Diallo Diop, secretaire general RND : «On tourne en rond sur un remake de 2009»

Fidèle à son observation critique depuis les frasques du président Abdoulaye Wade, le Docteur Diallo Diop du Rassemblement national démocratique ne retrouve guère de mieux dans les options de Macky Sall qu’il inscrit dans la continuité politicienne. Il a restitué à La Gazette l’illusion aggravante qu’il retient du dernier gouvernement, avec en prime, dit-il, une obsession déroutante pour le second mandat du président en 2017.

Quel commentaire vous inspire le nouveau gouvernement ?

IL y a des constats qui s’imposent d’eux-mêmes. D’abord il est pléthorique et inflationniste par rapport au précédent. La répartition des portefeuilles est bizarre, atypique et incohérente. Il y a toutes sortes de ministères et on se demande d’où ils sortent ; c’est comme si on avait créé des portefeuilles pour caser des gens et, enfin, la règle qui est censée avoir présidé aux nominations à savoir récompenser les vainqueurs et sanctionner négativement les vaincus, n’a pas été appliquée jusqu’au bout parce qu’il y a des vainqueurs qui n’y figurent pas et des vaincus qui y demeurent.

Etait-il vraiment nécessaire de menacer de sanctions ou d’imposer aux membres du gouvernement sur le terrain politique la règle du vaincre ou périr ?
C’est se tromper d’élections. Il ne s’agissait nullement d’un scrutin national mais d’élections locales, communales ou départementales et l’enjeu aurait dû être local ou communal et ne pas avoir de conséquences nationales. Et c’est ce mélange de genre ou cette confusion de rôles qui fait que l’attelage gouvernemental soit complètement incohérent. De ces constats, résulte mon commentaire plus précisément qui est que rien ne change car c’est la même chose et qu’apparemment la rupture tant annoncée et tant promise n’est pas obtenue et ne semble pas être pour demain.

Le nouveau Premier ministre était précédemment à la tête de l’organisme en charge du Plan Sénégal Emergent, n’est-ce pas là la preuve que le président Macky Sall préfère la performance économique à la simple mobilisation politique ?

C’est une autre contradiction puisque ce sont des performances politiques qu’on a récompensées en théorie dans la formation de l’équipe, alors que les performances gouvernementales devraient être des performances économiques, administratives et techniques et pas forcément politiciennes, en tout cas pas électorales. Mais il est clair que l’objectif central, j’allais dire l’unique préoccupation de ce gouvernement, est la réélection de son géniteur, c’est-à-dire faire en sorte que le président obtienne un deuxième mandat en voulant se prévaloir d’un bilan. C’est la caractéristique de tous nos gouvernements en régime présidentiel. A l’exception de Moustapha Niasse au lendemain de la première alternance, tous les Premiers ministres dans leur déclaration de politique générale annoncent que leur objectif c’est de faire réélire leur président aux consultations suivantes.

Mais si c’est par des performances économiques ou des résultats sur le bien-être des populations, ce n’est peut-être pas si mauvais…
Oui, mais si vous voulez, on ne peut avoir des préoccupations électoralistes et être performant. Ce n’est pas du même ordre. La politique politicienne et la construction nationale sont antinomiques, comme disait un jeune de Yen a marre dont j’ai retenu les déclarations : ‘’pour être réélu, il faut travailler comme si le mandat était un mandat unique ne pouvant pas être renouvelé, c’est-à-dire ne pas se soucier de l’applaudimètre populaire mais des résultats sur les conditions de vie et des conditions de travail de la majorité de vos concitoyens’’.

Dans ce sens, on devrait garder ceux des ministres qui ont perdu les élections dans leurs localités respectives, ils avaient tout de même une compétence.
C’est bien ce que je dis, c’est qu’il y a une confusion sur l’impact des scrutins et leur signification. Mais en réalité, pour comprendre ce qui s’est passé, il faut le reporter au précédent d’Abdoulaye Wade dont les élections locales de 2009 avaient en quelque sorte sonné le glas. On craignait la répétition de l’histoire. C’est pour cela que ces dernières élections locales sont vécues comme un remake de 2009, étant donné que l’histoire semble se répéter pour ne pas dire bégayer.

L’APR peut-elle dans ce contexte se débarrasser de Bennoo Bokk yaakaar pour affronter la présidentielle de 2017 ?

Elle en est incapable puisque l’APR n’est pas un parti politique. C’est tout au plus un fan club. Mais encore une fois, tous les partis d’Etat, les partis de gouvernement de l’histoire de ce pays ont usé et abusé du pouvoir politique de l’Etat pour consolider, implanter et renforcer leur existence selon la logique du parti Etat ou de l’Etat parti. C’était le cas de ce qui est devenu PS, ça a été le cas du PDS et c’est la prétention de l’APR. Mais on a bien vu que ce sont des partis qui, dès qu’ils perdent le pouvoir, ne peuvent même plus faire fonctionner une permanence, c’est-à-dire que ce sont des fonds publics siphonnés pour faire fonctionner une clientèle qu’ils entretiennent notamment par des nominations et des révocations politiciennes. Donc, c’est la quadrature du cercle ; on tourne en rond. On prend les mêmes, on recommence et on fait la même chose et en 50 ans si on continue, on retourne exactement au même point où l’on était en 1960 au moment des accessions aux soi-disant indépendances. C’est ce type de politicien qu’il faut prendre en charge, éviter de confondre la patrie et le parti. Un parti est une association privée alors qu’une patrie représente des millions d’hommes sur un territoire immense. Comment peut-on mettre la patrie et le parti sur le même plan, c’est justement qu’on n’est pas patriote et qu’on est partisan.

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