DUEL MACKY SALL - IDRISSA SECK : Ça se joue aussi sur la feuille de présence !

Avec le Conseil des ministres, tenu dans sa ville, Idrissa Seck, maire de Thiès, souvent absent de la scène politique, s’est payé une session de rattrapage. Mais à quel prix ? 

La confrontation Macky Sall-Idrissa Seck se fait souvent par médias interposés. Pour une fois, elle a pris une tournure plus directe. A la faveur du Conseil des ministres décentralisé à Thiès, le 5 juin dernier, l’opposition entre le président de la République et son principal challenger s’est matérialisée par un face-à-face solennel. Et à les voir, tout semble les opposer. Jusqu’au physique.

L’adversité politique entre les deux hommes ne se résume plus seulement aux divergences de visions pour le Sénégal ; elle se prolonge dans leurs rapports physiques au terrain politique. Macky Sall prône une présidence « présentielle ». Là où Idrissa Seck incarne une opposition absentéiste.  L’une des explications de l’attitude présidentielle est la nature même du régime politique sénégalais. L’hyper-présidentialisme implique forcément une implication très soutenue de la part de l’Exécutif dans les dossiers intérieurs. Mais, il y a d’autres raisons.

Le successeur de Wade a toujours eu comme souci de donner l’image d’un président jeune, dynamique. C’est donc le contexte de son mandat qui, en partie, lui impose cette posture sur la scène publique. Occuper le terrain a toujours été une donne de la feuille de route présidentielle. C’est un moyen efficace de marquer la rupture avec son vieux prédécesseur. En effet, y a-t-il meilleure manière de prendre ses distances avec l’octogénaire Wade que d’exposer aux yeux des Sénégalais la vigueur et la jeunesse d’un président né après les Indépendances ? De sorte que Macky Sall ne rate jamais une occasion de descendre sur le terrain. C’est devenu un rituel, chez lui, rituel inscrit dans le calendrier républicain : le président chausse ses bottes dès les premières pluies pour parcourir les zones inondées de Dakar. Ces descentes sur le terrain, savamment orchestrées, ainsi que les multiples Conseils des ministres décentralisés participent d’une même signature personnelle que Macky Sall veut imprimer à sa gouvernance : pragmatisme et proximité.

Ligne de conduite politique

Ce souci combiné de proximité et de pragmatisme est devenu la ligne de démarcation la plus sûre entre un adversaire politique très souvent absent, mais au verbe politique nettement plus percutant. Chez Macky Sall,  la présence physique sur le terrain n’a pas seulement valeur de symbole ; elle tient lieu de ligne de conduite politique. Elle consacre la rupture définitive avec le leadership âgé et affaibli de son prédécesseur, Wade et marque une distance critique avec un opposant, absentéiste, Idrissa Seck.  Et, c’était déjà la marque de fabrique du candidat Macky à la présidentielle de 2012.

On ne change pas une formule qui gagne. A quelques jours des municipales, Macky Sall ne pouvait se payer le luxe d’ignorer une recette qui lui a si bien souri. L’enjeu électoral que représente la Cité du rail a remis au jour ce goût du terrain. Quitte à se payer une visite « cosmtétique», avec à la clé des projets parfois vieux de dix ans…

On peut voir dans cette descente dans le fief de Idy, un coup de pouce donné à ses poulains, notamment le ministre Thierno Alassane Sy, engagé dans la bataille pour la mairie de Thiès. Le combat est rude.  D’autant que Rewmi, même affaibli par les nombreuses transhumances, a montré qu’il dispose encore de ressources. En décembre dernier son candidat, Mor Sène, a ravi la Présidence du Conseil régional de Thiès devant une coalition Benno Bokk Yaakar divisée.  En « général » de troupe avisé, Macky Sall a coché Thiès d’une croix rouge sur son plan de bataille. On se souvient que lors du Gamou, sur sa route pour Tivavouane, le cortège présidentiel s’est autorisé une petite halte très politisée dans la Cité du Rail. Il a été chaleureusement accueilli par des militants enthousiastes.

Et presque aussitôt après, les partisans de Seck avaient déclenché la riposte. Dans les jours qui ont suivi, la direction du Rewmi avait annoncé le retour imminent de son chef, alors absent de la scène politique depuis près d’un an. Ce retour devait être suivi  d’une « tournée de mobilisation et de restructuration du parti ». Ce come-back, plusieurs fois repoussé, ne s’est matérialisé, qu’en avril, en période pré-électorale. Ce n’est donc pas un hasard si Idrissa Seck a « accueilli » Macky Sall et son gouvernement dans la Cité du rail. C’est un plan longtemps mûri à l’avance.  Sur son fief, le maire de Thiès n’entend pas céder un centimètre de terrain à son meilleur ennemi politique.

En revanche,  Seck a cédé à la tentation, assez facile du reste, de tomber dans la politique spectacle. Pour un maire fortement décrié pour ses absences prolongées,  la  mise en scène de sa «présence  sur le terrain» a trouvé un excellent effet amplificateur dans la tenue du Conseil interministériel dans sa ville. S’il avait pris la tangente, comme à son habitude, Macky Sall et ses partisans auraient crié à la fuite. L’édile a tenu à signer la feuille de présence. Mais de quelle manière ?

La civilité de Seck, passée en boucle sur les télés, et matérialisée par cette médaille «offerte » à Mimi Touré, faite citoyenne d’honneur de Thiès, vise à requinquer une cote de popularité, défaillante, mise à mal par un mandat municipal erratique. Mais ce sensationnalisme à peu de frais frise l’opportunisme politicien. Surtout  quand Idrissa Seck trouve le moyen de changer d’avis par une rotation de 180 degrés, sur l’utilité de ce Conseil des ministres à Thiès.

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