Du réveil de la ChinAfrica

La Chine est devenue la première puissance économique du monde, selon le site américain d’information financière Market Watch, après 142ans d’hégémonie américaine. Le PIB des Etats-Unis pour l’année 2014 est estimé à 17 416 milliards de dollars, soit légèrement moins que le PIB de la Chine évalué à 17 632 milliards de dollars. ‘’La Chine représente aujourd’hui, 16,5% de l’économie mondiale en termes de pouvoir d’achat réel, devant les 16,3% des Etats-Unis’’, résume le quotidien français Le Parisien (…) ‘’ChinAfrica’’, c’est l’Afrique, continent du rythme, qui ajoute à l’Asie, continent du signe par excellence. La Chine une et l’Afrique plurielle, s’inspirent, se nourrissent et se complètent harmonieusement. En atteste, le centre de gravité de l’économie mondiale qui est en train de passer d’un monde sino-centré vers un monde afro-centré. Focus sur cette ‘’ChinAfrica’’ pour marquer l’antériorité des liaisons sino-africaines et revenir sur la présence chinoise en Afrique, selon qu’on est aussi sinophile ou sinophobe.

DU RÉVEIL DE BANDUNG AU SOMMET DE PÉKIN

Du réveil de Bandung (1955) au sommet de Pékin (2006), la Chine, héritière d’un empire qui fut semi-colonisé, se veut toujours le leader du nouveau tiers-monde (Asie-Afrique-Amérique latine). La conférence de Bandung de1955 en Indonésie fut qualifiée de ‘’réveil des peuples colonisés’’. Dans le contexte des années 60 marquée par la rupture Chine- URSS et la grande vague des indépendances africaines, la Chine de Mao commence de grands travaux en Afrique qu’elle estime stratégique et achève, en 1976, le célèbre Tan-Zam (entre Lusaka, en Zambie, et Dar-es Salam en Tanzanie), voie ferrée de 1850 km reliant la Zambie enclavée à la Tanzanie ouverte sur l’océan Indien. Après la phase d’isolement que connut Pékin à la suite des événements de la place Tien-An-Men en 1989, l’Afrique (aux 54 pays en 2014), devient un réservoir diplomatique considérable à l’ONU. Après le décrochage de Sao-Tomé et Principe, à la fin de l’année 2013, il ne reste plus en Afrique, que trois pays qui reconnaissent encore la République de Chine (Taipei): le Burkina Faso, la Gambie et le Swaziland. ‘’L’Empire du Milieu’’ a besoin de quantités énormes d’énergie et de matières premières à vocation industrielle ou agro-alimentaire. C’est le grand retour de la Chine en Afrique. Dès 2000, un forum de coopération Chine-Afrique est mis en place. Le Forum sur la coopération sino-africaine est un forum de discussion pour une plus grande coopération économique entre la Chine et l’Afrique. Organisé tous les 3 ans depuis 2000, le Forum sur la coopération sino-africaine est devenu un évènement clef pour les économies et diplomaties chinoises et africaines.

UNE PRÉSENCE MULTIFORME, PRAGMATIQUE ET GLOBALE

Chantier (la plus grande partie des grues en activité y travaillent) et usine (la Chine fabrique 90% des conteneurs) du monde, la Chine a des besoins considérables: énergie, minerais, bois, poisson, boissons et nourriture. Si bien que beaucoup sont tentés de dénoncer une Chine prédatrice qui engage la bataille de ressources qui se raréfient. Ainsi s’esquisse une géographie ciblée et sélective des intérêts chinois en Afrique. Pour le pétrole dont la Chine est devenue fin 2013 le 1er importateur mondial, elle importe de l’Angola, du Nigéria, d’Algérie, de Libye, du Soudan. Bientôt du Mozambique. Pour le cuivre, (dont la Zambie est le 7ème producteur mondial), la Chine a beaucoup investi dans la filière du métal rouge dans le monde. Pour le platine, l’Afrique du Sud (80% de la production planétaire) est décisive. Pour beaucoup de métaux, l’Afrique est encore très riche, en RDC ‘’scandale géologique’’, au Niger pour l’uranium (la Chine édifie 28 des 68 centrales nucléaires en construction dans le monde). Pour le bois, 60% du bois qu’exporte l’Afrique, l’est vers la Chine. Pour les terres arables, Madagascar, le Mozambique, l’Ethiopie et encore quelques autres pays du continent, disposent de terres convoitées.

LA CHINE, REINE DES INFRASTRUCTURES ET DES RÉSEAUX

La Chine est le pays des grands travaux comme en témoignent la Grande Muraille, le Grand Canal, les palais et les villes, le Barrage des Trois Gorges. La Chine est riche de ses réalisations récentes: Shanghai-Pudong, voie ferrée Pékin-Lhassa, la plus haute du monde, du 1er réseau autoroutier de la planète (de 13.000 km de voies TGV)… La qualité de ses ouvrages approche celle de l’Occident, mais à un prix nettement inférieur. Sur le continent africain, où le décollage économique est avant tout une question d’infrastructures (routes, voies ferrées, ports), l’offensive chinoise s’étend aux hôpitaux et aux dispensaires, aux écoles et aux universités, aux lotissements résidentiels et aux palais présidentiels, aux stades de football et il n y a guère longtemps, le siège de l’Union Africaine à Addis-Abeba. Et la Chine envisage d’élever à proximité de Johannesburg, le futur ‘’New York de l’Afrique’’ à Modderfontein situé à 15km du centre financier de Johannesburg. Elle s’est lancée, aussi, dans les réseaux de télécommunication, avec ses deux champions, les équipementiers téléphoniques, Huawei et ZTE, deux firmes de Shenzhen, au moment où l’Afrique vit la révolution du téléphone mobile et du smart phone.

DE PLUS EN PLUS DE NOUVELLES USINES CHINOISES EN AFRIQUE

L’implantation d’entreprises chinoises en Afrique constituerait le troisième temps de l’investissement chinois sur le continent. Depuis plusieurs années déjà, la Chine entend bien, à l’instar de ce qu’ont naguère réalisé des pays comme le Japon ou la Corée du Sud, monter en gamme, réussir la remontée de filière industrielle, des industries de main d’œuvre à celles à forte valeur ajoutée. En clair, passer des industries de produits low cost aux industries high tech. Il est vrai que un kilo de télévision vaut plus cher que un kilo de t-shirts, mais moins qu’un kilo d’aéroplane. La Chine entend faire siennes les technologies les plus sophistiquées pour passer du ‘’made in China’’ au ‘’made by China’’, et, même un jour, à l’ ‘’innoved in China’’. Depuis plusieurs années déjà, les salaires de ‘’l’atelier de l’usine’’, la région de Canton et de Shenzhen, au Sud-est du pays, augmentent de 20% par an suite à des grèves et à des manifestations ainsi qu’à la raréfaction relative de la main d’œuvre. Ce qui risque de compromettre la compétitivité du textile-habillement chinois. Déjà, des délocalisations ont lieu en direction de pays comme le Viêtnam ou le Bengladesh. Dans toute l’Afrique, il y aurait déjà plus de 1600 sociétés chinoises installées et le secteur manufacturier constituerait 22% des investissements chinois sur le continent, contre 29% pour le secteur minier.

LE PARTENARIAT, SELON QU’ON EST SINOPHILE OU SINOPHOBE

Le partenariat ‘’ChinAfrica’’ suscite des débats passionnés. Avec en toile de fond, selon qu’on est sinophile ou sinophobe, voire même ‘’sinolacre’’. Du côté des sinophobes, il est reproché à la Chine d’être prédatrice de ressources dont elle manque, sanctuarisant celles qui lui restent chez elle. Il lui est également reproché de négliger l’environnement, de polluer les sols, l’eau et l’air. Sur le plan humain, les reproches ne sont guère moins vifs. Se pose d’abord l’identification difficile de l’interlocuteur chinois: Etat, société publique, groupe ou entrepreneur privé? Ensuite, la question des salaires, des conditions sociales et de considérations estimés insuffisants par les travailleurs africains. On regrette aussi que les Chinois ne forment guère le personnel et n’opèrent pas de transferts de technologie. Et, enfin que des produits chinois, de qualité médiocre, mais peu chers, évincent du marché domestique des produits locaux. Pire, boutiquiers et commerçants de l’empire du Milieu remplaceraient les marchands de rue autochtones. De quoi générer des tensions. Les Chinois seraient plus d’un million en Afrique. Un ouvrage écrit en 2013 par deux journalistes espagnols, Heriberto Araùjo et Juan Pablo Cardenal, est des plus sévères sur cette projection de la Chine dans le monde. En 2013, l’ex-gouverneur de la Banque Centrale du Nigéria (Lamido Sanusi), n’avait pas hésité à reprocher à Pékin de n’acheter que des matières premières et de ne vendre que des produits manufacturés, sans rien transformer sur place. Ce qui relève de ‘’l’essence du Capitalisme’’. D’autres leaders africains reprochent, une volonté de la Chine de ‘’recoloniser’’ l’Afrique quand d’autres regrettent toujours le manque de transferts de compétences par les entreprises chinoises qui préfèrent ‘’importer’’ des travailleurs chinois. Même leurs propres alimentations.

Du côté des sinophiles, grande puissance financière alimentée par ses excédents commerciaux et par sa gigantesque épargne domestique, la Chine n’est pas avare de crédits et de dons. Beaucoup d’observateurs soulignent l’apport, essentiel, de la Chine à l’Afrique. D’abord en capitaux, dont elle manque cruellement. Sous forme de dons, de prêts et d’investissements directs à l’étranger, la Chine autorise un vrai progrès en certaines régions. Ensuite, en infrastructures, si primordiales pour désenclaver et relier. Pékin a donc contribué à donner confiance à l’Afrique qui venait de connaître successivement une décolonisation peu réussie, les effets douloureux des PAS (Plans d’Ajustement Structurel du FMI) et ‘’deux décennies perdues’’. Précisément, l’historien et l’économiste peuvent, sans difficulté, relever deux faits fondamentaux: l’ancienneté des liens entre la Chine et l’Afrique qui date du temps de l’amiral Zeng Hé eunuque de confession musulmane, d’une part et d’autre part, la très contemporaine montée en puissance démographique, économique et géopolitique du continent africain.

Par Siré SY
CEO Africa WorldWide Group
www.africaworldwidegroup.com

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