DOSSIER SUR LE TOURISME : S’accorder ou mourir

Arguments contre arguments, les professionnels (patronat, travailleurs et agences de voyage), réunissant l’essentiel du secteur touristique, et le ministre du Tourisme et des Transports aériens, font le buzz depuis une dizaine de jours. Tout semble avoir commencé par une bataille des chiffres. Les uns ramant à contre-courant de la situation annoncée par Oumar Guèye  qui a soutenu que le nombre de touristes a crû de 20% en 2013. Trois jours plus tard, en réponse à sa conférence de presse,  Mamadou Racine Sy, le président de la Fédération des organisations patronales de l’industrie du tourisme au Sénégal (Fopits), lui apportait la réplique en soulignant que «la base de référence de 2012 ne peut être bonne». Selon M. Sy, «des tour operateurs établis en France et dans d’autres pays européens, donnent des chiffres qui indiquent plutôt une régression des entrées, d’environ 20%». Ces positions à la symétrie contradictoire sont pourtant à lier au conflit qui couvait depuis quelques jours et que d’aucuns ont envenimé jusqu’à mettre en cause le professionnalisme de la tutelle.

En fait, après deux courriers restés sans réponse, le feu couvait déjà depuis un mois. Faisant référence à leur demande de rencontre restée vaine, dans une nouvelle correspondance datée du 6 février, les présidents de la FOPITS, s’inquiétant du silence du ministre Oumar Guèye, lui reprochaient de «n’avoir été conviés à aucune réunion de concertation avec vous pour examiner les conditions de mise en œuvre des directives» (Ndlr : celles du président Macky Sall lors du lancement de la saison à Saly, le 29 novembre 2013). Et de lister leurs préoccupations : « la restauration de l’Anpt, la problématique de l’impact du visa, la restauration des plages à Saly, le financement du secteur (…)».

Ce nonobstant, les  acteurs ont déploré lors d’une conférence de presse, le 3 mars, que le ministre n’ait pas daigné les inviter au Forum des investisseurs qui a suivi le Groupe consultatif à Paris» (Mohamed Guèye du journal le Quotidien). La presse ayant parlé de boycott, Oumar Guèye répondait : «Les acteurs qui ont boycotté la réunion interministérielle ont tous participé aux travaux de préparation et d’élaboration du Plan stratégique de développement du tourisme (Pse)». Réponse de Mamadou Racine Sy  qui dit y avoir été «personnellement invité par le ministre de l’Economie et des Finances, Amadou Bâ». Dès lors, le dialogue était rompu entre les opérateurs du secteur et leur tutelle.

Pour autant, un débat de fond s’est aussi instauré, les professionnels du secteur dénonçant le non-respect de la volonté du chef de l’Etat par Oumar Guèye, lequel soutient que son département s’est conformé aux instructions du président de la République «en faisant de ce plan stratégique, un plan partagé, consensuel et inclusif avec l’ensemble des acteurs».

La gestion du Fonds : pomme de discorde ?

La Fédération de renchérir  pour dire que «le chef de l’Etat, lors de sa venue à Saly en novembre dernier, s’était engagé pour une gestion paritaire de cette structure  (l’Agence sénégalaise de promotion du tourisme - ndlr)». Et de s’attaquer à la gestion du ministre, caractérisée selon eux, par «une absence  de feuille de route et de visibilité sur le plan d’action stratégique de relance du secteur, un manque d’écoute et de considération notoire vis-à-vis des acteurs du secteur privé». Une critique qui figurait déjà en sourdine de la lettre du 6 février dans laquelle le FOPITS ajoutait : «Nous venons regretter l’absence de réunions du Comité de Gestion du Fonds de Promotion Touristique depuis votre prise de fonction de ministre du Tourisme et des Transports Aériens».

C’est à peine si le vase n’a pas tout simplement débordé le 6 mars avec des mots forts qui sont lancés, comme «le mépris» envers les acteurs, «l’opacité» dans la gestion du fonds de promotion touristique. Et si la gestion de ce fonds était la pomme de discorde !

En tout cas, il est urgent de résorber le différend. Parce que le constat d’un professionnel est sans équivoque : «C’est un problème de survie !». D’autant que, selon Mamadou Diouf  de la Cnts, cité par le Quotidien, «cette situation met en danger au moins 100.000 emplois directs et indirects». Pire,  en Casamance, dira Mme Khady Giroux de l’hôtel Néma Cadior, 80% des actifs travaillent dans le secteur touristique, «et si ce secteur recule, c’est la rébellion qui avance». Le Sénégal avait déjà raté le tournant post-2008. Alors que la reprise est annoncée depuis 2013, avec le marché français qui a progressé de 14 % au Cap-Vert. Dans ces conditions, que le Sénégal soit absent des salons de Berlin, Barcelone, Milan ou Paris, n’importe guère tant qu’on n’aura pas résolu les graves dysfonctionnements constatés. Mieux, la question de l’articulation voulue avec l’artisanat peine à être effective, en dépit des tentatives dont une jonction des deux secteurs sous le régime  libéral. La solution n’est-elle pas en partie là ? Seul l’avenir pourra le dire.

Sources : Site de la Dpee ; Le Quotidien, l’As, leral.net, divers numéros

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