La  moisson de la rencontre du groupe consultatif de Paris dépasse de loin les objectifs initialement fixés par le Sénégal. Les partenaires financiers techniques s’engagent à soutenir le Plan Sénégal émergent à hauteur de 3729 milliards f CFA contre 1853 attendus.

Les fruits de la septième rencontre du Groupe consultatif de Paris du 24 février dernier a tenu la promesse des fleurs. Le Sénégal a décroché des d’engagements nouveaux à hauteur de 3729 milliards f CFA, soit 5,6 milliards d’euros auprès de ses partenaires techniques et financiers (PTF) pour le financement du Plan Sénégal Emergent (Pse).  L’objectif initial était de 1853 milliards de F Cfa.  Ces financements viennent s’ajouter aux engagements en cours de l’ordre de 2056 milliards de F CFA, soit un total de 5785,4 milliards de F CFA.  Une réponse positive qui traduit la confiance des bailleurs traditionnels du Sénégal.  La France qui entretient des relations anciennes avec le Sénégal a montré sa volonté d’aider le pays à la réalisation du Pse. «Le Sénégal peut compter sur l’appui de la France pour mener bien son projet. Le Sénégal compte parmi les 16 pays prioritaires de notre aide publique au développement», a fait remarquer le Ministre délégué,  Mme Yamin Benguigui, venu prendre part à la rencontre. De même, le Système des Nations unies au Sénégal a promis une contribution de l’ordre de «110 milliards de francs CFA au financement Pse», a annoncé Abdoulaye Mar Dièye, le directeur du Bureau régional du PNUD pour l’Afrique. Une participation qui se fera à travers son cadre pour l’assistance au développement sur la période 2012-2016.

Les clés du succès

Plusieurs facteurs ont concouru à la réussite de cette rencontre, dont plus particulièrement les réformes financières amorcées par l’Etat du Sénégal et les différentes mesures de lutte contre la corruption. Ce climat de confiance est relevé par le président de la commission de l’Uemoa Cheikh Haguibou Soumaré à l’ouverture de la rencontre. Très optimiste sur la requête du Sénégal, Soumaré se félicitait déjà des performances du pays notamment par le respect de trois des quatre critères de convergence de premier rang, à savoir le taux d’inflation annuel moyen, l’encours de la dette publique et la non accumulation des arriérés de paiement.  «De même, ajoute-il,  le Sénégal est aujourd’hui, le seul Etat membre de l’Uemoa qui réalise un taux de pression fiscale supérieur à 19%, soit un gain de 2 points au-dessus de la norme communautaire».

S’inscrivant dans cette optique, le Pse qui vient de recevoir l’agrément des bailleurs de fonds, vise un taux de croissance annuelle de 7,1%.  «Nous sommes parvenu au constat que notre taux de croissance de 4,6% est certes relativement acceptable, mais qu’il est encore bas et erratique pour induire les changements substantiels de nature à modifier qualitativement les conditions de vie de nos populations», dira le président de la République Macky Sall. Produit d’un diagnostic des forces et faiblesses de notre économie, le Pse se veut être une vision nouvelle visant à relever le niveau de  notre croissance économique.

Contrairement  à d’autres pays qui ont axé leur croissance durable sur les activités de l’industrie extractive, le modèle proposé le Sénégal s’inspire plutôt du paradigme des pays émergents. Ces derniers ont su mettre à profit les ressources humaines au service du développement.  «Un capital humain de qualité, une stabilité politique, de fortes institutions, une capacité de sélection, une bonne gouvernance, une ouverture sur le reste du monde et une grande capacité d’adaptation et de mise en œuvre des politiques économiques sont les caractéristiques des pays qui ont réussi cette transition vers l’émergence», estime Makhtar Diop, vice-président de la Banque Mondiale zone Afrique. Un choix opté, en dépit d’énormes ressources naturelles dont dispose le Sénégal.

En effet, la production de ce nouvel instrument de planification économique a nécessité, selon les autorités,  la  contribution plus de 200 Sénégalais, de hauts fonctionnaires de l’Administration, ainsi que des personnes ressources du secteur privé, de la société civile et de la diaspora sénégalaise. «Cette phase a été suivie d’un processus d’appropriation du document à travers lequel les suggestions, recommandations et commentaires de presque tous les acteurs, bailleurs de fonds et universitaires ont été priss en compte dans la version finale du Pse», a souligné le ministre de l’Economie et des Finances, Amadou Bâ.

Outre la participation du président Macky Sall qui a donné un cachet particulier à cet événement, John Kufuor, ancien président du Ghana a pris part à cette rencontre. Aussi, une forte participation des partenaires du Sénégal, de nouvelles puissances économiques émergentes et du secteur privé international ainsi que des organisations régionales et des agences du Système des Nations unies, a rehaussée la rencontre. Preuve de la confiance des pays à l’égard de ce nouveau plan.

Plan d’Actions Prioritaires 2014-2018

Le Pse est réalisé à travers un Plan d’Actions Prioritaires (PAP) quinquennal adossé aux axes stratégiques, aux objectifs sectoriels et aux lignes d’actions de la stratégie. Le PAP se décline à travers des projets et programmes de développement inscrits dans un cadre budgétaire sur la période 2014-2018.  Le financement est évalué à 9685,7 milliards de F CFA  dont 6721,6 milliards F CFA mobilisés avant les rencontres de Paris. Le reste (2 964 milliards) a été obtenu dans le cadre du groupe consultatif et les partenariats privés.

Le PAP repose sur trois piliers fondamentaux que sont les infrastructures, l’agriculture et l’énergie. D’abord, les infrastructures et services de transport qui occupent 52,5% des structurants que sont le Programme réhabilitation chemin de fer Dakar-Bamako, les Programmes routiers et autoroutiers (Ndioum – Ourossogui – Bakel) le Programme de pistes de production (Île à Morphil et Zones Sud, Touba-Dahra, Dinguiraye Nioro-Keur Ayib) etc.

Ensuite, vient l’énergie qui prend 9,8% des projets. Ces derniers se déclinent dans deux macro-projets (Plan Intégré de l’Electricité et Service universel de l’énergie). A cela s’ajoute le Programme d’extension et de réhabilitation du réseau de transport et de distribution de l’électricité et  le programme d’électrification rurale, production au secteur privé etc.

Enfin le troisième volet s’articule autour des projets agricoles visant l’atteinte d’une Sécurité alimentaire. De 7,8% sur le projet global, ce plan concerne la maîtrise de l’eau, des semences, de l’équipement, le programme des domaines agricoles (30 000 Ha de terres équipées, structuration filière arachide, etc.).  Le choix de ce secteur stratégique a été salué par la Banque mondiale. « C’est dans l’agriculture que réside, au moins pour le moment, un des plus gros gisements de créations d’emploi et de réductions de la pauvreté. Nous ne relâcherons donc pas nos efforts pour accompagner ce secteur, d’autant qu’il est un des piliers du Plan Sénégal Emergent », a promis, Makhtar Diop, vice-président, Banque mondiale pour la zone Afrique.