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Déclaration de politique générale : La Dpg, peine (presque) perdue ?

Publié le 24 novembre 2014 par Abdou Rahmane MBENGUE

Mahammad Boun Abdallah Dionne a étrenné ses nouveaux habits de Premier ministre, le 11 novembre à l’occasion de sa déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale. Un rituel inaugural et républicain qui, à force de répétition, perd de sa saveur démocratique.

Dionne a sacrifié (enfin !), le 11 novembre au rituel de la déclaration de politique générale (Dpg) devant les députés. C’est la troisième Dpg en moins de trois ans, depuis l’avènement de Macky Sall en 2012.
Un rituel républicain quelque peu fané par la répétition. La fréquence rapprochée entre les différentes Déclarations, au gré des changements de Premier ministre, crée une sorte de contamination entre les différents textes. Avant de rédiger sa Déclaration de politique générale, Mahammed Boun Abdallah Dionne s’est posé une question : «comment se démarquer de mes prédécesseurs ? » En effet, les promesses d’Abdoul Mbaye et d’Aminata Touré, les deux Premiers ministres de l’Alternance II sont encore fraîches dans l’oreille des Sénégalais. Toute la gageure pour Dionne a été de se réincarner dans un rôle déjà tenu par ses devanciers et dans un scénario écrit à l’avance.

Le délai accordé par le Premier ministre pour la présentation de sa déclaration de politique a été anormalement long. Elu début juillet, Dionne a attendu plus de quatre mois pour se présenter devant les députés, alors que le délai consacré est de trois mois. Du coup la Dpg devient un simple évènement discursif, symbolique, décalé de la cause politique immédiate qui l’a engendrée : le revers électoral de la majorité. La débâcle des Locales de juin dernier est devenu un vieux souvenir, et ne s’impose plus comme une donne politique réelle qui impose un change de cap attendu.
Peine perdue, la Dpg ? Ce qui est certain, c’est que le revers politique des proches alliés de Macky aux dernières Locales est un signal fort lancé par l’électorat, face à la morosité économique, le manque de rupture dans les attitudes politiques. Un signal mal décodé par les pouvoirs publics. A l’origine, fruit d’une défaite électorale, la Dpg a été sublimée en triomphe politique par la mouvance présidentielle.
En plus d’avoir fait preuve de talents d’illusionniste, pour réinventer un numéro déjà usé, le Premier ministre Dionne a défendu devant les députés une politique dont il n’est pas comptable. La Dpg est une incongruité héritée de la cinquième République française. Toutes les interrogations des observateurs tournent autour de son utilité. La question qui est sur toutes les lèvres est s’il ne faut pas supprimer ce rituel largement symbolique ou à défaut de basculer carrément dans un système parlementaire, comme préconisé par les Assises nationales et la Cnri, système politique où ce Grand oral trouverait pleinement un sens.

Simple exercice d’inventaire ?

La Déclaration de politique générale est l’acte par lequel le Premier ministre, en présentant son programme, engage la responsabilité du gouvernement devant l’Assemblée nationale. Comme elle est actuellement pratiquée sous nos latitudes, la Dpg est devenue une formalité. L’exercice tel qu’il est configuré ne permet pas aux représentants du peuple de sanctionner les orientations de la politique gouvernementale. Dionne n’était pas venu chercher un vote de confiance des députés, mais simplement venir recueillir un gros paquet d’ovations pour lui et son patron.

Le troisième Pm de Macky Sall est intervenu dans un contexte médiatique particulièrement perturbé. Entre la polémique sur la marche non autorisée des Libéraux et les passes d’armes entre ses deux prédécesseurs à propos du procès Habré, la Dpg de Dionne a tenu à l’étroit dans les colonnes de l’actualité. Elle sera d’ailleurs très vite balayée par le sommet de la Francophonie. Sans compter que l’avant-veille, le président de la République avait étalé dans la presse les grandes lignes de sa politique, coupant l’herbe sous les pieds à son Premier ministre condamné à un exercice de répétition devant les députés.
Dionne s’est avancé à la tribune de l’Assemblée nationale pour prononcer le troisième discours de politique générale sous Macky Sall.

Le Premier ministre était particulièrement attendu sur le contenu économique et social de son discours. Dionne a joué les équilibristes dans un cadre économique marqué par des indices encourageants du rapport Doing Business, mais aussi par des contraintes réelles liées à une pluviométrie déficiente et au virus Ebola qui sévit dans la sous-région.

Son grand oral, sous prétexte de mener le pays à l’émergence, prépare en réalité la prochaine élection présidentielle. Le premier ministre ne s’est pas privé de faire un bilan d’étape, un inventaire. Un travail de synthèse habile qui est revenu sur les acquis de ses prédécesseurs. Les deux ex-ministres premiers s’étaient engagés sur un certain nombre de chantiers, mais continuité de la République oblige, c’est Dionne qui doit assurer le service après-vente. Création des domaines agricoles communautaires (Dac), baisse (hypothétique) du loyer, bourses familiales, construction de logements sociaux, comme on pouvait s’y attendre, Dionne a présenté un catalogue de bonnes intentions, histoire de redonner des couleurs à l’action de la majorité présidentielle gouvernementale.
Le Programme Sénégal émergent, Pse devenu la star de la politique gouvernementale depuis son adoubement par les bailleurs de fonds en février 2013 à Paris, a été la clé de voûte de son intervention. Le Pm a donc servi un discours qu’il connaissait sur le bout des doigts. Et pour cause : il a été le principal ministre en charge du suivi du Pse.
Et de son côté, l’opposition n’a pas raté l’occasion de dresser un bilan des promesses non tenues par Macky Sall et les déficiences de l’action gouvernementale sur, notamment, la fourniture de l’électricité, la crise universitaire et le chômage des jeunes.

Il n’y pas eu de changement d’orientation dans le discours. Il y a eu dans les propos de Dionne beaucoup moins d’annonces. Les promesses électorales ont, semble-t-il, étaient épuisées par les précédentes Dpg. Et le Pse est resté le fil d’Ariane d’un discours qui mène tout droit au programme du candidat Macky Sall en 2017.

Quel impact sur l’homme Dionne et sa méthode ?

Le Premier ministre s’est furtivement placé sous les feux de l’actualité, le temps d’expédier une corvée républicaine et retrouver l’anonymat de son bureau du 9ème étage (déménagé pour cause de réfection). Sur le plan de la forme, la Dpg a répondu parfaitement au profil du Pm. Discours sans emphase et simple, axé sur la réalité.

La déclaration de politique générale va sceller un pacte au sein de l’Exécutif qui avec cet acte inaugural va entamer la deuxième partie de son mandat. Macky Sall, après deux tentatives ratées, semble tenir le bon profil à la Primature. Avec Dionne, technocrate effacé, et sans charisme, le soupçon congénital de bicéphalisme qui hante la primature semble écarté. Ce serait incohérent de la part d’un Président de se séparer d’un bras droit loyal, considéré comme un des principaux artisans du Plan Sénégal émergent, l’épine dorsale de la politique gouvernementale. La preuve qu’il existe bien un Sénégalais humble et qui accepte l’autorité ?

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