ensemble des acteurs, la campagne de commercialisation de l’arachide sera complètement ratée pour cette année. Et, les conséquences seront catastrophiques pour les paysans. Car, depuis le lancement officiel de cette présente campagne le 9 décembre, les producteurs peinent à écouler leurs productions. Et, des opérateurs en profitent pour acheter le kilo à vil prix», a martelé Samba Guèye. Selon le Cncr, seul le chef de l’Etat, Macky Sall, peut régler ce problème. D’après lui, ni le ministre de l’Agriculture Papa Abdoulaye Seck, ni le ministre des Finances Amadou Bâ, ne sont en mesure de résoudre le problème. «Depuis l’avènement du Président à la tête de ce pays, on a écrit plusieurs correspondances pour discuter avec lui des problèmes du secteur rural. Mais jusqu’à présent, c’est lettre morte. Alors que nous sommes des citoyens qui se sont engagés au service du développement rural», a-t-il renchéri. Selon lui, l’arachide constitue un produit stratégique pour le Sénégal. «C’est notre or. C’est une activité qui assure une promotion socio-économique durable de beaucoup de familles. Elle regroupe 70 % des Sénégalais. Pourquoi la négliger ?», s’est interrogé le président du Cncr. Dans le monde rural, on constate que des producteurs bradent déjà leurs graines. Ils sont victimes des spéculateurs qui achètent le Kg à des prix très dérisoires dans les marchés hebdomadaires ou « loumas »n pour ensuite les revendre dans le circuit officiel. La cause est que les huiliers tardent à entrer dans la campagne, estimant le prix officiel de 200 FCfa le kilogramme d’arachide trop élevé. Pour eux, ce prix ne leur profiterait pas. C’est pourquoi, dénonçant les pratiques des opérateurs spéculateurs, le Cncr demande à l’Etat d’instaurer le dialogue entre huiliers, opérateurs et producteurs dans la commercialisation, afin de mieux cerner les problèmes pour le bon déroulement de la campagne. «Il est impératif de s’asseoir autour d’une table pour discuter des problèmes liés à cette commercialisation. Pour également amener les huiliers à s’impliquer dans la commercialisation de la graine. Car, l’échec de la campagne se répercute durement sur les paysans», a dit Ibrahima Ngom. Dans la même veine, le secrétaire général du Cncr, Baba Ngom, a appelé les autorités à trouver une solution rapide à ce problème, afin de permettre aux producteurs de vendre leurs graines à de bons prix. « C’est difficile d’échapper aux spéculateurs parce que nous sommes des pères de familles et nous avons des obligations. La dépense quotidienne et l’inscription de nos enfants à l’université, augmentée  dernièrement, sont là. On ne peut pas refuser de vendre nos productions et regarder nos enfants confrontés à l’incapacité de s’inscrire », a indiqué Ibrahima Ngom.

Le Cncr demande à l’Etat de revoir la privatisation de la Suneor

Le Cncr a profité de l’occasion pour évoquer la privatisation de la Sonacos, devenue Suneor. Selon les producteurs, cette privatisation a été un échec de la part de l’Etat. Ils demandent à ce dernier de faire le bilan de la Suneor. Samba Guèye et ses camarades recommandent à l’Etat de revoir cette privatisation et d’aider les organisations paysannes à entrer dans le capital de l’usine. « On ne comprend pas pourquoi la Suneor néglige la graine d’arachide pour faire recours aux huiles végétales pour son fonctionnement », ont-ils déploré.

Macky Sall préconise en urgence un comité de réflexion et d’action

Les dysfonctionnements notés dans cette présente campagne de commercialisation de l’arachide préoccupent le président de la République. En conseil des ministres du jeudi 9 janvier dernier, Macky Sall a préconisé, à la suite du compte rendu du ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural, Papa Abdoulaye Seck, la création «en urgence » d’un comité de réflexion et d’action, sous la conduite du Premier ministre afin de sauver la campagne. Au cours du conseil, le ministre a fait savoir à l’assistance l’état de l’évolution de la campagne de commercialisation constaté lors de ses visites à l’intérieur du pays, avouant qu’il y a des dysfonctionnements qui handicapent les producteurs. Raison pour laquelle M. Seck a prôné un « changement de méthode et de stratégie dans la mobilisation des fonds et leur allocation à travers les différents points de collecte du pays », lit-on dans le communiqué du conseil des ministres. Selon le ministre, les gouverneurs de régions ont été saisis pour «une régulation rigoureuse de la situation sur le terrain, afin d’éviter aux producteurs d’être les victimes des spéculateurs ». Au cours de sa visite aux points de collecte au Saloum, Dr Seck a mis en garde les «fossoyeurs» de la campagne, qui achètent des graines à bas prix dans les marchés hebdomadaires ou « loumas » pour ensuite les revendre dans le circuit officiel, alors qu’ils bénéficient déjà de financement public.