Le dragage du Port autonome de Dakar a commencé samedi dernier. Cette opération doit permettre d’atteindre une profondeur minimale de - 13 mètres. Des normes pour accueillir les navires de dernière génération, en garantissant la sécurité des bateaux.

«Les travaux du chenal d’accès que nous allons démarrer représentent un grand pas vers la réalisation de la vision Pad 2023 qui fera du Port autonome de Dakar le port le plus compétitif de la Côte ouest-africaine». L’affirmation est du Dr Cheikh Kanté, le Directeur Général du port. Le dragage du port de Dakar est donc un enjeu de taille pour l’économie sénégalaise ; et, pourtant, c’est une opération qui a été menée en 2009. Elle avait coûté aux contribuables sénégalais près de 20 milliards de FCFA sans donner les résultats attendus. La Gazette s’était fait l’écho de ce scandale dans son édition N° 213 en indiquant que c’est par le directeur de l’Exploitation et de la Sécurité du Port autonome de Dakar, le commandant Ambroise Sarr, que les autorités avaient été informées de la forfaiture couverte par l’ex Directeur Général Bara Sady.

Le commandant Sarr dans une note confidentielle datée du 16 janvier 2009 qui était adressée à Bara Sady, l’ex-Directeur général du PAD, a indiqué que «les Phares et Balises ont procédé à un sondage des zones qui avaient été draguées dans le cadre d’un des lots du marché relatif à l’extension du Terminal à conteneurs. Cependant, le constat que nous avons fait est que sur les plans de sondage qui nous ont été adressés, les cotes de dragage initialement ciblées ont été rarement atteintes». La note administrative ajoute : «on peut estimer sans trop de risques de se tromper, que la cote de 13 m n’a été atteinte qu’à peine sur 1/10ème de la zone draguée. Sur certains points, la cote de dragage est restée à 11 m et parfois moins». Il résulte de cette situation décrite par l’autorité, que les navires cibles de 12,5m de tirant d’eau ne sont pas en mesure de fréquenter le troisième poste à quai à toute heure de marée, avec un pied de pilote de 10% du tirant d’eau. Cette défaillance relevée dans le dragage du chenal a été sans sanction de la part de Bara Sady, ancien Directeur Général du Port. L’affaire a été mise sous le coude pour ne pas fâcher Karim Wade, fils de l’ancien président de la République, à qui on prêterait de solides amitiés avec les sociétés qui avaient remporté l’appel d’offres, à savoir : Drapor, Gomom et Somagec. Elles n’avaient honoré leur contrat qu’à hauteur de 10% mais ont été payées rubis sur ongle. Une situation sur laquelle Bara Sady, aujourd’hui entre les mains des juges, aura certainement à s’expliquer.

Les travaux de dragage du chenal d’accès du Port autonome de Dakar qui sont réalisés par le groupement belge Jan De Nul et Eiffage Sénégal, devraient finir en début 2014. C’est une opération qui va permettre au port d’améliorer ses infrastructures de base et d’optimiser les capacités d’accueil du terminal à conteneurs. Le travail à réaliser consiste à faire un dragage de la cote de -13 mètres du chenal d’accès et de la rade intérieure, ce qui permettra d’augmenter considérablement les capacités d’accueil du Port autonome de Dakar, tout en renforçant la sécurité des navires, a souligné Cheikh Kanté. Ainsi le port de Dakar pourra, à terme, accueillir sans difficultés les navires de nouvelles générations et conforter l’ambition de le placer à la tête du peloton des ports africains. Lors de la cérémonie de lancement très riche en couleurs, le ministre de la Pêche et des Affaires maritimes, Aly Haïdar, qui a présidé la manifestation en présence de son homologue des Transports terrestres, Thierno Alassane Sall, a mis l’accent sur la nécessité de renforcer la compétitivité économique du port de Dakar. «Il nous faut travailler au quotidien à rendre performant le port, qui est le fleuron de notre économie, mais accroître ses performances pour permettre au président de la République d’atteindre son objectif du programme Yoonu Yookuté», a-t-il indiqué. Il s’est dit satisfait de  la «vision futuriste» du Directeur Général du port, qui permettra au Sénégal de se positionner dans la sous-région.

Auparavant, Cheikh Kanté, le Directeur Général du Port autonome de Dakar, avait mis l’accent sur l’urgente nécessité de draguer le site : «les transports maritimes ont considérablement évolué ces dernières années, et, pour réaliser des économies d’échelle, les compagnies ont investi sur des porte-conteneurs géants». Aujourd’hui, explique-t-il, une autorité portuaire doit agir comme un chef d’orchestre d’une communauté d’acteurs, qui conjugue ses talents pour satisfaire l’ensemble de ses clients aussi bien maritimes que terrestres. Dans cette perspective, estime le Dg du Pad, des solutions passent par un travail de collaboration pour proposer des services optimisés et adaptés avec les réalités africaines. «Nos ports ont, en réalité, longtemps souffert de déficit et d’une médiocrité logistique. Et la majorité de l’économie subsaharienne, sinon son entité, se traduit par une concurrence accrue pour intégrer les solutions africaines dans les circulations logistiques». Les travaux du dragage qui ont été entrepris ne sont qu’une première étape, car dans deux ans, il s’agira de passer à -16 mètres.