Le succès expose aux convoitises. Prudence est mère de sûreté, dit l’adage. Certes, le PSE vient de boucler le gap de 1853 milliards de FCFA recherchés sur la période 2014-2018. Mais devant les offres parfois mirobolantes des marchés financiers, avec différents taux, conditionnalités et risques divers, le Sénégal et ses voisins veulent mieux maîtriser leur politique d’endettement. A cet effet, sous l’égide du Fonds monétaire international (FMI) et de la Commission de l’Union africaine (UA), un séminaire s’est tenu les 11 et 12 juin à Dakar pour renforcer les capacités des pays francophones et lusophones dans les stratégies répondant à la nouvelle politique définie par l’institution de Bretton Woods et devant garantir le meilleur mix d’endettement concessionnel et non concessionnel, en tenant compte des principes d’’efficacité et de viabilité de la dette publique. Avec la nouvelle réforme, la sagesse est de mise devant la nécessité du recours au marché pour financer le développement, et notamment les infrastructures.

Le niveau d’endettement est à la limite des hypothèses du ministère de l’Economie et des Finances qui depuis 2012, avait fixé par modélisation le plafond à près de 49 % jusqu’en 2016 (voir tableau). Le Sénégal frise les 47 % depuis début 2015 et la poursuite des projets d’infrastructures va imposer de nouveaux recours, même si l’on est loin du plafond de l’Uemoa fixé à 70 % du PIB et si le PSE a déjà bouclé le gap de financement public de 1 853 milliards de FCFA recherchés sur la période quinquennale 2014-2018. Et ce, tout récemment, grâce aux conventions signées au Mozambique et en Corée, soit 140 milliards de FCFA auprès du groupe de la Banque islamique de développement et 403 milliards auprès de la Corée (par Eximbank) pour l’autoroute à péage Thiès-Touba.

Le Sénégal dans le lot des pays à risque faible

En tout état de cause, même si dans le classement du FMI, le Sénégal figure dans le lot des pays à risque faible en termes d’endettement, en regard des pays à risque modéré comme le Côte d’Ivoire et de ceux où le risque est qualifié d’élevé, le ministre du Budget Birima Mangara venu présider le séminaire est conscient qu’il faut être très vigilant dans le choix des sources de financement, surtout des infrastructures. En effet, parce que celles-ci ont plus rarement accès à des emprunts concessionnels, le recours aux marchés financiers internationaux, tels que les Eurobonds (voir le lexique ci-après) les expose à certains risques liés au surendettement ou à l’inefficacité. Le Sénégal y a eu recours l’année dernière pour 250 milliards FCA. Et M. Mangara d’avertir « la dernière crise financière est fraîche dans nos mémoires pour nous rappeler, nous autres Africains, l’impérieuse nécessité de surveiller notre cadre macroéconomique et financier, au même titre que nous veillons sur la santé de nos populations et sur la sécurité de nos frontières ». C’est dans ce cadre que le FMI a accepté d’outiller les agents des Etats francophones et lusophones afin qu’ils puissent distinguer les emprunts les moins chers et les plus favorables. Le Séminaire sur la nouvelle politique du FMI relative aux limites de l’endettement a vu la participation de MM. Boileau Loko, représentant résident à Dakar et Said Bakhache Chef division adjoint, du Conseil d’administration du FMI. La réforme vise à « accroître la flexibilité pour le financement extérieur des déficits publics », les financements concessionnels n’étant pas souvent disponibles pour les infrastructures lourdes. Une certaine liberté est laissée aux pays membres de trouver le meilleur mix, tout en tenant compte de la viabilité de leur dette publique. Le Sénégal peut à cet égard s’estimer heureux, puisque classé parmi les pays à risque faible, ce qui le « dispense de toute conditionnalité sur l’endettement extérieur dans les programmes soutenus par le FMI », même s’il doit veiller sur le déficit global.

Zéro endettement non concessionnel et flexibilité

Par contre, le plafond zéro endettement non concessionnel reste valable pour les pays à risque élevé avec un certain degré de flexibilité pour les pays dits de risque modéré. S’agissant de l’endettement concessionnel, un plafond d’endettement total sera fixé à partir de l’analyse de la viabilité de la dette 5AVD). Dans les faits, la limite d’endettement est fixée dans tous les cas en tenant compte des scores des pays dans les rapports et indices de la Banque mondiale, ainsi que de la capacité de gestion et d’un élément don moyen. Le but visé est donc d’armer les différentes administrations, parce que selon le ministre délégué Birima Mangara, même si les pays ont besoin d’y recourir, ils ne peuvent pas « emprunter n’importe quand et n’importe comment ». Quant à M. Boileau Loko, il a reconnu que « les environnements changent et les conditions aussi ». Tant il est vrai qu’aujourd’hui l’Afrique à pris une bonne trajectoire, « comme en attestent le rapport 2015 du FMI sur les perspectives économiques régionales en Afrique subsaharienne, le dernier rapport ‘Pouls de l’Afrique’ de la Banque mondiale et celui portant sur les perspectives économiques en Afrique de la Banque africaine de développement (Bad) », selon M. Mangara. Encore faudrait-il maintenir le cap de la gestion vertueuse.