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Diplomatie Sénégalaise : Macky Sall fait le plein

Publié le 24 novembre 2014 par Jacques Lindor DIANE

Le chef de l’Etat sénégalais ne se réjouit, sûrement pas, du triste sort de Blaise Compaoré, mais le profit diplomatique que lui procure les événements du 30 octobre est incroyable. Par la magie d’un démenti de son ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur, Mankeur Ndiaye, Macky Sall s’est retrouvé dans une position de leader inespérée.

l ya un gain politique réel ailleurs que dans la sourde bataille engagée par l’opposition pour faire valider sa marche du 21 novembre. Cette marche et la clameur qui l’entoure escamotent l’incroyable succès diplomatique de Macky Sall. Le chef de l’Etat a, en effet, été désigné par ses pairs, le 6 novembre dernier, à Accra, président du groupe de contact pour le Burkina Faso de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Une bonne affaire qui tombe au moment où le palais s’y attendait le moins. Car, avec cette consécration, qu’on l’avoue ou pas, Macky Sall revient de loin. Car, le 8 octobre dernier, Jeune Afrique a publié sur son site une information qui a failli lui. Alors que Ouagadougou se préparait à sa révolution. Ce jour-là donc, JA annonçait que le président sénégalais Macky Sall « a expliqué à des visiteurs français qu’il valait mieux laisser le président burkinabè se représenter en 2015, même après vingt-huit ans de pouvoir ». Il faisait siens des arguments distillaient un peu plus tôt par des partenaires comme les Etats Unis. La situation sécuritaire dans le Sahel serait, sans contrôle, si le Burkina Faso sombrait dans la tourmente d’une guerre civile. Des arguments du genre : « A quoi bon contraindre Blaise Compaoré à lâcher le pouvoir, lui qui passe pour le verrou de la stabilité sous-régionale ». La source de cette foudroyante bombe diplomatique ? Annick Girardin, secrétaire d’Etat française au Développement et à la Francophonie que Macky Sall a reçue Le 12 septembre à Dakar. «Il (Macky Sall) a expliqué à ses hôtes français que Compaoré contribue grandement à la stabilité de la sous-région et qu’il est par conséquent préférable de le laisser se représenter en 2015 », écrit JA. L’information fait le tour du monde. Un vrai poker pour Macky Sall. Instruit, sûrement, de la vraie température explosive du « Pays des homes intègres », il envoie son ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais au charbon. Ainsi, le 13 octobre, par la magie du net, l’Agence de presse sénégalaise (Aps) diffuse un communiqué de Mankeur Ndiaye. « Le ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Mankeur Ndiaye, a qualifié de ‘propos sans aucun fondement’ les déclarations selon lesquelles le président Macky Sall aurait apporté son soutien à son homologue burkinabé, Blaise Compaoré, au sujet de sa candidature à l’élection présidentielle de 2015 au Burkina Faso », écrit l’Aps ajoutant que « Le Président Macky Sall n’a jamais fait une telle déclaration. Le Président n’a que du respect pour le peuple burkinabé, ses institutions et ses dirigeants ».

L’heureux démenti de Mankeur Ndiaye

Ce démenti salvateur de Mankeur Ndiaye a facilité la confection du costume de négociateur que la Cedeao a taillé pour Macky Sall. Dans l’entourage immédiat du Burkina Faso, le chef de l’Etat sénégalais passe pour être le mieux placé. Le président ivoirien, Alassane Dramane Ouattara traîne le handicap d’avoir toujours été soupçonné d’être le poulain de Compaoré face à Laurent Gbagbo. D’ailleurs, sa «généreuse» et, sans doute, spontanée hospitalité envers l’ex-homme fort du Burkina Faso conforte ses détracteurs. Ouattara éliminé, il ne reste plus grand’ chose dans l’espace francophone. Le président du Niger, Mahamadou Issoufou est plutôt préoccupé par la situation sécuritaire au Sahel. Ibrahima Boubacar Keïta du Mali ne pense absolument pas à jouer les bons offices au Burkina Faso. Il attend plutôt les retombées du processus de paix enclenché à Alger. Car, depuis le mois de juillet, des officiels maliens sont autour de la même table que les représentants des groupes armés. Objectif ? Discuter, selon le site Maliweb, de l’organisation administrative et institutionnelle en particulier des régions du Nord du Mali, la stratégie de développement intégré de développement des collectivités, la gestion des ressources et richesses nationales, la réorganisation des forces de défense, le programme de désarmement, de démobilisation et de réinsertion, l’amélioration de la gouvernance administrative économique et politique, le retour des refugié et des personnes déplacées et leur réinsertion, la protection et la promotion des droits de l’homme au Mali, la justice et la réconciliation. Tout un programme qui ne laisse le temps à IBK de s’engager dans le guêpier burkinabè. Le chef de l’Etat guinéen, le Pr Alpha Condé est cloué au pays par la fièvre à virus Ebola qui ravage le sud du pays. La maladie a atteint la capitale et le gouvernement s’ingénie à combattre, dans l’esprit de nombre de Guinéens, l’idée que la pathologie n’existe pas. Même combat quasiment pour Ellen Johnson Sirleaf et Ernest Bai Koroma du Sierra Leone, foyers ardents du virus. Macky Sall est, par la force des circonstances, sur une pente ascendante diplomatique.

Hôte de la Francophonie qui va accueillir quelques 80 chefs d’Etat et de gouvernement, le président sénégalais va, du 14 au 16 décembre, abriter le Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité. «Il rassemblera 300 personnalités africaines et internationales autour des grands acteurs de référence dans le domaine de la paix et de la sécurité en Afrique», a annoncé Cheikh Tidiane Gadio, ancien ministre des Affaires étrangères et président de l’Institut panafricain de stratégies (IPS). Le Forum sur la paix et la sécurité en Afrique sera organisé en liaison avec l’Union africaine et les partenaires internationaux, pour approfondir la réflexion sur les engagements pris au Sommet de la Françafrique.

Auparavant, le leadership du Sénégal sur l’échiquier sous-régional, régional et international s’est beaucoup consolidé. En témoigne la mission de présider le Comité de haut niveau chargé d’approfondir la réflexion sur la mise en œuvre du chantier paix et sécurité de l’Union que l’Uemoa, en 2012, a confiée à Macky Sall. Il en est de même de la présidence du Comité d’Orientation des Chefs d’Etat et de Gouvernement du NEPAD, au titre des années 2013 et 2014.

Et au cours de ses deux ans et demi de pouvoir, Macky Sall a eu une intense activité diplomatique. Le Sénégal a accueilli de célèbres Chefs d’Etat parmi lesquels le Président Barack Obama, le Premier ministre du Canada, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Jacob G. Zuma, président de la République d’Afrique du Sud, Paul Kagame, président du Rwanda.

Macky Sall gagnerait donc à «embellir» son titre de président du Groupe de contact pour la Cedeao que d’engager le bras de fer avec l’opposition. A moins qu’il cherche, par l’intimidation, à briser l’enthousiasme de la mobilisation ‘Ndiaga Ndiaye’ et à anéantir le rêve de Wade de rassembler 1 million de personnes.

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