Diabète au Sénégal : L’implacable explosion de cas

A l’image de la communauté internationale, le Sénégal a célébré le 14 novembre dernier, la Journée mondiale du diabète à la place du Souvenir de Dakar. Mauvaise alimentation, sédentarité, obésité… les facteurs de risque du diabète n’ont de cesse de se multiplier au fil des ans. A l’échelle nationale, les dernières estimations font état de près de 400 mille cas.

500 nouveaux cas de diabète sont au moins recensés chaque année au Sénégal. La prévalence de la maladie progresse et surpasse largement les prévisions des experts. Avec des chiffres effarants qui ne font qu’augmenter d’année en année à un rythme galopant. Entre 1965 et 1985 le fléau se situait à 200 cas par an. Aujourd’hui, le centre Marc Sankhalé sis à l’hôpital Abass Ndao et spécialisé dans la prise en charge des diabétiques, gère à lui seul près de 40 mille dossiers. Encore que ces chiffres ne concernent que les cas de diabète traités, omettant par définition les diabètes ignorés faute de dépistage systématique. Or, ces derniers selon les estimations des spécialistes, seraient au moins aussi nombreux que les cas déjà connus. La maladie a ainsi gagné du terrain au point que sa prise en charge s’avère de plus en plus compliquée, même si le nombre de morts et d’amputés a diminué. Beaucoup de malades arrivent à survivre avec leur diabète. «Au début le diagnostic de mon diabète constituait un choc terrible. J’étais vraiment stressé mais avec l’aide de mon médecin je suis arrivé à surmonter ce stress. C’est vrai que c’était très difficile au départ de m’adapter aux exigences du traitement mais je n’avais pas le choix et j’ai fini par bien régler ma vie. Ce n’est plus un problème parce que je peux contrôler la maladie. Je vis bien avec mon diabète », témoigne, Abdoulaye Mbaye un diabétique d’une cinquantaine d’années qui affirme se faire suivre depuis maintenant seize ans. N’empêche que la maladie demeure handicapante pour Abdoulaye. « Le traitement est excessivement cher, on est souvent soutenus par nos proches mais c’est toujours difficile et on est obligés de respecter le traitement», se désole-t-il. En effet, de par sa nature chronique, la gravité de ses complications et les moyens nécessaires pour les prévenir, le diabète est une maladie onéreuse. De plus, avec des conséquences désastreuses, le diabète cause trois fois plus d’infarctus, quatre fois plus d’accidents vasculaires cérébraux (Avc), dix fois plus d’amputation des jambes, cécité et insuffisance rénale en phase terminale…. Alors que, comme Abdoulaye, ils sont des milliers de Sénégalais, (720 mille selon la Fédération internationale du diabète) qui seraient touchés. Avec un taux de prévalence estimé à 4 voire 6 %, la progression de la maladie reste inquiétante. Au Sénégal, le diabète est aujourd’hui, comme dans les pays d’Afrique subsaharienne, un véritable problème de santé publique du fait de l’augmentation rapide du nombre de cas et de ses risques de complications invalidantes telles les amputations de membres et les menaces visuelles, pour ne citer que celles-là. «Le centre national du Diabète a, à son actif, 40 000 dossiers de diabétiques qui sont suivis régulièrement. Chaque année nous avons au moins 2000 nouveaux cas de diabétiques depuis 15 ans. Ce n’est que la partie visible puisque nous avons, en accord avec le ministère de tutelle, formé pratiquement entre 400 et 500 médecins qui font de la prise en charge du diabète en dehors du centre national », a rappelé le Pr Seydou Nourou Diop, diabétologue.

Diabète et hypertension : Saint-Louis plus exposée que la plupart des grandes villes africaines

«25 mille cas de diabète ont été recensés à Saint-Louis». Ces chiffres avancés par Doudou Diop, le président de l’Association des diabétiques de Saint-Louis, donnent froid dans le dos.

A l’issue d’une étude réalisée dans cette ville en 2010 déjà, les travaux menés sous la direction du Pr Abdoul Kane ont permis de faire la lumière sur l’inquiétante explosion des facteurs de risques des maladies cardiovasculaires. Menée en milieu urbain à Saint Louis, sur une population de 1424 personnes allant de 15 à 96 ans et triées de façon aléatoire, cette étude s’est déroulée durant un mois (3 au 31 mai 2010). Avec pour objectif de contribuer à l’amélioration de la santé des populations à travers une réduction de la morbi-mortalité liée aux maladies cardio-vasculaires, elle était apparue comme une véritable révolution dans le champ de la recherche, tant les travaux scientifiques sur le terrain sont très infimes. Résultat : la prévalence du diabète dans la population globale de cette étude (1400 individus), était de 10,4%, soit 148 personnes. Avec 10,5% (n=103) chez les femmes, contre 10,2 (n=45) chez les hommes, l’étude révèle qu’il n’y avait pas de différence statistiquement significative entre les distributions du diabète dans les deux sexes. Un taux très important qui est plus élevé que ceux observés au Cameroun, à Brazzaville et à Kinshasa. Et selon les spécialistes le même phénomène serait identique si ces enquêtes étaient menées dans d’autres zones. Par extrapolation dans les autres contrées, l’on imagine un peu l’ampleur du fléau.

Mais, face aux mécanismes de financement des soins de santé quasi inexistants dans la plupart des structures du pays, les malades à l’instar de Abdoulaye se trouvent ainsi dans l’obligation de sortir l’argent de leur poche pour payer tout ou une bonne partie de leurs médicaments afin d’éviter le pire.

Prise en charge toujours déficiente

Certes, depuis 2004, l’Etat du Sénégal fait des efforts en subventionnant à hauteur de 60% le prix de l’insuline soit 300 millions de francs Cfa par an, mais les responsables de l’Association sénégalaise de soutien aux diabétiques (Assad) estiment qu’il faut de toute urgence adopter une loi sociale pour venir en aide aux diabétiques. D’après leur secrétaire général Baye Oumar Gueye, «payer un million de francs Cfa par an rien que pour la prise en charge médicale reste insoutenable pour la plupart des malades». Comme pour dire la nécessité d’une prise de conscience plus large, notamment au plan politique. Un cri de détresse que semblent attendre les autorités sanitaires. En effet, en marge de la Journée mondiale du diabète cette année (14 novembre) dont le thème était «une vie saine et le diabète», le ministre de la Santé et de la Prévention Awa Marie Coll Seck, a saisi l’occasion pour lancer les activités de m.diabète en collaboration avec le programme international « BE HEALTHY – BE MOBILE» de l’OMS et de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT).

Mauvaise politique de santé publique, déficit en ressources humaines de qualité, plateau technique inadapté… L’approche hospitalière et la qualité de la prise en charge de ces maladies chroniques laissent apparaître des limites et des insuffisances au Sénégal. Aujourd’hui, le constat reste que les actions de lutte sont très loin du compte avec une propension à subventionner uniquement les maladies infectieuses alors que ces affections chroniques dégénératives sont en forte augmentation. Alors que l’absence de prise en charge et de suivi régulier des traitements entraîne de très graves complications. Pour la plupart de ces maladies, les patients connaissent des difficultés d’accès aux traitements, en particulier en dehors des grandes villes.

Mais en attendant de trouver une oreille attentive à cet appel, le combat pour une bonne prise en charge se poursuit par la prévention en corrigeant les erreurs nutritionnelles, en encourageant le dépistage systématique et en incitant les populations à plus d’activité physique et à adopter une meilleure hygiène de vie.

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