A la faveur d’une forte médiatisation, le marché de la voyance a explosé ces derniers temps. Oracles  et devineresses  de tout acabit se frottent les mains dans une période d’austérité économique. Radios, télés et centres d’appels exploitent massivement ce créneau juteux.

La voyance connaît un regain d’intérêt. Les pythies des temps modernes occupent constamment les manchettes des journaux. Elles se prononcent sur toutes les activités de la vie sociale, particulièrement celles qui préoccupent les Sénégalais. Les professionnels de prescience prennent le dessus sur les spécialistes de science pure. Les religions musulmane et chrétienne dont se réclament plus de 95% de la population sont impuissantes face à ces croyances solidement ancrées dans notre tréfonds culturel. La rationalité, aussi, n’a pu vaincre la croyance à la divination. Chassées par la science et la modernité, ces pratiques obscurantistes sont revenues au galop. Durant ces périodes d’incertitude, la voyance devient un business lucratif qui nourrit grassement son homme. Autrefois, les voyants réclamaient quelques pièces de monnaie pour intéresser les «djins». Cette époque révolue fait place à celle d’une marchandisation ardue de la pratique de voyance. Entraînant la hausse considérable du prix de la consultation. Ce qui est devenu un  marché subit ainsi l’implacable loi de l’offre et de la demande. Les devins les plus courus  affichent des tarifs exorbitants.

Dans le gotha des superstars de la divination, Kor Mack Faye occupe une place de choix. Aux Hlm Grand Yoff, sa demeure attire une clientèle importante, particulièrement les célébrités de la lutte et de la musique. Chômeurs, femmes de ménage, cadres, commerçants, s’offrent les services de l’oracle. La séance de divination du voyant-marabout est rétribuée à 10 000 F CFA. Un montant qui, du reste, n’est qu’un ticket d’entrée puisque les offrandes conseillées au client rendent souvent la note très salée. Un puissant business s’organise autour de cette activité.

Sa consœur Selbé Ndom qui s’autoproclame défenseur de la veuve et de l’orphelin, s’en tire pas mal. La masse de fidèles agglutinée chaque jour devant sa porte, est une source importante d’argent. Chaque client débourse 10 000 F Cfa pour une séance.  «Il y a au moins 20 personnes par jour», informe un voisin. Cette moyenne rapportée au tarif unitaire de la consultation donne un montant de 200 000 F Cfa/jour, soit 6 millions de F Cfa par mois. Un revenu journalier qui dépasse de loin le Smic. La célèbre voyante n’a apparemment rien à envier aux cadres de l’administration en termes de revenus. Après avoir marché sur route parsemée de ronces, aujourd’hui elle se pavane sur un boulevard bordé de roses. Grâce aux cauris.

 

La nouvelle vague

 

Les devins classiques ne sont pas les seuls à s’engouffrer dans le juteux business de la voyance. Le créneau est également investi par les médias. Saphir Fm, par exemple, s’est spécialisée dans la voyance en direct. Cette fréquence radio sérine à longueur de journée des séances de divination. Les médiums se relaient sur l’antenne pour répondre aux sollicitations. Le nom et l’âge, du client sont les seuls éléments d’information fournis par le client. Suffisant pour permettre à la devineresse de lire l’avenir du correspondant. Là également, le serveur chèrement taxé assure une excellente santé financière à la radio. Ndella Diouf, directrice de la radio, soutenait dans une de ses sorties médiatiques que les appels téléphoniques génèrent des recettes journalières d’un millions de F Cfa. Les deux numéros du serveur communiqués aux clients sont fréquemment saturés, entraînant un surcoût du service payé par le client. Avant de bénéficier de la prestation d’une voyante, le consommateur peut dépenser plus de 2 000 f Cfa de crédit. Au bout du fil, le standardiste répond invariablement : «le serveur est occupé, veillez rappeler dans quelques instants». L’astuce bien rodée soutire une bonne fortune aux clients qui piaffent d’impatience d’entrer en contact avec une voyante. Egalement, de façon malicieuse, les devineresses s’efforcent de retenir le client en ligne aussi longtemps que possible. En enchaînant une rafale de «secrets» sur la carrière professionnelle, la vie amoureuse et la santé du client. Par cette ruse, les voyantes surfent sur la misère humaine afin d’augmenter la consommation téléphonique. Elles proposent, en outre, des consultations au prix de 5 000 f la séance au «cabinet» sis au siège de la radio. De même, des radios communautaires et télés accordent une place de choix  à la voyance devenue une rente importante, en plus de garantir un large audimat. Encouragés par ce gain facile d’argent, des centres d’appels officiant dans le domaine de la voyance commencent à émerger. L’appel à candidature passé sur le net permet de recruter  des opérateurs. La formation dure à peine une semaine, le temps d’initier la nouvelle recrue aux techniques de marketing.

Contrairement à d’autres activités régulées par l’Etat, la voyance est une pratique où fourmillent toutes sortes d’aigrefins. Les consommateurs immodérés de la voyance sont laissés à la merci d’escrocs cupides et sans morale. Les multiples cas d’escroquerie mettant en cause des voyants sont un solide indicateur du degré de pourrissement de ce milieu.