L’état des lieux de l’industrie sénégalaise fait apparaître un tableau sombre. En ce début de l’An III de l’ère Macky Sall,  les choix se portent sur l’agro-industrie  pour redémarrer l’économie.

«Le développement de l’agriculture passe forcément par le développement de la transformation agroalimentaire. Cette sentence prêtée à François Burgaud, Président de l’’Association pour le Développement des échanges internationaux de produits et techniques agroalimentaire (Adepta), initiateur du Siagro, résume le premier acte de l’impulsion  que  le nouveau régime  compte donner à la relance industrielle. A travers la combinaison  préconisée par tous les experts, dont le Pr Moustapha Kassé de l’UCAD. «Il faut développer cette possibilité d’agro-industrie à travers un mixage entre l’agriculture industrielle et l’agriculture familiale. On a la terre, l’eau et l’usine chimique (les Industries chimiques du Sénégal (ICS) »,  a dit  le professeur de la Faculté des sciences économiques et de gestion de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar (Faseg) dans un entretien avec l’Aps. M. François Burgaud s’exprimait ainsi à la veille de l’ouverture, le 25 mars, du dernier Salon international des Industries et techniques agro-alimentaires (SIAGRO) qui voyait la participation d’une cinquantaine d’entreprises européennes. Comme quoi, les Européens sont intéressés par ce qui se passe dans nos campagnes. C’est réconfortant au moment où la bonne vieille huile d’arachide est en souffrance dans les cuves de la Suneor.

«Le textile n’existe  nulle part», dit le Pr Kassé

Quant au Pr Kassé, il s’apprêtait à lancer son dernier ouvrage intitulé : «L’industrialisation de l’Afrique est possible : quel modèle pour le Sénégal ?». Très critique quant à ce que l’on pourrait qualifier de «désertification industrielle» - à quelques exceptions près- Moustapha Kassé estime que le mal tient surtout d’un manque de volonté politique. Pour aussitôt indiquer que le textile a presque partout  fondé le développement industriel. Ce, au moment où chez nous, la Sotiba assise sur un patrimoine aux mains de Mme  Oumou Salamata Tall, est à genoux, où la Sotexka reprise par la famille de la Holding CCBM peine à sortir de l’ornière, en dépit de la bonne volonté du génial Serigne Mboup, où les grilles de la NSTS restent hermétiquement closes, bien que l’industriel  Ibrahima Fall ait été l’un des experts écoutés du secteur au sein du groupe de réflexion du CPI. Toutes  ces unités laissant sur le carreau des milliers d’emplois. «Le textile n’existe nulle part», lance le professeur, mettant le doigt sur la plaie pour souligner le paradoxe qui fait que le gouvernement veuille encourager le développement de la culture cotonnière, tout en abandonnant l’outil qui va avec. La difficulté étant qu’une note de la Dpee du mois de janvier 2014 indiquait clairement qu’il s’agit d’un secteur à rentabilité limitée et, donc, peu attractif pour les investisseurs. Les importations massives de produits asiatiques  sont aussi passées par là et continuent d’inonder le marché. De là  à ce que les dernières unités de teinturerie (c’est ce qui reste, essentiellement) mettent la clé sous le paillasson, il n’y a qu’un pas. On continuera d’exporter du coton brut (d’excellente qualité), à l’encontre de toute logique économique saine.

La stagnation industrielle perdure depuis 2008

A noter que le secteur est globalement entré en stagnation depuis de 2008 et qu’un léger déclin est encore noté en 2011, dont le pays n’est pas prêt de se relever. Selon les données incomplètes de l’ANSD la branche du textile et de l’habillement a enregistré une production totale avoisinant les 10 milliards de FCFA, soit un ratio valeur ajoutée sur production  de 0, 267 en 2011 pour un ratio résultats nets sur capitaux propres de 0,296.

Dans ces conditions, on comprend l’optimisme mitigé du Professeur Kassé quant aux potentialités du Sénégal dans l’agro-alimentaire, partant du constat que la vallée du fleuve Sénégal est propice à  toutes les cultures. Presque en écho aux plans de l’actuel ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural, Pape Abdoulaye Seck (voir par ailleurs), qui préconise de développer l’agro-industrie  à travers un mixage entre l’agriculture industrielle et l’agriculture familiale.

Pour autant, depuis la reprise des ICS en 2008 par le Consortium constitué essentiellement par le partenaire historique, la coopérative des agriculteurs indiens, Iffco (18%), le groupe Archean  et Senfer Africa Ltd ((66%), aux côtés du l’Etat du Sénégal et du Gouvernement indien, le fleuron de l’industrie sénégalaise peine à retrouver son lustre d’antan. Au point que le climat social est miné par des mouvements d’humeur du personnel. Pour autant, avec l’apport des phosphates de Matam, l’agriculture Sénégalaise bénéficie de perspectives relativement encourageantes. A condition que soient levées certaines contraintes.

Le taux Fléaux  dénoncés: fraude, concurrence déloyale, contrefaçon, dumping

L’énergie pose encore problème. Au point que l’efficacité énergétique inscrite au  programme du Bureau de mise à niveau (BMN) est saluée par Riad Boukaroum, de la Fédération des industriels de la CNES. Il faisait l’apologie de cette initiative dans une interview  parue dans « l’observateur de l’industrie », en insistant sur l’importance de l’énergie dans la recherche de compétitivité. Soulignant au passage la place que devrait occuper l’industrie dans la politique économique, « eu égard à sa contribution réelle de l’ordre de 21% du Pib ». C’était en décembre 2012 et l’industriel listait les fléaux qui .sapent tous les efforts, notamment : la fraude, la concurrence déloyale, la contrefaçon, le dumping…  Questions toujours d’actualité !

Les sous-secteurs textile et chimique ne sont pas les seuls à souffrir du  marasme industriel. Selon les données de l’Ansd, les industries extractives, une des richesses essoufflées du pays, avaient fait 45  milliards 048 millions de FCFA en 2011, pour un résultat net de 4 milliard 992 millions et un total général estimé à 181 milliards 477 millions de FCFA. Elles auront versé moins de deux milliards comme impôts et taxes. Devant la faiblesse de sa contribution à l’économie, dès son installation, le nouveau régime a  aussitôt mis en chantier la réforme du secteur avec un nouveau Code minier tenant compte des impératifs d’équité, de justice sociale et de respect de l’environnement des zones minières. On en attend encore les résultats, surtout en ce qui concerne l’or du Sénégal oriental, le fer de la Falémé toujours d’actualité après le retrait de Mittal et un nouveau venu réputé prometteur : le zircon.