Des syndicats toujours dans l’expectative Secteur de la santé

Dans le secteur de la santé, on croyait le climat social définitivement apaisé. C’est raté ! La grogne est de retour avec une plateforme revendicative toujours aussi remplie. Election de représentativité des syndicats, statut des agents, heures supplémentaires…, les professionnels de la santé sont toujours en attente de la matérialisation des accords signés par le gouvernement il y a un an.

Et l’accalmie n’aura été que de courte durée ! Alors que l’on croyait un accord social entre autorités et syndicats en voie d’application, suite à une série de négociations et d’engagements, la tension a refait surface dans le secteur de la santé. Le 09 avril dernier, le comité national de lutte, à l’issue d’une réunion élargie, a décidé passer à la vitesse supérieure. Avec pour effet, l’annonce d’une série de grèves. Loin d’avoir été satisfaits par la réaction tardive du gouvernement, le Syndicat unitaire des travailleurs de la santé et de l’action sociale (Sutsas), principal syndicat des professionnels du secteur, a engagé un plan d’actions et un mouvement sur la durée. D’abord le 16 avril, les blouses blanches tiennent un sit-in sur toute l’étendue du territoire, qui sera ensuite suivi d’une marche nationale le 21 du même mois. Avant d’aller enfin, en grève nationale le 28 avril 2015. En guise d’alerte, c’est pour le moins, un mois d’avril fort mouvementé qui rappelle des temps que l’on croyait révolus. «Nous avons fait le tour du Sénégal pour mobiliser tous nos camarades avant d’entrer en grève puisque le gouvernement n’arrive pas à matérialiser les accords. Nous avions négocié pendant trois mois et à la suite de cela, nous étions tombés d’accord et les deux parties ont signé tout cela le 14 février 2014. Mais, nous voilà un an après et l’essentiel des accords n’est toujours pas matérialisé. Nous sommes donc en devoir de déposer un préavis de grève en toute légalité», renseigne Mballo Dia Thiam, secrétaire général du Sutsas.

Pourtant, avec l’entente trouvée depuis l’avènement du nouveau régime entre gouvernement et syndicalistes, et qui avait conduit à un arrêt des grèves répétées au niveau des structures de santé ; l’espoir était de nouveau permis. Seul hic: après des mois de négociations, l’état des accords –bien que paraphés depuis- est resté (presque) au point mort. «Nous sommes en droit d’aller en grève de manière légale. Ce ne sont pas des revendications de conquête mais des accords paraphés et qui souffrent d’être matérialisés depuis plus d’un an», précise le syndicaliste qui insiste qu’il ne s’agit en rien de revendications à incidence financière.
Les motivations ? Un mélange de doléances «socioprofessionnelles».

Au total ce sont neuf points à l’ordre du jour qui font débat. Au cœur des négociations : d’abord l’élection de représentativité des syndicats de la santé qui tarde à se tenir. Pour les professionnels du secteur, cette élection constitue la condition sine qua none pour un dialogue social sincère et sérieux. Sauf quoi, la création du haut conseil pour le dialogue social, ne serait d’aucune utilité. A ce jour, aucune date n’est fixée. Pis, rien ne filtre sur les démarches pour établir un fichier ainsi qu’un corps électoral. Difficulté pour organiser le secteur ou manque de volonté politique ? En tous les cas, les autorités n’ont pas réussi à tenir un discours sur cette question alors qu’elles gagneraient à tenir cette élection tant il est important de connaître enfin les véritables interlocuteurs.

Ensuite, ce qui fait surtout débat avec les syndicalistes, c’est la question du statut des personnels des structures de santé. En réalité, si les hôpitaux sont devenus des entreprises assez particulières, la gestion des ressources humaines y est tout aussi complexe. Des agents de la fonction publique au personnel universitaire en passant par les techniciens en santé, ce sont autant de catégories issues de divers horizons. Aujourd’hui encore, la qualification de ces personnels pléthoriques, leur méthode de recrutement et les cadres statutaires réglementaires sont autant d’éléments qui ne facilitent point l’organisation voire la gestion au sein des structures de santé. Pour les syndicalistes, cette question revêt une importance capitale si l’on sait que du statut dépendent le commandement, la standardisation, la mobilité des travailleurs, la question de la couverture médicale, la rationalisation des moyens etc.

«Nous attendons des actes et rien que des actes»

Enfin, il y a la sempiternelle question des heures supplémentaires. Il faut le dire, courant janvier 2015 déjà, une frange des travailleurs menaçait de boycotter les permanences et les gardes de jour comme de nuit dans toutes les structures sanitaires pour demander une juste reconnaissance en rapport avec leur temps de travail. Pour les syndicalistes du secteur, ce n’est rien d’autre qu’une violation flagrante du point VI.7 du protocole d’accord en débat. «C’est le gouvernement lui-même qui a qualifié ces accords de réalistes et réalisables parce que nous n’avions pas demandé l’impossible. Alors, nous n’avons pas compris que ces mêmes autorités ne puissent pas appliquer les accords jusqu’à présent», s’interroge Thiam.

Par ailleurs, il y a les questions du statut des directeurs d’EPS et leur mode de rémunération, la revalorisation des présidents de conseil d’administration qui sont au centre des décisions, le fonds de motivation nationale etc. Bref, ce sont autant de revendications qui n’excluent aucun travailleur du secteur allant du professeur agrégé au technicien de surface. D’après Mballo Dia Thiam : «sur toutes ces questions le gouvernement nous a conviés à deux rencontres en nous demandant un délai supplémentaire le temps d’activer certains rouages. Ce sont des signaux qui nous sont envoyés mais nous n’avons pas vu d’actes concrets».

Aussi, il y a la carte d’égalité des chances, pierre angulaire de la loi d’orientation sociale, qui n’est pas encore disponible pour les handicapés.
Pour rappel, depuis la réforme hospitalière de 1998 et même bien avant, diverses concertations d’envergure se sont tenues. Assises de la santé en 2000, concertation nationale sur le système hospitalier en 2006, Conseil interministériel sur la santé en 2008, Assises de l’Action sociale en 2008, concertations nationales sur la santé et l’action sociale en 2013, diverses journées de réflexion etc. Des moyens importants ont été mobilisés à ces occasions, mais la plupart des conclusions arrêtées au cours de ces conclaves attendent toujours d’être appliquées. Soit c’est la volonté politique qui fait défaut ou alors il n’y a point de suivi. «On attend encore beaucoup d’actes. On parle aujourd’hui de financement alternatif pour la santé, on constate qu’il y a des difficultés, pour les accords aussi qui portent sur des questions précises si on en est encore là, on est encore dans cette expectative. Il y a beaucoup de bonnes intentions certes, mais on attend le gouvernement sur des actes précis», lâche le secrétaire général du Sutsas.

A l’origine de la contestation les syndicalistes du Sutsas exigent du gouvernement l’application des accords suivants :

-L’organisation de l’élection de représentativité des syndicats du secteur de la santé et de l’action sociale
-La signature du décret portant statut du personnel des établissements publics de santé (EPS)
-La modification du décret portant répartition de l’enveloppe des travaux pour heures supplémentaires et paiement des heures supplémentaires aux contractuels conformément au code du travail
-Parachèvement du texte organisant le système de rémunération des directeurs des EPS
-Recrutement des agents de santé communautaire dans la fonction publique municipale
-Octroi de prêt DMC aux contractuels bénéficiant d’un contrat à durée indéterminée
-Mise à disposition de la carte d’égalité des chances pour les handicapés
-Paiement du fonds de motivation nationale du premier trimestre 2015

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